La Presse (Tunis)

Tunisie: Sfax - Projet «Taparura»

Rafik Benzina

17 Novembre 2003


Il a fallu «laisser du temps au temps»

- La capitale du Sud s'apprête à accueillir l'année 2004 avec une ambition renouvelée et la volonté d'accéder à un nouveau palier de développement urbain et d'infrastructure, d'ici 2010. Auparavant, il lui faudra réaliser certains grands projets dont on parle depuis longtemps, trop longtemps. Le projet «Taparura», par exemple. Il ne faudrait pas, toutefois, perdre de vue la «réalité du terrain». Et c'est le cas de le dire ! Certains projets sont si complexes qu'il faut, selon la célèbre formule du Président François Mitterand «Laisser du temps au temps»

Cela fait des années que, de Sfax, les journalistes locaux envoient régulièrement des «papiers» qui ne sont, finalement, que des variations sur le thème : «Projet Taparura en phase de finalisation !». Et puis, personne ne voit rien venir. A tel point qu'un de nos lecteurs, pince-sans-rire, nous a, un jour, interpellés : «Vous, journalistes de Sfax, vous nous faites curieusement rappeler certains de vos confrères écossais qui, quand ils n'ont rien à se mettre sous le stylo, ressortent à leurs lecteurs la légende du monstre du Loch Ness. Vous, c'est le projet «Taparura». Quand vous séchez, vous nous en servez une tartine. Cela fait près de vingt ans que ça dure !».

C'est vrai que l'on parle du projet d'aménagement de la côte nord de Sfax depuis longtemps. De quoi s'agit-il en fait ?

D'abord de dépolluer et de réhabiliter une zone littorale de 70 ha gravement polluée (terre, nappe phréatique et mer) par l'ancienne unité phosphochimique «NPK» qui, des années durant, y a déversé des millions de m3 de phosphogypse, particulièrement polluant.

Dépolluer et réhabiliter, certes, mais c'est plus facile à dire qu'à réaliser ! Nous en étions convaincus, un jour, après un long entretien avec M. Féthi Aydi, P.-d.g. de la société d'aménagement de la côte nord de Sfax. Plusieurs solutions s'offraient aux décideurs. Il fallait opter pour la plus fiable, quitte à ce qu'elle soit coûteuse et demandeuse de temps. D'autant que le Président Ben Ali, lui-même, avait, lors de sa visite historique à Sfax, le 14 avril 1997, fortement conseillé aux responsables du projet «Taparura» de bien approfondir la question de la dépollution de la zone avant de prendre une décision. Aujourd'hui, le problème est tranché : isoler, en profondeur, le phosphogypse par un mur de 3.200 m de diamètre de béton, de bentonite et de polyéthylène et recouvrir le monticule par près de 7 millions de m3 de terre prise dans le fond marin, au large de Sfax. Il faut le faire !

Ensuite, gagner sur la mer, par remblayage, quelque 300 ha de terrain constructible et y aménager, notamment, une infrastructure touristique et une plage artificielle.

Et, surtout, allouer 80 millions de dinars pour la réalisation de la 1ère tranche du projet. A l'heure actuelle, le ministère de l'Equipement, de l'Habitat et de l'Aménagement du territoire mobilise un budget d'imposition des travaux préliminaires. L'Union européenne a débloqué 8,5 millions d'euros et la Banque européenne d'investissement a été sollicitée pour un crédit de financement. L'accord, quasiment acquis, sera entériné en 2004. Et les travaux pourront démarrer à la fin de la même année. «Taparura» : un exemple-type ! Il a fallu du temps au temps !

L'entrée dans le futur

Le second grand projet, dont le démarrage est prévu pour l'année 2004, est la mise en place du pôle technologique de Sfax, spécialisé en informatique et multimédia. Le centre d'attraction de ce pôle sera formé par l'Institut supérieur des sciences de l'informatique et des multimédias, l'Institut supérieur d'électronique et des technologies de la communication et l'Institut supérieur de gestion industrielle. Autour de ce centre d'attraction et sur une soixantaine d'hectares, à Sakiet Ezzit,seront installés des centres de recherche et de formation, des pépinières d'entreprise, des entreprises innovantes, le tout fonctionnant comme une horlogerie où chaque rouage entraîne l'autre dans sa rotation. Ainsi formation, recherche, application industrielle seront organiquement liées. Le tout, présenté ainsi, semble simple. Là aussi, il faudra donner du temps L'aménagement d'une douzaine de pôles technologiques dans tout le pays est un énorme défi que la Tunisie de Ben Ali a décidé de relever au cours de la décennie. Il conditionnera l'entrée du pays dans «le futur mondial». Un futur essentiellement technologique.

La communication, c'est aussi l'autoroute !

On serait tenté de dire qu'aujourd'hui, un pays qui aspire à émerger, doit s'engager dans les autoroutes de l'information et de la communication et à se doter d'un réseau d'autoroutes. Les ressources réelles et virtuelles doivent aisément circuler ! La Tunisie le sait et s'y est engagée totalement. Au plan du transport, une autoroute des plus modernes relie actuellement la capitale à M'saken. La prochaine étape (démarrage en 2004, également) sera la construction du tronçon M'saken-Sfax qui, selon les prévisions, sera emprunté par 17.000 à 21.000 véhicules par jour, d'ici 2010. C'est dire l'importance du projet dont le coût prévisionnel est estimé à 450 millions de dinars, empruntés, en partie, auprès de la Banque européenne d'investissement (BEI) et la Banque japonaise de coopération extérieure (Jbic).

Le tronçon sera long de 98 km avec une bretelle de 6 km le reliant à la rocade du km 11. Encore un projet coûteux et ambitieux. Mais c'est à l'usage que les Sfaxiens et les autoroutiers tunisiens, de manière générale, en apprécieront les avantages économiques et personnels.

La communication toujours la communication !

Décidément, Sfax étrennera l'année 2004 sous le signe de la communication ! Un autre grand projet démarrera l'année prochaine : un projet de communication par voie maritime. Sait-on, qu'actuellement, 30% du nombre de conteneurs (soit 70.000 environ) qui transitent par le port de Radès, sont destinés à Sfax et aux gouvernorats du Sud ? Sait-on qu'un industriel ou un commerçant sfaxien doit débourser 500 dinars pour transporter, par voie terrestre, un conteneur, de Radès à Sfax ? Pourquoi ? Tout simplement parce que le port commercial de Sfax n'est pas suffisamment équipé et aménagé pour recevoir ou faire transiter autant de conteneurs. Faute d'espace et par routine trentenaire. Maintenant que l'espace existe à la suite de la désaffection de la zone pétrolière (18 ha) et que la volonté politique s'est affirmée, au travail ! D'ici cinq ou six ans, Sfax retrouvera son rôle de premier plan dans le trafic maritime commercial du pays. Laissons, seulement, le temps au temps !

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