Le Journal de l'Economie (Dakar)
M. Thiam
17 Novembre 2003
Dakar — L'investissement constitue le premier facteur de développement des entreprises, mais aussi de l'emploi dans un pays. Au Sénégal, certaines contraintes demeurent même si on note une amélioration par rapport au passé. Les autorités s'activent à lever les obstacles à travers le Conseil présidentiel de l'investissement.
Le Sénégal veut être " le premier pôle d'attraction des investissements en Afrique de l'Ouest ". Cette ambition a été réaffirmée par Mme Aminata Niane, directeur général de l'Agence nationale chargée de la promotion de l'investissement et des grands travaux (Apix), le 14 novembre 2003 au cours de l'atelier de restitution du troisième Conseil présidentiel de l'investissement.
Pour atteindre cet objectif selon Mme Niane, le Sénégal doit accélérer et diversifier les sources de croissance pour atteindre un taux minimum de 7 % et au moins pendant dix ans. En plus, il faut faire passer les investissements privés qui sont de 600 milliards par an actuellement à 775 milliards. Cela veut dire que le Sénégal doit aussi générer un taux d'investissement de 30 % du produit intérieur brut contre 21 % actuellement.
Pour atteindre ces objectifs, il faut une croissance économique accélérée. Pour y arriver, un choix a été porté sur des secteurs à haut potentiel et à haute valeur ajoutée. Ils sont pour le moment au nombre de six : l'agriculture, le tourisme les NTIC, le textile, la confection, la pêche, l'industrie d'assemblage, les BTP et enfin la chimie. Sur les six secteurs retenus à l'heure actuelle, trois doivent être sélectionnés le 27 novembre prochain pour devenir les secteurs sur lesquels un accent particulier sera placé. La compétitivité du Sénégal sera renforcée dans ces secteurs.
Le développement des projets d'infrastructures en partenariat entre le public et le privé s'avère une nécessité car permettant à l'Etat de transférer certains risques aux privés.
Les réformes dans l'environnement des affaires doivent être aussi accélérées et approfondies car pour le directeur de l'Apix, " on traîne trop au lieu d'agir ". Sans compter la mobilisation nationale pour le développement de l'investissement qui n'est pas du tout facile à réaliser.
Aujourd'hui, la moyenne des investissements au Sénégal tourne pour la période 2000-2002 autour de 1 milliard de dollars soit 574 milliards de francs CFA alors qu'elle était de 400 milliards de francs CFA entre 1996-1999. Soit un taux de croissance de 41%. Cette forte reprise des investissements est surtout dirigée dans les secteurs du tourisme, de l'agriculture, des industries chimiques, alimentaires et des BTP.
Avant 2000, les investissements directs étrangers étaient faibles, malgré les privatisations. Cependant, les perspectives sont prometteuses selon le Directeur de l'Apix. Depuis 2000, l'évolution est favorable. Ainsi, un doublement des intentions a été notée selon Mme Niane. Ce qui aura par ricochet le doublement de celui des emplois prévus.
Une diversification des secteurs d'investissement est aussi de mise. C'est le cas dans le domaine des NTIC avec la création de Premium Contact Center International (PCCI) qui utilise une main d'ouvre assez importante. L'industrie du tourisme à haute valeur ajoutée a aussi reçu une part intéressante de ces investissements avec le développement de la thalassothérapie dans certains établissements hôteliers. L'agro-business n'a pas été non plus en reste avec le maraîchage et la floriculture d'exportation. Selon, Mme Niane, une compagnie fruitière française est entrain d'investir au Sénégal dans la vallée du fleuve et pourra créer plus de 5 000 emplois. L'investissement prévu est de 15 millions de dollars et va concerner la production maraîchère.
L'industrie a aussi reçu sa part avec la création de Senbus pour 2,6 millions de dollars, mais aussi le montage des ordinateurs avec Touch Technologie pour 1,7 millions de dollars et l'électroménager avec CCBM.
D'autres projets de création d'entreprises sont aussi prévus. C'est le cas d'une tannerie avec les Mauriciens, d'une banque avec ICB global Management de Malaisie entre autres.
L'origine également des investissements se diversifie. Il y a quelques années, la quasi-totalité de l'investissement provenait de la France, mais les pays asiatiques ont commencé à faire une percée.
Malgré les tendances positives de l'évolution des investissements au Sénégal, des contraintes demeurent.
Il y a d'abord l'accès à la terre qui pose parfois de sérieux problèmes. C'est ainsi que le groupe n° 1 du Conseil présidentiel a demandé dans un projet de décret, l'immatriculation systématique des terrains du domaine national en priorité dans les zones urbaines.
En outre, on peut noter les procédures administratives plus ou moins longues qu'il faut rationaliser. Selon le directeur de l'Apix, il faut aussi changer la mentalité de l'administration pour qu'elle soit pro business.
Deux projets de loi dont l'un est relatif à la modernisation des procédures administratives applicables aux investissements et l'autre à un nouveau Code des investissements sont prévus.
La fiscalité pose aussi un problème car contrairement à certains pays qui exonèrent d'impôt les investisseurs pendant un certain nombre d'années mais aussi les équipements, le Sénégal n'applique pas ces incitations à l'investissement. De même, les difficultés liées à la mobilité urbaine et la réglementation du travail peu flexible constituent des contraintes à l'investissement que le CPI ambitionne de lever.
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