Arona Mbaye
19 Novembre 2003
La commission d'enquête présidée par ahmadou Bamba Ndiaye a déposé hier son rapport final sur le bureau du président de l'Assemblée nationale. Mais de grosses révélations ne devraient pas sortir de ses investigations, ses interlocuteurs attitrés s'étant déjà largement défaussés dans la presse.
Le rapport de la commission d'enquête parlementaire sur la rénovation de l'avion présidentiel et le versement d'une compensation financière à la famille de Me Babacar Sèye est, depuis hier à 17 h, sur le bureau du président de l'Assemblée nationale. Ses membres qui ont planché ces derniers jours sur la rédaction du document final devant sanctionner leurs investigations, ont produit un rapport en deux tomes. Et ils en sont arrivés à une conclusion parmi d'autres : ils ont été ligotés par leur propre réglementation, notamment l'article 48 dont la réforme sera finalement envisagée dans le rapport final. Ces dispositions qui instituent le mécanisme de la commission d'enquête parlementaire, tiennent, en effet, ses membres au secret des délibérations sous peine de sanctions pénales. Mais le plus grave est que s'agissant de la publication du rapport, elle ne peut se faire qu'à titre exceptionnel, sur décision d'une séance plénière spéciale. Et tout indique, au regard des enjeux pour le pouvoir, que la commission présidée par Bamba Ndiaye va s'engager dans cette voie.
Quant aux réformes, il est aujourd'hui question de doter la commission d'enquête parlementaire de moyens plus contraignants tels ceux d'un huissier. Il est aussi envisagé, pour l'avenir, d'associer la société civile et la presse aux travaux pour les crédibiliser. Afin d'ôter à ce mécanisme d'investigation dénommé commission d'enquête parlementaire l'étiquette soupçonneuse de "meilleurs moyen sd'enterrer une affaire".
Cette commission d'enquête présidée par Ahmadou Bamba Ndiaye avait été instituée pour faire la lumière sur les révélations d'Abdou Latif Coulibaly, l'auteur de L'alternance piégée. Mais le directeur de Sud Fm aura, par deux fois, refusé de déférer aux convocations d'une commission d'enquête dont il suspecte ses membres de partialité, notamment son président et le professeur Iba Der Thiam, ces derniers s'étant publiquement prononcés en termes jugés négatifs ou contradictoires sur le livre.
Mais le court-circuit médiatique de la commission sera corsée avec les démentis en série de Me Wade dans les colonnes de Jeune Afrique l'Intelligent du 3 septembre dernier et la réplique de l'auteur dans la livraison du journal Le Quotidien des 8 et 9 du même mois. Autrement dit, les informations et sources de renseignements dont la commission avait besoin pour faire correctement son travail, les principaux concernés les avaient déjà livrées sur la place publique pour alimenter la controverse.
Si bien qu'à défaut de statu quo ante, c'est à une relance de celle-ci dans un surplus de confusion et d'adrénaline qu'on risque d'assister avec la publication du rapport de la commission d'enquête parlementaire. D'autant que, du début au bouclage de sa mission, les membres de la commission d'enquête n'ont eu de cesse de regretter la défection de l'auteur des révélations sur l'avion de commandement et l'indemnisation de la famille Sèye.
S'agissant de ces deux grosses affaires confiées à la commission, Abdou Latif Coulibaly a persisté et signera sans doute encore que les moteurs de la Pointe de Sangomar ont été vendus sans que le président n'en soit informé. Ce dernier, de son côté, après avoir dépêché une délégation de journalistes conduite par son pilote, le colonel Madické Seck, à Perpignan, fera ensuite rapatrier les moteurs pour qu'ils soient présentés aux parlementaires certes, mais également au grand public, à en juger par la mise en scène télévisée dont ce volet de l'enquête avait fait l'objet. Et la polémique va encore tourner autour de la note très salée des sociétés anglaises et américaines chargées de l'entretien de l'avion : 17 milliards dont 10 tirés d'un fon?ËêE ont 10 tirés d'un fonds résidentiel du ministère de l'Equipement intitulé "autres opérations routières", martèle le président Wade, au contraire des 18 milliards révélés par Latif Coulibaly.
A propos de la seconde affaire, Me Wade parle de 250 millions attribués à la famille Sèye pour compensation financière là où le porte-parole de la famille du défunt vice-président du Conseil constitutionnel avance de 200 millions, tandis que le journaliste maintient que celle-ci "... a effectivement reçu 600 millions". Pour une clarification du débat, fférentes sommes, laquelle Me Ladji Traoré a bien voulu avancer aux députés enquêteurs. Lui qui, en réglant la procédure d'indemnisation de la famille, ne se doutait guère qu'elle ferait l'objet d'un livre qui susciterait autant de bruit au point de l'amener à s'expliquer devant la commission. Voilà en tout cas une polémique qui a fini de vider la commission de son objet, ses interlocuteurs attitrés s'étant défaussés ailleurs.
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