Honoré Foimoukom
19 Novembre 2003
La course effrenée aux victoires a poussé les sportifs au dopage. Un moyen d'améliorer leurs performances physiques.
De nos jours, l'éthique sportive est de plus en plus bafouée, vilipendée et même sacrifiée sur l'autel du pouvoir des lobbies financiers qui régissent le monde du sport. Seule importe la victoire finale, quels que soient les moyens utilisés pour y parvenir. Chose qui met la pratique du sport à mille lieues de l'esprit qui a jadis animé Marathon dans la Grèce antique. Désormais, les sportifs n'hésitent pas à avaler ou à s'injecter des substances chimiques dans l'espoir d'améliorer rapidement leurs performances dans des compétitions, renvoyant aux calendes grecques la philosophie du baron Pierre de Coubertin selon laquelle "l'essentiel c'est de participer". Aujourd'hui, pour les sportifs, il faut non seulement participer, mais surtout gagner, par tous les moyens, même en se dopant.
Le dopage qui peut se définir comme étant l'utilisation de produits (substances injectables ou à avaler) interdits aux fins d'améliorer la performance (intellectuelle ou physique) est actuellement au centre de nombreuses réflexions dans différentes instances sportives internationales. Car, les sportifs ne cessent de mener une course effrenée au gain, corollaire indubitable du dopage. "Le sportif qui se dope répond toujours présent le jour «j». Une incertitude existe chez le sportif qui ne se dope pas (même si la planification des entraînements et autres distractions est faite pour amener l'athlète à sa forme optimale le jour «j»). Une incertitude qui devrait caractériser et faire le charme de toute discipline sportive", observe Pr. Pierre Ama, chef de l'unité de lutte contre le dopage au comité national olympique et sportif du Cameroun (Cnosc).
Entorse à l'éthique sportive
Le sport, devenu source de richesse, pousse désormais à toutes sortes de perversions. En se dopant ou en acceptant indirectement des conduites dopantes imposées par leurs dirigeants et autres managers à la recherche effrenée de la gloire, les sportifs tournent le dos à l'éthique. Ils deviennent de «simples objets» dont la finalité est de générer de l'argent grâce à leurs performances. Dans le monde du sport, tant professionnel qu'amateur, les responsables de clubs considèrent les athlètes comme des salariés et, à ce titre, leur demandent de compétir sans états d'âme, même quand le seuil de fatigabilité est dépassé. "La médicalisation très poussée observée dans les équipes nationales et les clubs professionnels suggère l'existence du dopage. Des questions peuvent être posées quant au seuil de fatigabilité des joueurs avec les matches qui se succèdent. Exemple : En Angleterre, les joueurs livrent environ 70 à 75 matches par an. Thierry Henry en a disputé 55 au cours de cette saison (2002-2003 ndlr) sportive", déplore Pr Pierre Ama.
Dans tous les pays, les sportifs qui se dopent pour améliorer leurs performances physiques sont bien conscients de la dangerosité de leurs actes. C'est ainsi qu'ils multiplient des mécanismes pour ne pas être contrôlés positifs. Par exemple, ils se rasent le crâne ou se font décolorer les cheveux. Les phanères (cheveux et ongles) permettent en effet de détecter le sportif qui s'est dopé mieux que les techniques où l'urine et le sang sont utilisés. Avec le cheveu, on détermine simplement la présence du produit dopant et le moment de son absorption. L'on signale aussi des cas de sportifs qui, avec la complicité de leurs dirigeants dissimulent le dopage. Dans cette catégorie, il y a le célèbre cas du match Nice-Marseille le 13 décembre 1988 au stade du Ray en France. A la fin de ce match, les joueurs Germain (dossard 6) et Di Meco (dossard 3) de Marseille, choisis pour être testés, n'étaient pas passés devant le préleveur du ministère français de la Jeunesse et des Sports. Les dirigeants de Marseille avaient usé de tous les subterfuges pour que les dossards 6 et 3 soient transformés en 9 et 2.
Incrimination des
compléments alimentaires
Nombre de sportifs contrôlés positifs incriminent les compléments alimentaires qu'ils consomment avant des compétitions. Produits consommés par voie orale dans le but de compléter l'alimentation normale, ces compléments alimentaires (vitamines, herbes, sels minéraux...) constituent aujourd'hui un problème majeur pour les athlètes. "Nous aimerions rendre les athlètes attentifs au fait que de récentes découvertes ont montré que des compléments alimentaires peuvent contenir des produits dopants pouvant provoquer des contrôles antidopages positifs liés à des substances actuellement inscrites sur la liste interdite. De plus, la commission estime que les athlètes sont pleinement responsables des produits dopants trouvés dans leur corps à cause de l'utilisation des compléments alimentaires", déclarait le Comité international olympique (Cio) en 2002, dans un communiqué adressé aux sportifs du monde.
Produits dangereux pour les sportifs, les compléments alimentaires contiennent des graisses et des substances dopantes susceptibles d'engendrer un contrôle antidopage positif. Ces substances peuvent être des pro-hormones androsténédione (précurseur de la testostérone) et norandrosténédione (précurseur de la nandrolone bien connue dans le monde sportif), de l'éphédrine, de la Xénodrine Rfa - Rfa-1, de l'Ephedra... Les sportifs et leurs encadreurs ont donc intérêt à être vigilants au sujet des compléments alimentaires. Une vigilance que prescrivent aussi des médecins de sport et autres diététiciens, au sujet de la viande de porc castré qui contient une substance dopante. La sprinteuse camerounaise Léonie Myriam Mani, contrôlée positive en mai 2003, avait d'ailleurs accusé la viande de porc castré qu'elle avait consommée avant la compétition à l'issue de laquelle elle avait été testée positive.
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