17 Novembre 2003
Les statistiques bégaient. On parle tantôt de 40 %, tantôt de 50%. Une chose est sûre, le secteur privé du médicament au Cameroun vaut, en valeur réelle, bien plus que ces estimations : environ 60 %, de source autorisée.
Seulement, voilà, le fatras organisationnel dans lequel il évolue ne permet d'avoir qu'une visibilité restreinte de sa marge de manoeuvre. Ce que l'on sait néanmoins, c'est qu'on y retrouve des fabricants industriels locaux, des grossistes-répartiteurs qui importent plus de 90% des médicaments consommés au Cameroun ; des pharmaciens d'officine, des cabinets de soins privés Ce que l'on sait aussi des grossistes répartiteurs, c'est qu'ils sont près d'une cinquantaine à détenir chacun un agrément, mais qu'une dizaine seulement se dégage du lot comme structures sérieuses et actives dans la chaîne de distribution.
Le problème, c'est que pendant longtemps, l'on a distribué, et à tour de bras, des agréments, non seulement à des pharmaciens y compris à ceux qui n'avaient pas le profil requis, mais également à de simples hommes d'affaires qui voulaient se faire du beurre en trafiquant du médicament. Même si le poids des grands grossistes a finit par réduire les " marginaux " au simple rôle de figurant, ils n'en demeurent pas moins un caillou dans la chaussure de la profession. On peut déduire, au regard de l'engouement suscité par le secteur du médicament les enjeux financiers dans un marché où les marges de bénéfices, pour certains produits, avoisinent les 100%, si l'on croit certaines sources autorisées. Cependant que les documents officiels (du moins en ce qui concerne le prix des spécialités) indiquent : pour les importateurs, 14.17% (gros) et 38.94% (détail) ; et pour les fabricants locaux, des marges 10.37 % (gros) et 34.10 % (détail).
Quant au générique, on sait qu'il représente des marges encore plus importantes, même si de nombreux pharmaciens leur préfèrent encore es spécialités. On peut comprendre par là le poids du lobbying des grands grossistes, qui ont finit par imposer les spécialités sur lesquelles il réalisent d'après des sources crédibles 99% de leur chiffre d'affaires. Le générique pour eux, même si cela ne ressort pas dans le discours public, sert tout simplement de faire-valoir. Ils ont depuis longtemps tissé leur réseau de distribution sur des médicaments de marque, dont sont totalement dépendants aujourd'hui les pharmaciens d'officines. En fait, poussés par l'appât du gain ceux-ci, par ignorance ou par complaisance abandonnent les voies pourtant prometteuses du générique vers des spécialités dont les patients continueront à supporter les coûts.
Trafics
Malheureusement, l'organisation quelque peu tatillonne de ce secteur, si l'on en croit les acteurs eux-mêmes, "ne permet pas toujours d'introduire aussi facilement le générique sous dénomination commune internationale". Mais l'on note comme un sursaut, chez certaines entreprises nouvellement agréées telles Ccp, Biopharm et autres qui, aujourd'hui, tentent de relever le défi de la fourniture des génériques de bonne qualité et à bon prix. Reste que la tendance fasse école. En réalité, explique le Dr Akono, " Les grossistes jouent le jeu des grands fabricants détenteurs de brevets. Tout le monde peut faire du générique. Or la molécule de marque n'a qu'un seul fournisseur ; on est donc assuré des bénéfices ". Résultat des courses, le patient paye ainsi cher la promotion des médicaments vendus en Brand name (nom de marque), pour lesquels les grands laboratoires se font du beurre sans scrupule, au mépris de la santé des démunis.
Curieusement, c'est tout le monde qui s'avoue vaincu, face à ce paradoxe face auquel le Minsanté, affiche, si ce n'est de la complicité, du moins un silence coupable. En tout cas, ces entreprises au chiffre d'affaires faramineux continueront de régner en maîtres sur le secteur tant que les moyens financiers et logistiques des entreprises locales, resteront aussi marginaux et embryonnaires. Il faut en effet, quelque un milliard de franc à une entreprise locale pour établir un véritable circuit de distribution digne de ce nom. Et ce n'est pas le moins que l'on puisse demander Conséquence, les "petits grossistes " qui ne savent plus quoi faire de leur agrément se retournent, plus qu'à leur, tour vers les plus grands pour toutes sortes de trafics. Et de marchandages. On connaît la fuite
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