19 Novembre 2003
Le travail des chefs des mission diplomatiques représentant les pays en démocratie naissante est des plus complexes : ces représentants sont nommés par des régimes en place dans leur pays d'origine.
Ils sont envoyés dans des pays où parfois leurs compatriotes, en nombre suffisamment important, ne partagent pas tous les mêmes chapelles politiques que le régime en place et moins encore que le chef de la mission diplomatique chargé de protéger ses compatriotes globalement pris dans le pays d'accueil. Dans ces conditions, l'ambassadeur doit jouer fin : s'il est là, c'est parce qu'il est fidèle au régime qui l'a mandaté ; s'il est là, c'est pour veiller entre autre sur les intérêts de son pays et sur ses compatriotes sans distinction.
Cet équilibrisme qui ne tient souvent que sur un fil infiniment raid, se rond à la première épreuve. La neutralité souhaitée disparaît. Le partisianisme refait surface. C'est le parti au pouvoir qui a nommé le diplomate qui l'emporte. C'est récurent dans nos démocraties naissantes. Cela l'est aussi dans une certaine mesure dans les systèmes les plus huilés.
Jean Koe Ntonga, ministre plénipotentiaire, ambassadeur du Cameroun au Gabon et à Sao Tome et Principe avec résidence à Libreville nous a récemment servi ce tableau équivoque. Ce diplomate entreprenant, patriote et plein d'imagination est le prototype d'un chef de mission en pays étranger : il rappelle à tout Camerounais de passage à Libreville qu'il ne saurait quitter le Gabon sans se rendre en territoire du Cameroun qu'est l'ambassade ou sa résidence. Il rend visite aux Camerounais de Lambérené, de Port-Gentil ou de Franceville ; il crée un système pour recenser les 35 000 de ses compatriotes vivant au Gabon ; il fonde " La Gazette de la communauté camerounaise du Gabon " dans laquelle les nouvelles du Cameroun sont fréquemment publiées ; il réalise un film documentaire pour immortaliser le voyage du président Paul Biya au Gabon en janvier dernier. Emporté par cet enthousiasme débordant, l'ambassadeur Jean Koe Ntonga réuni ses compatriotes à son ambassade. Il signe une motion " suppliant " Paul Biya de se représenter à la prochaine élection présidentielle pour un nouveau septennat. " Monsieur l'ambassadeur, cela fait-il partie des pratiques diplomatiques ? " Interroge un journaliste invité à sa résidence. " La réunion s'est tenue à l'ambassade et je me devais d'y apporter ma caution ", répond le diplomate. " Auriez-vous signé la même motion adressée à Fru Ndi du Sdf ? " réplique mon confrère. L'ambassadeur perd le latin. C'est dure le métier de diplomate !
Pas de symphonie au cinéma
Balufu Bakupa-Kanyinda est un cinéaste congolais (Kinshasa). Il a passé son enfance en France et vécu son expérience d'artiste aux Etats-Unis. Il assume cette pluralité culturelle comme une incommensurable richesse. Elle lui procure entre autre un franc parler parfois gênant que lui, trouve normal. En 1996, il mûrit un projet cinématographique : faire une satire de Mobutu un président bouffon, mégalomane et excentrique, amateur du jeu de damier. Le titre du court métrage de 40mn est trouvé : " le Damier ". Pour tourner son film, il a besoin d'un palais présidentiel ou d'un château. Celui de Joinville-le-Pont dans la banlieue sud de Paris lui tend les bras. Balufu fait escale à Libreville pour recruter Didier Moussou et Didier Léon Mba, deux décorateurs gabonais aux talents éprouvés. Le président Bongo reçoit le cinéaste et lui propose : " pourquoi aller en France, le cadre de Libreville est indiqué pour votre scénario ; je vous propose le palais présidentiel du " 12 mars " ; il y a ici au Gabon des comédiens pouvant vous convenir ". Le réalisateur accepte la proposition. Il tourne à Libreville. Le film a fait le tour du monde.
Le 4 novembre, Balufu est allé le projeter dans sa " terre natale " qu'est Libreville et y déposer une copie en guise de reconnaissance.
En marge de la projection du " Damier ", le cinéaste parle de la " Guilde cette association des réalisateurs et producteurs africains à laquelle il appartient et qui est présidée par la Burkinabè Fanta Nacro. " C'est la nouvelle génération des cinéastes africains arrivés au métier en 1990 " précise-t-il. Des " Ecrans noirs ", il pense que " Bassek Ba Khobio a eu là une idée géniale qui lui sied bien comme producteur. Il devrait s'en contenter, la développer, plutôt que de s'aventurer dans le métier de réalisateur où il présente d'énormes lacunes " explique-t-il. Quant au " Silence de la forêt " du Centrafricain Didier Ouanangaré, le cinéaste congolais parle d'un flope de deux aventuriers. Et nous qui pensions qu'il n'y avait que symphonie dans ce milieu !
Une Fatwa et une autre
Le 16 novembre 2002, " This days " le quotidien nigérian, à la veille du concours miss monde initialement programmé dans ce pays, publie un article vantant les beautés des filles devant concourir. L'article termine par ces mots : " le monde est à leurs pieds. Le prophète Mohammed aurait probablement choisi épouse parmi elles ". Qu'elle provocation !
Le lendemain, une fatwa est décrétée contre Ndaka Obaigbena, le directeur de publication de ce journal et contre l'auteur de l'article. Nduka Obaigbena quitte le Nigeria et s'installe à Johannesburg en Afrique du Sud. Il y relance son tabloïd à coup de publicité. 100 000 exemplaires sont distribués tous les jours à Johannesburg, Pretoria, Durban et le Cap.
En recevant le premier exemplaire de " This days " des mains de son promoteur, le président Tabu Mbéki a dit : " je vous salue d'avoir osé une intrusion dans un secteur dominé par l'élite blanche ". Cette fatwa nous rappelle une autre qui fut décrétée en 1988 par l'Iman Khomeney contre Salman Rushdie auteur des " Versets sataniques " pour avoir écrit que " Mohound " (Mohammed) n'était pas indifférent aux charmes des belles créatures.
Il est intéressant de voir comment les époques passent et les faits qui les constituent demeurent étrangement identiques.
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