Le Soleil (Dakar)

Afrique: Crise de la dette publique : les experts invités à proposer des voies de sortie à l'Afrique

Malick M. Diaw

18 Novembre 2003


A l'initiative du gouvernement sénégalais et de la Commission économique pour l'Afrique (Cea), des experts se réunissent depuis hier à Dakar.

Il s'agit pour eux de se pencher sur les divers aspects de l'endettement du continent africain et surtout sur les moyens de desserrer l'étau de la dette au moment où l'Initiative Ppte a montré toutes ses limites. Le président de la République, qui prenait part à l'ouverture de cette rencontre, a fustigé, à cette occasion, le caractère illicite d'une bonne partie de la dette qui pèse sur l'Afrique.

Experts, faites tourner les méninges. Face à une dette africaine considérée comme intolérable, les économistes du continent sont appelés à explorer les voies aptes à permettre aux politiques de porter le débat à un autre niveau. L'invite qui leur a été faite hier par le président de la République est claire : il s'agit pour eux d'arriver, au terme de leurs travaux de deux jours, d'«actualiser les données sur la dette, notamment en déterminant le principal et les intérêts». Me Wade, qui a invité des experts de divers horizons, en collaboration avec la Commission économique pour l'Afrique (Cea), a vivement dénoncé hier ce que l'on pourrait qualifier de manque de morale au niveau des pratiques financières internationales : «Ce sont les créanciers eux-mêmes qui tiennent les statistiques. Quand j'étais expert de la Cea et de l'Oua, aucun pays africain ne connaissait avec exactitude le montant de sa dette. Maintenant, ils le savent peut-être, mais je me demande s'ils s'intéressent à son origine.

Certains pays riches ont poussé des Etats africains à s'endetter», souligne le président de la République qui a fustigé les détournements de fonds effectués avec la complicité de certains bailleurs et les pratiques usuraires qui caractérisent les crédits accordés aux pays pauvres. «La dette serait supportable si elle ne s'en tenait qu'à la réalité», avance-t-il tout en estimant qu'elle doit être payée, mais dans la limite de ce qui est dû. «Certains taux d'intérêt sont des pousse au crime. Dans les relations internationales, il n'y a pas de règles, contrairement dans l'ordre interne, où il y a des limites à ne pas dépasser en la matière. Certains Etats africains ont remboursé cinq à six fois le principal de leurs dettes. C'est le cas du Nigeria et de l'Algérie». Face à cette situation, reconnaît Me Wade, certains pays comme le Nigeria peuvent prendre quelques libertés avec leurs créanciers en décidant de ne plus payer, «mais nous, un petit pays comme le Sénégal, (Ndlr : dont il rappelle que l'encours de la dette qui a servi principalement à financer la consommation publique a été multiplié par 111 en une quinzaine d'années), nous ne pouvons pas risquer d'affronter les foudres des pays prêteurs, mais vous, experts, pouvez le faire en nous indiquant la voie à suivre». Cette rencontre, qui s'achève aujourd'hui, a débuté hier sur un constat des extrêmes limites de l'Initiative destinée aux pays pauvres très endettés dite Ppte, lancée durant la période 1996-1999.

Le secrétaire exécutif de la Cea, M. Amoako, a rappelé que la réalisation des Objectifs de développement du Millénaire (Odm) dans les pays à faible revenus nécessitera davantage de ressources. «Dix-huit pays, dont 9 en Afrique, auront besoin d'un financement additionnel de 30 milliards de dollars, soit beaucoup plus que ce qui avait été convenu à Monterrey». Pour rappel, le Sommet de Monterrey sur le financement du développement avait débouché sur une promesse des pays de l'Union européenne et des Etats-Unis d'allouer, à partir de 2006, 12 milliards de dollars aux pays en développement dont la moitié réservée à l'Afrique. De plus, l'Initiative Ppte, destinée à desserrer l'étau de la dette bilatérale et multilatérale en annulant une partie, est loin d'avoir tenu ses promesses. Sur les 42 pays éligibles dans le monde, seuls huit ont déjà réussi en Afrique à atteindre le point de décision, alors que, «dans l'intervalle, les conditions économiques sur lesquelles était basé l'allègement de la dette se sont considérablement assombries dans de nombreux pays», y compris les quelques Etats bénéficiaires qui retrouvent un niveau d'endettement jugé intolérable. «Les études ont montré qu'une bonne partie de l'Afrique ne sera pas en mesure de satisfaire les objectifs du Millénaire ; d'où la nécessité de faire des efforts pour arrêter les effets négatifs de la dette», avertit le représentant du président du Comité directeur du Nepad.

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