Marie-Annick SavripÈne
19 Novembre 2003
Port Louis — De nombreux fonctionnaires sont venus écouter les conseils du cancérologue hier. Il a parlé de l'importance d'une bonne hygiène corporelle et d'une consultation régulière.
La salle à manger de l'Assemblée nationale était pleine hier matin. Devant un parterre majoritairement féminin, le Dr Hassen Mustun a expliqué que le cancer est un mot grec signifiant crabe. On parle de cancer quand il y a une prolifération anarchique des cellules dans l'organisme, qui fait apparaître un néoplasme ou une nouvelle grosseur. Mais toutes les grosseurs ne sont pas cancéreuses, à l'instar du grain de beauté, de la boule de graisse ou du fibrome qui n'affectent pas l'organe dans lequel ils se logent.
On parle de cancer si ladite grosseur s'infiltre dans un organe au point de l'empêcher de fonctionner normalement et de causer son atrophie. Cela peut être fatal s'il s'agit d'un organe vital. Cependant, même si la grosseur maligne n'est pas logée dans un organe vital, elle peut aller s'y loger en infiltrant le sang et le tuer.
Changements de mode de vie
Aucun scientifique n'a jusqu'ici établi les causes exactes du cancer. On sait seulement que des facteurs génétiques et environnementaux sont en jeu.
En 1974, le cancer du col de l'utérus était le plus fréquent chez la Mauricienne mais il a été détrôné par le cancer du sein. L'homme n'est pas épargné. Deux à trois d'entre eux contractent la maladie annuellement à Maurice. Il y a par contre environ 250 nouveaux cas chez les femmes.
Alors qu'en Europe, le cancer du sein se présente chez des femmes de 50 ans à monter, ici on le recense surtout chez des femmes de 39 ans. Il affecte aussi les plus jeunes, notamment celles de moins de 25 ans. Cette nouvelle tendance est imputable aux changements de mode de vie. Toutefois, il n'y a pas d'âge pour développer un cancer du sein. Une des patientes du Dr Mustun était en effet centenaire.
Des facteurs pouvant mener au cancer du sein ont été identifiés. Il s'agit d'abord d'un cancer de famille mais n'importe qui peut le contracter. Les plus prédisposées sont les célibataires sans enfant, les personnes obèses et celles qui présentent des grosseurs bénignes au sein.
Pour détecter toute grosseur, le cancérologue conseille à la femme d'effectuer une autopalpation du sein une fois le mois, cinq jours après les règles. En cas de grosseur, elle doit voir son médecin traitant. "Cela peut être une tumeur bénigne mais même s'il s'agit d'un cancer d'un à deux centimètres, on peut le guérir facilement car il ne faut pas oublier que nous avons toutes les méthodes d'investigation et tous les traitements disponibles à Maurice", rassure le Dr Mustun.
En outre, il conseille à la femme ménopausée une autopalpation une fois le mois, de même qu'un examen visuel devant un miroir. "Si le sein paraît déformé, la femme doit voir son médecin traitant."
Saignements symptomatiques
Si les hôpitaux disposent de tous les équipements de dépistage, le Dr Mustun n'aime pas utiliser la mammographie à tort et à travers. "Quand la femme est encore jeune, le sein est dense et ne permet pas une bonne visibilité à la mammographie. Je préfère donc une ponction avec analyse du prélèvement au microscope. La mammographie est conseillée pour les femmes de 40 ans à monter. Elle peut cependant être utilisée si les moins de 40 ans présentent un des facteurs de risques susmentionnés."
Le cancer du col de l'utérus, qui se développe généralement juste avant ou après la ménopause, a aussi des facteurs de risques. Ils sont : le mariage précoce, de nombreuses grossesses, de multiples partenaires sexuels et une mauvaise hygiène corporelle. Les symptômes sont des saignements entre les règles ou après des rapports sexuels. "Cela peut provenir d'une lésion ou d'une infection mais il vaut mieux faire vérifier par son gynécologue car cela peut être aussi un cancer." Chez les femmes ménopausées, un saignement signifie presque cancer.
On peut détecter un cancer du col au toucher mais aussi par le biais d'un frottis, un prélèvement des cellules à des fins d'analyse. "Le cancer du col prend un à deux ans pour se développer mais il y a des signes avant-coureurs. S'il est détecté tôt, il est guérissable à 100 %." Le Dr Mustun recommande aux femmes âgées de 30 ans ou plus d'effectuer un frottis tous les deux ans pour s'assurer que leur col est sain.
"J'ai vu beaucoup de drames dans ma profession. Nombre d'entre eux auraient pu être évités. Je veux éduquer les femmes et leur sauver la vie mais elles doivent agir de leur côté, en écoutant leur corps et en consultant un médecin en cas d'anomalie", a conclu le Dr Mustun. Il a ensuite été assailli de questions.
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