Malick NDAW
19 Novembre 2003
Air Sénégal International(Asi) devra désormais partager l'espace aérien sénégalais.
Une nouvelle compagnie aérienne, bien sénégalaise celle-là, va faire son entrée dans le marché sénégalais du transport aérien. Sunu Air, c'est son nom, dont le capital est détenu à 100% par des sénégalais, a reçu son agrément le 6 juin 2003 et le premier envol est prévu le samedi 22 novembre.
Sunu, comme 'notre', en wolof. Le nom colle bien à la nouvelle compagnie aérienne sénégalaise Sunu Air, dont le capital est détenu à 100% par des Sénégalais qui ont investi un peu plus d'un milliard de Fcfa, soit 70% réalisés sur fonds propres et les 30% par un concours à moyen terme de la Société générale de banques au Sénégal(Sgbs), et qui va, dès samedi prochain, étrenner ses premiers vols réguliers sur St Louis.
Justement, pas de comparaison possible avec sa grande soeur Air Sénégal international(Asi), qui a démarrer avec un capital de 7 milliards de FCfa, et qui a bien plus d'envergure. Comme le dit d'ailleurs le Directeur général de Sunu Air, Cheikh Tidiane Niang, les deux compagnies ne feront pas nécessairement les mêmes destinations. La petite soeur de Asi vise donc essentiellement les lignes intérieures du pays et de la sous-région ensuite. Elle répond ainsi à des besoins réels de transport non satisfaits notamment à l'intérieur du pays.
Concrètement, cette volonté de se mettre au service des populations locales se traduit par des dessertes régulières non seulement sur Ziguinchor, mais également St. Louis, Tambacounda, Kolda. En aidant au désenclavement de ces régions, Sunu Air se veut ainsi participative au développement de l'activité économique du pays de façon générale, et particulièrement au développement du tourisme. Ainsi, les choses sont claires pour le directeur général de Sunu Air qui confirme, même si nous sommes dans un contexte de libre jeu de la concurrence : 'nous ne sommes pas réellement concurrents, nous répondons à deux objectifs différents, nous n'avons pas l'ambition d'aller vers l'Europe.'
Cela fait un peu plus de deux ans que ce projet est mûri et les autorités ont tenu, selon M. Niang, à s'assurer que toutes les conditions de sécurité étaient réunies avant de donner à Sunu Air, l'autorisation à travers un agrément délivré par arrêté du ministre des Infrastructures de l'Equipement et des Transports en date du 6 juin 2003.
Pour réaliser son programme de vol, Sunu Air a acquis un aéronef de type Foker 27, de 48 passagers, aménagé pour assurer un transport sûr et confortable, et qui totalise 11 000 heures de vol. Un appareil choisi pour sa robustesse, et qui aurait fait ses preuves depuis de longues années. Le contrat d'achat signé en janvier 2002, le coût de l'acquisition est de 950 000 dollars (plus de 600 millions de Fcfa aujourd'hui) tandis que 300 000 dollars (plus de 200 millions de Fcfa) ont été dépensés pour son inspection au Danemark, de février à fin mai 2002, selon ses responsables, et par le bureau de contrôle Veritas pour la partie technique conduisant à la délivrance du Certificat de navigabilité. Air Sénégal International a bien décollé avec un seul appareil, et Sunu Air en prévoit d'ailleurs un deuxième durant l'été 2004, celui-là d'une capacité de plus de 50 places.
Autre aspect non moins important, toutes les ressources en main d'oeuvre requises afin d'assurer son exploitation sont disponibles sur place. Ce que confirme d'ailleurs le Commandant Ameth Seck, un ancien pilote d'Air Afrique qui se retrouve aux commandes de Sunu Air, et qui devrait bientôt être rejoint par 4 autres pilotes chevronnés dont deux anciens d'Air Afrique qui sont en formation aux Usa, alors que d'autres ont déjà été formés en Hollande. En somme, les responsables techniques, commerciaux ou opérationnels, totaliseraient chacun un minimum de 15 ans d'expérience dans les transports aériens auprès de grandes compagnies, telles que Air France, Air Afrique, ou encore Alitalia. En tout, une vingtaine de personnes vont oeuvrer autour d'un bébé qui va étendre ses ailes au Sénégal et pour d'autres cieux. Décollage ce 22 novembre, embarquement immédiat.
Les Ailes de la Teranga
Teranga. Pour le personnel et la direction de Sunu Air constitué exclusivement de nationaux, ce mot signifie 'traiter les clients avec respect en étant à l'avant-garde de la ponctualité et de la régularité, transporter les passagers dans des conditions de sécurité garanties'. Mais si Sunu Air n'a pas les ambitions de Asi, c'est tout de même sur les tarifs que la concurrence risque de jouer, pour le grand bien, d'ailleurs, des Sénégalais. Ainsi, pour Dakar-Saint Louis, la nouvelle compagnie fait payer un tarif de 39 900 Fcfa TTC, malgré des taxes de 9500 Fcfa, et pour la ligne Dakar-Ziguinchor, elle applique un tarif de 57 500 Fcfa TTC en supportant malgré des taxes de 10 000 Fcfa. Un effort important au bénéfice des petites bourses, qui colle bien et qui devrait susciter de la part des autorités, une suspension voire une réduction des taxes.
Il demeure qu'en termes d'objectifs commerciaux, les prévisions sur des hypothèses basses font état d'un chiffre d'affaires d'un peu plus de 2 milliards de Fcfa pour la première année d'exercice avec des bénéfices de l'ordre de 300 millions de Fcfa, avec un taux de remplissage sur la plupart des axes retenus qui tourne autour d'un minimum de 60%, soit un peu moins de 30 passagers par grande destination. Il s'agit bien là d'une moyenne.
Un parfum de scepticisme ne peut manquer de flotter, quand on sait que le transport aérien, à travers le monde, rencontre d'énormes difficultés depuis quelque temps. Mais il convient de souligner que le créneau que choisit Sunu Air ne souffre pas de ces difficultés relatives notamment aux longues voire très longues distances. Et si le scepticisme devait tout de même persister, ce ne serait certainement pas au niveau de la Sgbs, la première banque du Sénégal, qui se lance également pour la première fois dans le financement d'un aéronef, en se re-finançant auprès du Fonds de promotion économique(Fpe). 'Nous avons étudié, entre autres, la fiabilité du matériel qu'ils envisagent d'exploiter et des capacités techniques des personnels qu'ils mettraient à bord de l'aéronef, nous y croyons et comptons les accompagner', souligne Oumar Mbodj, sous-directeur de la Sgbs et responsable du Département des Pme.
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