Le Journal de l'Economie (Dakar)
I. Dieng
17 Novembre 2003
Dakar — Le système bancaire sénégalais est souvent accusé d'être frileux. Les banques s'en défendent, même si les statistiques montrent une prépondérance du court terme et une absence de crédits pour des secteurs stratégiques comme l'agriculture ou la pêche. Le président Abdoulaye Wade a entamé un dialogue avec le système bancaire pour trouver une solution. État des lieux.
C'est l'histoire d'un éternel procès.
L'acte d'accusation est connu. Les banques sénégalaises sont frileuses. Elles ne financent guère les petites et moyennes entreprises qui sont pourtant le moteur du développement. Elles refusent de s'engager dans des secteurs vitaux pour l'économie comme l'agriculture, l'élevage ou encore la pêche. Elles ne financent que les projets pour lesquels ils sont sûrs de rentrer dans leurs fonds.
Les arguments de la défense sont toujours les mêmes. Les banquiers soutiennent, la main sur le cour, que la faiblesse des crédits à moyen terme est due à la nature de leurs ressources constituées de dépôts exigibles à court terme. " Nous ne pouvons quand même pas immobiliser ces ressources sur une longue période ", expliquent-ils. En outre, les demandes de crédit sont souvent insolvables. La réalité de l'exploitation des petites et moyennes entreprises est difficile à évaluer. Où se trouve la vérité dans ce débat qui dure depuis des années maintenant. Pour se faire une idée de la question, le président Abdoulaye Wade a convoqué tout ce beau monde au palais de la République ce 12 novembre. Pendant cinq heures d'horloge, les dirigeants de banque, les chefs d'entreprises, les membres du gouvernement conduits par le Premier ministre, les responsables de la banque centrale conduits par le gouverneur de la banque centrale, M. Charles Konan Banny et les techniciens des ministères intervenant dans l'économie se sont réunis pour une séance de brainstorming grandeur nature.
Quels sont les faits ? Selon une " étude sur la bancarisation de l'économie sénégalaise " réalisée par MM. Galaye Seck et Serigne Mbacké Fall pour l'Unité de politique économique du ministère de l'Economie et des Finances confirme certaines accusations portées contre les banques. La répartition sectorielle des crédits montre que l'agriculture consomme moins de 1% des crédits à court terme et moins de 1% des crédits à moyen et long terme. Même tendance dans la pêche qui consomme moins de 1% pour les crédits à court terme et moins de 2% pour les crédits à moyen terme. L'étude montre que l'essentiel des crédits à moyen et long terme va au commerce (36,8%) et à l'industrie (26,5%).
Les choses se sont pourtant améliorées. " La part des crédits à court terme qui représentait 80% des crédits à l'économie durant la période 1978-79 a été réduite à 64% pour la période 1980-89 pour se stabiliser autour de 57% en moyenne durant la période 1994-2001 " souligne l'étude.
Comment inverser cette tendance ? Les solutions proposées ne sont pas vraiment originales. La principale proposition est de revenir à l'expérience de la banque de développement. " Une nouvelle expérience de banque de développement tenant compte des enseignements à tirer des erreurs du passé et tirant profit de l'environnement favorable créé par le système actuel de supervision bancaire paraît s'imposer " soulignent les auteurs de l'étude de l'Unité de politique économique. On rappelle que le Sénégal a connu une expérience en la matière qui s'est soldée par un échec cuisant, entraînant une restructuration dont le coût global s'est mesuré en centaines de milliards de francs CFA. Ne court-on pas vers les mêmes problèmes que ceux rencontrés dans les années 70 avec des banques qui accordent des prêts sur des bases purement politiques au risque d'aller en faillite ? Non répond l'étude car " les chances de reproduction de situations de cette nature sont faibles en raison du système de contrôle en vigueur. Ces contrôles devraient permettre de ne plus revivre les situations désastreuses constatées dans le passé et qui ont conduit à la restructuration ayant entraîné des coûts importants pour l'État ". L'étude clame avec force que les banques de développement ont été utiles pour le Sénégal car elles ont " favorisé la distribution du crédit dans les domaines où l'action des autres banques était inexistante ou insuffisante ainsi que la participation de l'État à la distribution du crédit, suivant les objectifs de développement.
L'étude propose aussi l'encouragement du crédit-bail, la création de sociétés de capital-risque et de sociétés de caution mutuelle. Il faut dire que cette réflexion n'est pas nouvelle. Il y a cinq ans, le Groupe de réflexion sur la Croissance et la Compétitivité, un projet financé par la banque mondiale, avait entamé une réflexion de fonds sur la question. Des études avaient été réalisées et des séminaires tenus. On attend toujours la mise en ouvre des résultats.
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