Demba Silèye Dia
20 Novembre 2003
opinion
Voudrait-on insulter l'Afrique que l'on ne s'y prendrait pas autrement. Au détour d'une pièce de danse, des filles infligent une terrible insulte à l'Afrique, et le jury trouve quand même le moyen de les primer. Après la sortie énergique des autorités malgaches qui les a tout bonnement censurées, une autre question reste de savoir dans quel autre pays africain trouveront-elles une terre d'accueil ?
En cette soirée du 12 novembre dernier, au Centre culturel Albert Camus d'Antananarivo (Madagascar) seuls les voyeurs, les tordus d'esprit ou les Africains sans âme ont eu à apprécier positivement et même à se délecter face à la cinglante insulte que les danseuses mozambicaines de la compagnie Projeto Cuvilas (du chorégraphe Augusto Cuvilas) ont infligée à la dignité africaine. Tous les Africains doués de bon sens comme le ministre malgache de la Culture, Mme Louise Odette Rahaingosoa Andriamaroseheno, en sont sortis stupéfaits. Tout comme les autorités malgaches qui ont pris des mesures fermes quant à la tentative de la réédition de ces scènes à la limite pornographiques. En effet, c'est nu comme des vers que les cinq danseuses mozambicaines ont raconté une histoire de petites filles parties se baigner à la rivière. Cette pièce a, non seulement brillé par sa vacuité, mais aussi en a choqué plus d'un spectateur présent dans la salle. D'autant qu'elle a mis à poil la femme africaine (la mère, la soeur, la tante, la nièce, la fille, l'épouse ) sur presque 80 % de sa durée. Et pourtant, pour une partie de baignade à la rivière, la nudité pouvait être suggérée. Mais non. Ce serait trop poli, a dû se dire le chorégraphe.
Il faut qu'elle soit crue pour attirer l'attention sur soi. Et ce, devant les autorités. Et quand des connaisseurs en la matière, comme Germaine Acogny, se sont scandalisés, d'autres à l'esprit retors rétorquent qu'"il n'y a rien de choquant. C'est de l'art. Il faut laisser aux artistes la liberté de créer". Tout cela pouvait passer inaperçu, si les filles mozambicaines s'en étaient limitées là. Mais le jury dirigé par le cinéaste mauritanien Abderrahmane Sissako est allé plus loin en primant la compagnie Projeto Cuvilas. C'est après une longue délibération - trop longue même - que le jury, n'osant pas donner à ces sortes de dévergondées le premier prix, leur a quand même remis le deuxième.
Après les Nigérians de la compagnie Ijodee qui ont ravi la palme et la "Malienne" Kettly Noël arrivée en troisième position (et qui a raflé le prix Rfi) tandis que les Cap-Verdiens de Raiz di Polon s'emparaient du prix spécial ("une première, à cause des difficultés à départager les concurrents", précisent les membres du jury). Restait alors une autre paire de manches : les trois lauréats devant se produire au cours de la cérémonie de clôture, samedi dernier, au Palais national des sports et de la culture Mahamasina. Là, le morceau était trop gros pour les autorités qui ont tout bonnement opposé leur veto. En effet, c'est depuis qu'il a visionné la vidéo des onze compagnies présélectionnées que le ministre de la Culture a indiqué que, puisque la nudité n'est pas une chose habituelle à Madagascar, il fallait que l'on trouve une solution pour éviter qu'elle ne soit trop blessante. Mais, justement, c'était cette nudité crue qui intéressait les juges et décideurs non-africains. Pourquoi des Européens viennent-ils insulter l'Afrique en terre africaine et vouloir imposer la répétition de cette atteinte à un pays africain, alors même que, pour jouer la même pièce dans leur propre pays, les Mozambicaines avaient demandé l'autorisation des ministres de la Culture et de l'Education nationale ?
Ce qui fait dire à certains que ce qui a intéressé les Européens, ce n'est pas la création, mais l'Afrique mise à poil. Sinon, comment se fait-il même que ces "petites écervelées", comme les ont qualifiées certains observateurs, en arrivent à ce stade, c'est-à-dire que le jury ne les a-t-il pas éliminées depuis les présélections ? L'autre grande question est de savoir si ces filles, même si elles trouvent un cadre d'expression en Europe, pourront-elles se produire dans un pays africain, fût-il la Tunisie qui est seule au programme ? Il y va même de leur propre sécurité. Pourront-elles jouer dans un quelconque pays africain sans se livrer à la vindicte populaire, pendant que ceux qui les encourageaient se la couleront douce dans leurs salons frais et moelleux ? En tout cas, il est presque certain que le Sénégal ne fera pas partie des sols qui les accueilleront à bras ouverts. A moins que
Be the first to Write a Comment!
Copyright © 2003 Wal Fadjri. Droits de reproduction et de diffusion réservés. Distribué par AllAfrica Global Media (allAfrica.com). Pour tout commentaire ou demande d'autorisation de reproduction ou de diffusion, contactez directement le propriétaire des droits en cliquant ici.
AllAfrica collecte et indexe du contenu provenant de plus de 125 organes de presse d'Afrique ainsi que de plus de 200 autres sources d'informations et de nouvelles. Les pourvoyeurs d'informations de AllAfrica gardent l'entière responsabilité éditoriale de leur production. Les articles et documents identifiant AllAfrica comme source sont produits ou commandés par AllAfrica.