Par : Moubarack LO
20 Novembre 2003
opinion
Le livre de Stephen Smith, Négrologie, comment l'Afrique meurt, est le dernier avatar du mouvement afro-pessimiste.
Enonçant des thèses à la limite de la provocation, fondées non sur des vérités scientifiques, mais sur des a priori et des lieux communs, ce livre aurait simplement mérité d'être ignoré, n'eût été la personnalité de l'auteur, chroniqueur africaniste célèbre, et le risque de l'influence que les idées défendues pourraient avoir dans certains milieux africains et occidentaux. Nul ne peut nier que l'Afrique peine encore à sortir de la pauvreté et des difficultés institutionnelles. Selon les dernières estimations du Pnud, le continent n'atteindra certainement pas les objectifs de développement du millénaire fixés pour 2015. Et, chaque jour, un fait nouveau - une guerre civile, un coup d'Etat, un acte anti-démocratique d'un dirigeant despotique - vient rappeler la dure réalité que vit l'Afrique et repousser encore plus l'horizon de la renaissance souhaitée par ses fils et ses filles.
Malgré tout, c'est faire preuve de mauvaise foi que de proclamer, haut et fort, que «l'Afrique meurt d'un suicide assisté», comme a osé le déclarer dans son livre Stephen Smith. Même le Nepad, qu'il qualifie au passage de «marché de dupes» entre l'Occident et l'Afrique, ne trouve grâce à ses yeux. Plutôt que de projeter le continent sur le futur et de valoriser son riche potentiel, Smith a préféré figer son regard sur les images du passé, remettre sur le devant de la scène le thème de la négritude qui a perdu la pertinence qu'il avait du temps de la colonisation. Aujourd'hui, mis à part certains cercles, les Africains sont plus préoccupés à rechercher des stratégies d'accélération du développement économique, social, culturel et politique qu'à tourner sans cesse la tête vers l'histoire qui, d'ailleurs, ne constitue nullement un poids insurmontable. Les exemples de pays voués hier à l'échec et qui en moins de trente années ont rejoint le rang des nations industrialisées font légion en Asie.
Sur le continent africain, une analyse sérieuse aurait montré à Smith que certains pays (la Tunisie, l'île Maurice) ont fait d'énormes progrès, tandis que d'autres, comme le Sénégal ou le Ghana, présentent de vrais atouts pour être la prochaine génération d'économies émergentes et de démocraties majeures. L'espoir est donc permis. Et les difficultés notées çà et là sont plus conjoncturelles que liées à des causes structurelles et immuables. Aujourd'hui, l'Afrique est certainement malade de plusieurs de ses dirigeants, plus soucieux de se maintenir au pouvoir que de faire progresser leurs peuples. Demain, il suffira qu'un leadership adapté émerge partout sur le continent pour que son futur soit complètement et rapidement changé. C'est faire oeuvre utile que de favoriser cette mutation salutaire. Sans doute, l'éloignement de l'Afrique n'a pas permis à Smith de voir ses évolutions en profondeur qui s'opèrent dans un contexte apparent d'instabilité et de misère. Il appartient aux Africains de donner tort à ses prédictions en prenant leur destin en main et en réussissant le chantier de la transformation de leur riche continent.
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