Didier Planche, correspondant à Genève
19 Novembre 2003
analyse
" Face à la mauvaise situation des pays africains, il est impératif de proposer des idées concrètes pour aider leurs décideurs à trouver des réponses adaptées à leurs difficultés ", a déclaré le secrétaire général de la Conférence des Nations Unies sur le commerce et le développement (Cnuced), Rubens Ricupero, lors de récentes discussions sur "Les performances commerciales de l'Afrique", organisées à Genève dans le cadre du Conseil du commerce et du développement.
Parallèlement, trois questions d'actualité nécessitent des réponses qui tardent à venir, à savoir l'érosion des marges préférentielles, les arrangements préférentiels et la politique globale dans le domaine des produits de base.
Pour le coordonnateur spécial pour l'Afrique, Kamran Kousari, qui a présenté un condensé de l'étude de la Cnuced sur les résultats commerciaux de l'Afrique au cours des vingt dernières années, "les efforts déployés par nombre de pays africains pour libéraliser leur économie n'ont pas permis de mettre un terme à la diminution constante de la part qu'occupe le continent dans le commerce mondial. Tributaire de l'exportation d'un petit nombre de produits, dont les cours sont à la baisse, l'Afrique subit une détérioration des termes de l'échange. Les pertes engendrées pour ces produits équivalent au total de la dette en cours de l'Afrique subsaharienne, soit 200 milliards de dollars. Le niveau des revenus aurait cependant pu augmenter de 50%. "
Le déclin des prix réels proviendrait essentiellement d'une surabondance structurelle de l'offre des excédents de produits de base cultivés dans le Nord (coton, arachide, sucre, blé) où l'agriculture est fortement subventionnée, de même que de l'augmentation de la productivité dans le cas des produits tropicaux destinés à la préparation des boissons (cacao, thé, café), dus aux progrès technologiques et à l'expansion des terres affectées à la production. «Cette situation profite aux 3% de la population des pays de l'Organisation de coopération et de développement économiques (Ocde, qui bénéficient de subventions agricoles, ainsi qu'aux multinationales des pays développés opérant dans le secteur de la transformation des produits de base, du commerce et de la vente au détail. Qui sont les perdants? Ce sont les contribuables des pays du Nord, mais aussi et surtout les millions de petits cultivateurs dans les pays du Sud qui vivent notamment en Afrique, disposent de moins d'un dollar par jour, et dont les revenus dépendent de la production et de l'exportation des produits de base», a déploré Kamran.
Politiques compensatoires
Pour sa part, Michael Atingi-Ego, directeur du Département de recherche de la Banque d'Ouganda, a constaté que l'ouverture des marchés intérieurs n'a pas permis d'accroître les exportations. «Seules les importations ont augmenté. En outre, les fluctuations du taux de change, provoquées par des entrées de capitaux, et le prix des produits de base, ont eu des conséquences sur les autres exportations. Comme les réformes commerciales, qui génèrent des gagnants et des perdants, n'ont pas permis de réduire la pauvreté, il est nécessaire d'élaborer des politiques complémentaires et compensatoires afin d'atténuer les conséquences négatives des réformes», a-t-il indiqué. Quant à T. Ademola Oyejide, professeur au Département d'économie de l'Université d'Ibadan (Nigeria), il a estimé que les difficultés de l'Afrique ne se trouvent pas du côté de l'ouverture des marchés africains, mais de celui des facteurs qui déterminent la production, en relevant que «l'amélioration des performances commerciales du continent passe par une diversification horizontale, verticale et spatiale. L'Afrique a connu de nombreuses réformes macro économiques et sectorielles qui n'ont abouti qu'à diminuer les capacités institutionnelles. Il est essentiel de renforcer ces capacités».
Il est urgent d'élaborer une approche constructive à la question des distorsions de la production et du commerce du coton, causés par les subventions des gouvernements, a prévenu de son côté Terry Townsend, directeur exécutif du Comité consultatif international du coton (Ccic), à Washington (Etats-Unis). Cultivé dans plus de 80 pays, le coton occupe quelque 300 millions de personnes. Selon les estimations du Ccic le soutien des prix et les revenus directs, dont a bénéficié l'industrie du coton, a représenté près d'un quart de la valeur de la production mondiale de coton, soit 5,8 milliards de dollars en 2001/2002 (3,8 milliards de dollars en 2002/2003).
A eux seuls, les Etats-Unis ont dépensé en moyenne 3 milliards de dollars pour subventionner cette industrie en 2001/2002 (2 milliards en 2002/2003). Sans toutes ces subventions, les prix auraient pu être supérieurs d'environ 70% en 2001/2002 et de 15% pour l'exercice en cours. Un manque à gagner de 920 millions de dollars en 2001/2002 pour les producteurs d'Afrique sub-saharienne, et de 230 millions pour cette année! Enfin, Raphael Kaplinsky, professeur chargé de recherche à l'Institute of Development Studies de l'université du Sussex, à Brighton (Royaume-Uni), a relevé que «le salut commercial de l'Afrique passe par l'innovation. Il est essentiel de trouver des manières plus créatives de développer les exportations africaines, car la voie à suivre n'est pas nécessairement du côté du développement d'industries à forte intensité de main d'oeuvre». En revanche, il serait opportun d'élaborer une approche systématique, qui permette d'améliorer chaque composante de la chaîne de valeur.
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