Le Quotidien Mutations (Yaoundé)

Cameroun: Dr Pierre Sopngwi : donnons la chance au générique

Propos recueillis par Roger A. Taakam

17 Novembre 2003


interview

Pharmacien et acteur de la distribution, il propose des solutions avantageuses à la fois pour le patient et le vendeur.

La politique pharmaceutique telle que mise en oeuvre par le Minsanté garantit-elle, à votre avis, l'accessibilité et la disponibilité du médicament sur l'ensemble du territoire ?

La politique pharmaceutique nationale offre une garantie réelle sur l'accessibilité et la disponibilité ; toutefois, il est important de renforcer les contrôles pour un respect des règles. Une transparence et une application rigoureuse de politique nationale rendront le médicament disponible et accessible. Le secteur public, à travers la Cename et les Capp, est présent dans les dix provinces. Les modes de distribution et de calcul des prix au malade sont connus. Le secteur Privé comporte un puissant réseau de distribution avec environ sept grossistes et 400 pharmacies. On pourrait également ajouter le secteur confessionnel. Les problèmes de disponibilité et d'accessibilité se trouvent dans les modes de fonctionnement des deux secteurs (privé et public).

De quel poids pèse le secteur privé dans la distribution du médicament générique au Cameroun ?

Une précision pour commencer : les médicaments génériques sont des médicaments vendus sous Dci (Dénomination commune internationale). Les médicaments vendus sous nom de marque (Brand Name) ne sont pas concernés.

Le secteur privé représente malheureusement 30 % environ des parts du marché. Le Leader incontesté reste évidemment la Cename. Le secteur privé est entrain de s'organiser de manière à établir une complémentarité équilibrée. La tendance mondiale (France, Usa, Angleterre, Allemagne) obligera le secteur à mieux s'organiser pour rendre le médicament générique disponible et accessible.

Actuellement les nouvelles sociétés agréées dans la distribution comme la Compagnie camerounaise pharmaceutique (Ccp) sont spécialisées dans la distribution des médicaments génériques de qualité. On lui reconnaît une organisation structurelle et financière capable d'introduire facilement, et dans un délai très court, le générique dans le secteur privé à travers les 10 provinces. Pourquoi penser que les solutions viendront forcément d'ailleurs ? Je pense que la politique nationale pharmaceutique ne sera efficace que s'il y a une parfaite complémentarité entre le public et le privé.

Certains types de médicaments (comme les ARV) échappent au contrôle du privé, comment appréciez-vous cette situation?

Concernant les Arv (antiretroviraux), le secteur Privé va engager des négociations avec le Cnls (Comité national de lutte contre le Sida) pour intervenir dans la distribution de ces produits. L'importance de l'environnement psychologique du malade est un facteur déterminant dans la prise en charge des Pvvs (Personnes vivants avec le Vih-sida, Ndlr). Ainsi, les " tabous sociaux " bloquent certains malades qui, parfois, refusent les traitements. Pour certains, (environ 20-30 %) la confidentialité au cours du traitement doit être absolument assurée. Le secteur privé peut bien assurer une bonne complémentarité avec des marges extrêmement faibles, voire nulles. Dans les prochains mois, le secteur Privé en négociation avec le Cnls mettra en place des Arv. La prise en charge par exemple de 100.000 patients impose rigueur et organisation et sur ce point le secteur privé pourra apporter son expérience et sa puissance de distribution.

Vous parlez d'un secteur qui ne brille pas toujours par son professionnalisme. La multiplicité des entreprises de distribution est-elle un handicap ou un atout pour l'accessibilité du médicament au Cameroun ?

La multiplicité des entreprises de distribution sera toujours un atout pour la disponibilité et l'accessibilité des médicaments au Cameroun. Par contre, il est urgent de vérifier que ces entreprises fonctionnent et qu'elles ne sont pas utilisées par d'autres personnes comme prête-nom. Une société de distribution doit avoir au minimum un magasin de stockage avec une localisation parfaite.

Que faire pour rendre le médicament moins cher ?

Le Médicament générique est disponible et accessible. Le handicap majeur reste l'information. C'est-à-dire la promotion du générique. Il y a une méfiance exagérée car ces médicaments ont du mal à rentrer dans les moeurs au moment où la tendance mondiale est à l'utilisation des génériques. 95 % des produits vendus dans le privé sont génériquables avec le prix inférieur de 30 à 70 %. On peut déjà penser qu'une consommation effective dans le privé réduira énormément le prix, et rendra de fait les médicaments accessibles. Au niveau du ministère de la Santé, on a pris des mesures incitatives. Par exemple, la substitution : le remplacement d'une spécialité ou produit de marque par un générique (Dci) est possible mais n'est pas encore rentré dans les habitudes des pharmaciens et médecins. De plus, le patient n'est pas assez informé sur les médicaments génériques.

La mise en place par la Direction de la pharmacie et du médicament d'une politique d'enregistrement rapide des médicaments génériques.

Au Cameroun, contrairement aux autres pays de la zone CFA, il y a des distributeurs privés spécialisés dans le médicament générique. La forte promotion et une implication des médecins et pharmaciens sont les conditions nécessaires pour rendre le médicament moins cher.

Peut-on tuer l'informel ?

Oui, on peut tuer l'informel ou tout du moins le réduire à une proposition insignifiante. Les contrôles à l'entrée des produits et les contrôles dans les circuits de distribution sont nécessaires.

Certaines sources du Remed (Réseau médicament et développement) pensent que le secteur informel représente 22 % des parts du marché. C'est très énorme et ce taux menace l'équilibre entre le privé et le public. Peut-on vraiment définir l'informel ? Si on pense que l'informel est l'importation illicite (par des personnes non agrées) on pourrait penser qu'une action rigoureuse à l'entrée (douane) pourrait réduire le phénomène. Le ministère de la Santé a pris des mesures pour s'assurer un contrôle efficace de médicament à l'entée. La perméabilité de notre frontière avec le Nigeria ne permet pas également de combattre facilement ce phénomène.

Au niveau interne, on devrait instaurer une transparence parfaite au niveau de toutes les structures (publiques et privées) car le taux de 22 % est énorme et permet de penser que les stocks provenant du circuit informel sont vendus " légalement " dans le circuit formel. A ce niveau plusieurs questions se posent, qui interpellent tous les acteurs : Peut-on assurer une parfaite transparence au niveau des importateurs de médicament et au niveau des distributeurs ? Ce stock de l'informel est-elle de bonne qualité et bien conservé ? Les stocks de l'informel sont-ils uniquement écoulés dans la rue ? Peut-on établir une traçabilité parfaite des médicaments circulant dans le secteur formel ?

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