Séraphin Assiongbon.
18 Novembre 2003
interview
Le Bénin s'est difficilement qualifié pour le deuxième tour des éliminatoires conjointes de la Coupe d'Afrique des Nations et du Mondial 2006 de football aux dépens de Madagascar. Les prestations béninoises n'ont pas convaincu. Nous recevons ce jour pour vous Damien Chrysostome, défenseur des Ecureuils, dans un entretien à bâtons rompus. Rappelons qu'il est sociétaire de Padova en Italie (troisième division).
Le Bénin s'est difficilement qualifié dimanche dernier face au Madagascar. Qu'est ce qui explique cela ?
Je l'explique par un début de match difficile dû à des hésitations de la part de la défense. C'est ce qui a compliqué les choses. Nous nous sommes comportés en grande équipe hier pour réaliser cet exploit d'autant plus qu'on a su réagir. L'importance était de se qualifier et nous allons corriger nos petites erreurs pour que désormais, il y ait la cohésion.
Quel est le travail réel qui peut être fait au niveau de la sélection nationale pour qu'on évite ce genre de situation à l'avenir ?
Vous voyez, chaque fois que moi je viens en sélection, il y a toujours de nouvelles têtes. Je ne sais pas si on va de l'avant ou si on recule. Prenez l'exemple du Cameroun, c'est toujours les mêmes personnes qui jouent et sont au même niveau. Pour nous, on ne se retrouve pas toujours. Soit c'est l'un qui vient et l'autre non. C'est difficile de jouer comme ça.
Dimanche dernier, le public a estimé que les Malgaches ont mieux joué que vous. Est-ce aussi votre avis ?
Je ne sais pas ce qu'on voulait hier ! Le résultat ou la manière de bien jouer ? Pour moi sincèrement, c'était pas la manière qui compte mais le résultat comme le disent les Italiens. C'était un match décisif, on ne veut pas savoir si on joue bien. L'important, c'était de marquer un but de plus et de se qualifier. Ce qui a été fait dimanche dernier. On a eu un résultat purement professionnel.
Est-ce qu'il fallait compter sur des coups de pied de réparation pour se qualifier ?
Les coups de pied de réparation font partie des règles du jeu du football et de la Fédération internationale due football association. C'est laissé à l'appréciation du juge central s'il juge opportun de les siffler.
Les Ecureuils voyagent vendredi prochain pour la France ensuite pour les Emirats Arabes Unis. Est-ce que vous ne serez pas absorbé par votre club ?
Bien sûr que je serai absorbé au niveau de mon club, mais c'est tout un programme. Il suffit que nos clubs soient avertis à temps pour qu'ils sachent qu'à un moment donné, les joueurs doivent être libérés. Pour le stage qui démarre à Saint Etienne, nous ne serons tous pas là les trois semaines et nous ferons l'effort de rejoindre le groupe chaque fois qu'il y a un match amical parce que nous avons un boulot, un contrat avec nos clubs.
En tant que professionnel évoluant à l'étranger, quelle lecture faites-vous du système de jeu des Ecureuils compartiment par compartiment ?
Par rapport à la ligne offensive, je n'ai pas grand-chose à dire car les gars apportent beaucoup à l'équipe nationale. Ce que je remarque quand on joue, la première défense c'est l'attaque. Nous attaquons bien mais nous ne savons pas défendre. Quand ils perdent le ballon, ils doivent immédiatement se repositionner avant que le milieu et la défense ne tiennent. Malheureusement, ce n'est pas toujours le cas chez nous. Lorsque je prends le cas des Malgaches, ils ont toujours surmonté la première barrière (celle des attaquants). Donc on doit travailler là-dessus pour qu'au cas où on perd le ballon, on se repositionne vite. L'entraîneur doit faire un travail sur ce plan et petit à petit on sera au point pour la Can.
Est-ce qu'entre vous joueurs vous en discutez souvent au cours des mises au vert ?
Quand je joue avec Félicien, Tony ou Moudachirou, ce n'est pas la même chose. Entre nous, il y a plus d'automatisme. Mais lorsque la défense change à chaque fois, on est obligé d'admettre quelques fois des erreurs et il nous faut désormais être attentifs. Une équipe nationale, c'est au moins 22 joueurs valables ; si l'un est blessé, l'autre peut valablement le remplacer. C'est surtout un travail de groupe qu'il faut faire.
Vous admettez donc que l'absence de Moudachirou a beaucoup pesé sur la défense hier ?
Je ne dirai pas que ça n'a pas pesé. Amadou Moudachirou est un homme d'expérience. Il peut beaucoup nous apporter lors de la Coupe d'Afrique des Nations. S'il rejoint le groupe pour s'entraîner davantage, il pourra retrouver sa pleine forme.
Tout l'espoir des Béninois reposait sur vous hier en défense. Mais vous n'étiez pas au mieux de votre forme.
J'ai eu un début de match difficile. Mais je me suis vite repris après les deux buts que nous avons encaissés. C'est des choses qui arrivent dans le football.
Parlons maintenant de votre vie professionnelle en Italie dans le club de Padova. Comment cela se passe là-bas?
Elle se passe très bien. Certes, je ne dois pas évoluer au niveau où je suis mais pour le moment je n'ai que ça. Je suis en troisième division italienne et je vous assure que c'est un bon niveau. Je puis vous dire que je connais des clubs qui étaient en troisième division mais aujourd'hui, ils sont en série A depuis 2 ans et joue le maintien.
L'ambiance entre vos coéquipiers et vous, c'est comment ? Vous comptabilisez combien de saisons déjà à Padova ?
Cela se passe bien. La première année c'était pas çà car je suis le seul noir du groupe. Je ne comprenais pas non plus la langue. Il faut dire qu'au niveau du travail, les Italiens mettent l'accent sur la tactique, ce que nous ne faisons pas ici car nous aimons jouer le football spectaculaire alors que là-bas, ce n'est pas ça. Je suis dans ma troisième saison là-bas et mon contrat va jusqu'en juin 2005.
Vous avez un agent de clubs c'est-à-dire un manager ?
J'en ai deux : un s'occupe de mon image et l'autre de mon contrat de football.
Un appel à lancer à tout le peuple béninois ?
Dans le football actuel, il n'y a pas de miracle. Si aujourd'hui nous sommes là, c'est la conjugaison des efforts. Faudrait pas que les gens pensent que c'est mathématique et que le Bénin est devenu le Brésil et doit gagner systématiquement tous ses matches. Je remercie tout le peuple qui nous a toujours soutenus.
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