17 Novembre 2003
C'est peut-être sans prétention que le directeur de la Cename (Centrale nationale d'approvisionnement en médicaments essentiels), le Dr Ousoumanou Taousse affirme que sa structure occupe "au moins 60% du volume global des stocks de médicaments disponibles sur le territoire, et réalise 30 à 35% de la valeur financière de ces médicaments".
Autrement dit, " avec peu d'argent, on a beaucoup de médicaments, alors que de l'autre côté (privé lucratif, Ndlr), on a beaucoup d'argent et peu de médicament". Traduction, " La Cename fait du social ". Il est donc clair que la Cename ne fait pas de bénéfice. En principe. On se serait même attendu, avec ses multiples subventions, qu'elle dispose réellement au franc symbolique le médicament directement au malade. Mais le coût du médicament essentiel, quoi qu'on dise, reste élevé et pas toujours géographiquement accessible pour le Camerounais moyen.
Structure d'achat et d'approvisionnement, la Cename a été créée en 1996 suite à une convention tripartite Cameroun-Union eupéenne-Royaume de Belgique avec pour mission de " mettre à la disposition des populations camerounaises en général et les plus démunis en particulier, des médicaments de qualité sûre et accessible, financièrement et géographiquement ". Initialement créée pour évoluer vers une société d'économie mixte au bout de quatre ans, la Cename continue de garder, après deux prorogations, un statut pour le moins ambigu de " projet ". Un gigantesque projet de plusieurs milliards de Fcfa qui a fait du médicament essentiel générique son principal fonds de commerce. Un chiffre d'affaires de 1,18 milliards de FCfa en 1999, un an après son lancement, et 6 milliards de FCfa en 2003.
Antirétroviraux
La Cename vend aux formations sanitaires publiques et aux associations à but non lucratif. Son réseau de distribution repose essentiellement sur les Capp (Centres d'approvisionnement pharmaceutique provinciaux) basés dans les dix provinces et chargés d'approvisionner le secteur public (Hôpitaux centraux, hôpitaux provinciaux, centres de santé, districts de santé ) dans le cadre du recouvrement des coûts. Elle applique une marge de 20% - sauf pour les ARV - tandis que les Capp appliquent une marge de 36% (20% pour les solutés). Au bout de la chaîne, les formations sanitaires qui revendent aux patients avec une marge de 15%.
La Cename distribue aussi au secteur privé à but non lucratif (réseau des hôpitaux catholiques, évangéliques, presbytériens, Ong ).
Seules les structures du secteur privé à but lucratif n'entrent pas - pour l'instant - dans ses schémas de distribution. Et pour cause : " la Cename reste la seule structure qui offre le meilleur rapport qualité-prix. Nous n'attendons pas livrer des médicaments très moins chers aux privés pour qu'ils aillent fixer les marges qu'il veulent ", s'en défend Ousmane Taousse. Allusion faite sans doute à une proposition récente du secteur privé qui voulait s'approvisionner à la Cename. Les discussions achoppaient sur une liste de douze produits, et il n'y a que peu de chance qu'elles aboutissent. En fait, ce n'est pas tant le marché du générique (il représente 99% des stock de la Cename) qui intéresse les pharmaciens que celui des anti-rétro-viraux (sur lequel la Cename détient encore le monopole) qui offrirait de très grosses marges de bénéfice. Et Oussoumanou Taousse de se dresser, énergique : " Ce n'est pas dans l'intérêt du privé de faire des Arv aujourd'hui. Ce sont des produits largement subventionnés par l'Etat dans un but social. Le privé à but lucratif cherche tout simplement à gagner de l'argent ". Et pan ! Les pharmaciens et autres promoteurs privés du générique apprécieront
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