Abdoul Aziz Diagne
19 Novembre 2003
C'est au moment où je m'apprêtais à rendre hommage à Séga Seck Fall, arraché à notre affection, il y a de cela quelque temps que deux de ses cadets Moussa Bayo et Iba Ndiaye Diadji, nous quittent prématurément eux aussi, à vingt quatre heures d'intervalle, sur la pointe des pieds.
Ces deux dernières années, le mouvement syndical enseignant a été particulièrement éprouvé avec les disparitions successives de quelques-uns de ses plus éminents serviteurs : Falèye Noël Diop, Mansour Seck, Cheikh Malamine Dièye, Ibrahima Cissé inhumé en même temps que Bayo, pour ne citer que ceux-là. Telle est la volonté de Dieu et nous devons l'accepter. Nous venons de Dieu et nous retournons à Lui.
Séga, comme nous l'appelions affectueusement, leur doyen, plus connu par le public et les jeunes enseignants comme directeur de l'Ecole normale supérieure de Dakar, qu'il a dirigée avec rigueur et compétence, pendant de longues années, avait été, secrétaire général du Syndicat des enseignants du Sénégal (Ses), jusqu'à sa dissolution arbitraire par un décret présidentiel de Senghor en 1973. Le bureau national de ce syndicat se réunissait à cette époque chez lui, dans son salon où sa compagne Fatou Diop se faisait toujours un plaisir de nous convier à manger à midi dans une atmosphère de convivialité. Séga était un homme de conviction, mais aussi de consensus. Et c'est cette dernière qualité qui lui avait permis de diriger le Ses, qui regroupait tous les ordres d'enseignement, du préscolaire au supérieur. C'était à une période où le Sénégal ne comptait qu'une formation politique, l'Union progressiste sénégalaise (Ups) devenue par la suite Ps, et une centrale syndicale participationniste (Cnts), unique interlocutrice du gouvernement. C'était le règne de la pensée unique. Tous les enseignants qui avaient observé le mot d'ordre de grève du Ses de 1971 avaient été suspendus, pendant quinze jours, sans salaire. Senghor et ses camarades considéraient ce syndicat comme un parti politique qu'il fallait combattre, sans aucune concession. Mais cette période se caractérisait aussi, par une clarté dans les différentes positions des acteurs. Il y avait d'un côté, ceux qui opprimaient, emprisonnaient, torturaient et liquidaient physiquement les opposants et d'un autre côté les patriotes, les démocrates qui se battaient contre le régime en place, pour la justice et la démocratie. Aucune presse privée indépendante (radio, journaux). On pouvait être emprisonné pendant des jours, des mois, sans que le peuple en fût informé. C'est pendant cette période difficile que Séga à qui nous rendons aujourd'hui un hommage posthume, a dirigé le syndicat des enseignants avec tact, rigueur et détermination.
Ses deux jeunes collègues, Moussa Bayo et Iba Ndiaye Diadji, continuateurs de son action dans le mouvement syndical, et qui viennent de le rejoindre dans l'outre-tombe, après avoir rempli eux aussi, leur noble mission d'éducateurs et de défenseurs de l'école et des enseignants, avaient les mêmes traits de caractère que lui : engagement, humilité, courage physique et moral, rigueur dans la gestion des biens de leur syndicat. Ils ont été enterrés tous les trois curieusement, dans un cercle de cinq à dix mètres de diamètre. C'est notre ami et camarade Bouna Gaye, professeur de mathématiques, qui nous a fait la remarque. Musulmans pratiquants, est-ce un signe prémonitoire ?
Bayo, membre de la commission administrative (Ca), organe de direction du syndicat a été pendant de longues années secrétaire chargé des revendications collectives et individuelles au niveau du Sudes. En dehors de son travail d'enseignant, qu'il accomplissait avec conscience et rigueur - cela a toujours été une exigence des syndicats démocratiques - Bayo passait tout le reste de son temps entre les différents ministères pour s'occuper des problèmes de ses collègues, surtout les plus éloignés de la capitale, au point d'oublier les siens. Surveillant général de son établissement, il aidait, à ce niveau, tous ceux qui le sollicitaient. Le lendemain de son enterrement, nous avons rencontré chez lui, un homme très abattu, qui était venu le remercier pour un service rendu. Il n'était pas au courant de son décès brutal et inattendu, intervenu la veille. Bayo, un adepte des arts martiaux, donnait toujours l'impression d'être en très bonne forme physique et morale. Il menait aussi d'intenses activités au niveau du Collectif des cadres casamançais, en vue de faire revenir la paix dans cette verte et belle région. C'était un homme de paix. Que cette paix pour laquelle il a intensément lutté, ces dernières années, revienne rapidement. C'est le plus bel hommage que ses compatriotes sénégalais peuvent lui rendre. Je n'ai pas assisté à son enterrement, parce que c'est lui, qui se faisait un devoir, chaque fois qu'un camarade ou un ami commun, quittait ce bas monde, d'en informer les autres. C'était le trait d'union entre les doyens et les jeunes enseignants. Je le considérais personnellement comme un petit frère. A son épouse Sala Touré et à ses enfants, je renouvelle mes condoléances les plus sincères. Pour Iba, Secrétaire général du Sudes et de la Csa (Confédération des syndicats autonomes), tout a été bien dit sur sa vie de militant. En rajouter serait de la répétition. Et puis, en raison des liens familiaux qui nous lient, je préfère m'en tenir aux nombreux témoignages poignants et sincères faits par les différentes couches de la population venues très nombreuses, assister à son enterrement. Les journalistes qui étaient ses amis, ont été le relais de tous ces témoignages émouvants. Tous les organes de presse, tous les syndicalistes, tous les hommes de l'art, tous ses voisins dont l'imam de Diamalaye, son lieu d'habitation, et celui de la cité Soprim où se trouve le siège de sa centrale (Csa), tous les hommes politiques, à commencer par le président de la République, lui ont rendu hommage. Iba Ndiaye Diadji était un grand Homme. Il était entièrement au service de son peuple jusqu'à son dernier souffle.
Je voudrais au nom de sa mère, de sa femme Souadou, sa digne compagne, de ses enfants et de toute sa famille, remercier tout le peuple sénégalais pour tout ce qu'il a fait lors de ses funérailles. Séga, Bayo, Iba, que la terre de Yoff vous soit légère et que le Maître des Cieux, dans sa bonté infinie, vous accueille dans son Paradis. Adieu, frères, neveux et camarades de tous les justes combats.
Ancien membre des bureaux nationaux (Suel, Ses, Sudes) Bp 24132 Ouakam - Dakar
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