La Presse (Tunis)

Tunisie: Un livre, un débat

H.h.

17 Novembre 2003


Sauver les oeuvres théâtrales fondatrices de l'oubli

De tous les textes du répertoire dramatique tunisien, celui dont la reprise a suscité beaucoup d'intérêt c'est sans doute Murad III de Habib Boularès. Monté par Aly Ben Ayed en 1966 et revisité par Mohamed Driss en 2003, il nous a offert la possibilité de comparer deux lectures scéniques, même si la période qui les sépare est de 37 ans. Mais il nous a surtout amenés à réfléchir sur une question fondamentale relative au théâtre tunisien. Le retour de Murad III - comme celui de tous les textes de qualité - a été perçu comme un bon signe. Il a en effet créé une continuité entre deux époques, entre deux esthétiques, et entre deux générations d'artistes. Cela est d'autant plus important que cette continuité fait cruellement défaut dans un théâtre tunisien rongé par une amnésie endémique.

Auteur-auteurs

Mais assurer une continuité de ce genre est un art qui n'est pas donné à toutes les oeuvres. Quel est donc le secret de Murad III ? Il réside à notre avis dans sa particularité de texte fondateur. En effet, sa venue au monde coïncide avec l'émergence d'une dramaturgie nouvelle qui va se substituer progressivement à un théâtre amateur, timoré et littéraire et qui va ouvrir la voie à d'autres formes inédites. D'autre part, bien qu'il porte la signature d'un seul auteur, on peut estimer qu'il est le fruit d'une oeuvre collective car il a été écrit pour et en fonction d'un metteur en scène et d'une structure de production bien déterminée. Il entretient avec les planches une relation organique. Il est enfin frappé du sceau d'une spécificité qui se manifeste au niveau du langage, de l'histoire et du mode de vie propice à un pays. Il est certes écrit en arabe classique mais les mots et la réalité à laquelle ils réfèrent portent la marque d'une couleur locale et d'une tunisianité certaine.

Un plan d'action

Murad III a eu, et à juste titre, la chance d'être édité et réédité, de figurer dans les programmes scolaires et de bénéficier d'une nouvelle lecture scénique. Il en a été de même pour d'autres textes fondateurs tels que ceux écrits par Ezzeddine Madani. Mais ne s'agit-il pas de quelques exceptions qui confirment la règle ?

Liens Pertinents

D'une façon générale, la reprise et la publication des textes fondateurs du théâtre tunisien depuis les années 60 n'ont pas fonctionné d'une manière régulière. La continuité s'en est ressentie. Les jeunes créateurs travaillant soit sans références soit avec des bribes de références qu'ils ont pu glaner par ouï-dire en écoutant leurs aînés ou leurs compagnons de route parler des oeuvres par rapport auxquelles ils souhaiteraient se situer. Mais on ne peut tester indéfiniment dans la tradition orale. Le jour où il n'y aura plus de témoins, il n'y aura plus de traces de références.

Il serait sans doute judicieux de réfléchir à un plan d'action qui impliquerait tous les intervenants concernés et qui aurait pour objectif de sauver les oeuvres fondatrices, de l'oubli en adoptant un programme de reprises assurées par les compagnies publiques et privées et en lançant une campagne d'édition utilisant tous les supports adéquats.

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