Dorine Ekwè
20 Novembre 2003
" La guerre est officiellement ouverte. Il s'agira tout simplement, au cours des prochains mois ; de bien évaluer l'évolution de la situation dans chacune des corporations qui sont mises sur pieds".
Ces propos, d'un observateur de la scène culturelle camerounaise, au lendemain de l'octroi du dernier agrément que l'on attendait alors, à la Cmc (gestion des droits d'auteurs des musiciens) sur les hauteurs du Palais des congrès de Yaoundé, disent bien l'état d'esprit général dans lequel a été accueilli la mise en service et la reconnaissance officielle de chacune des quatre sociétés de gestion des droits d'auteurs : Socadap, Sociladra, Socidrap et Cmc. Il était alors question, ici et là, de voir, après l'enthousiasme des premiers mois, comment seraient gérés les conflits internes de chacune des ces sociétés quand on sait que, la moitié de ces corporations étaient, le fruit de quelques rencontres initiées à l'ancien Palais présidentiel, et au cours desquelles, étaient alors signés des consensus qui mettaient ensemble deux sociétés, qui sollicitaient oeuvrer pour la même cause, mais dont voies à suivre, et les modes de fonctionnement, n'étaient pas toujours les mêmes.
Incompréhensions
Vu sous cet angle, on pourrait trouver logique ce "conflit" qui couve au sein de la Socidrap (Société civile des droits d'auteurs audiovisuels et photographiques) depuis quelque temps déjà, et qui, au fur et à mesure que l'on se rapproche de la date de l'Assemblée générale le 22 novembre prochain, se fait plus intense. Une assemblée qui fait suite à une injonction du ministre d'Etat chargé de la Culture, au 1er vice-président de la corporation, Gervais Mbarga, par ailleurs ancien membre de la Socidrap originelle, dont le nom a finalement été retenu pour désigner la nouvelle société issue du consensus du 18 juin dernier. Datée du 17 octobre dernier, et portant en objet: "entérinement du consensus", cette correspondance demandait, "Aux fins d'entériner, conformément aux textes fondamentaux de la Socidrap (...) de bien vouloir, dans les meilleurs délais, convoquer une assemblée générale de votre organisation". Seulement, le Président du conseil d'administration, Clément Tjomb, désigné à la suite des réunions des 16 et 18 juin 2003, et son 1er vice-président, ne font pas de ce courrier la même lecture.
M. Clément Tjomb, y voit une "volonté de clarifier la situation [quand on sait que], tout le monde n'a pas toujours été d'accord pour que les choses se passent comme cela. S'il ne dépendait que de tout un chacun, il y aurait deux sociétés de gestion des droits audiovisuels et photographiques. Mais au lieu de cela, certains membres de la société convoquent une réunion pour refaire les textes". Des accusations que M.Gervais Mbarga réfute dans la mesure où affirme-t-il, c'est " moi qui ai convoqué cette réunion à la suite de la correspondance que le ministre de la culture m'a fait tenir le 17 octobre, et qui m'enjoignait de tenir cette rencontre. Et je pense qu'il est temps de procéder à cette Assemblée générale, parce que la désignation de M. Tjomb lors de la réunion tripartite n'était que provisoire; tous les membres de l'association doivent choisir leurs dirigeant, c'est tout simple. J'ai souvent adresse des communications à M. Tjomb pour que l'on puisse travailler, je n'ai jamais reçu de réponse".
Du côté du ministère de la Culture, même si on reconnaît "vouloir donner du temps à chaque société de se jeter à l'eau et d'intervenir le moment venu", cette querelle ne laisse pas indifférent et agace à la limite. Selon Blaise Etoa, chargé d'études assistant à la cellule de communication du Mincult, "Il n'y a aucun flou quant à l'unique point mis à l'odre du jour. Si Dikonguè Pipa n'avait pas été sous le coup de l'interdiction suite à son passé avec la Socinada, c'est à lui que reviendrait le pouvoir d'organiser cette assise du 22 novembre en tant que président de la socidrap. C'est normal que Gervais Mbarga la convoque. C'est en sa qualté de vice-président de la Socidrap originelle qu'il a été désigné pour le faire. Il s'agira donc juste pour les membres de la Socidrap originelle, d'accepter de façon officielle que leurs textes appartiennent désormais à la société consensuelle".
Irritation
De ce "désaccord larvé", découle une situation toute aussi embarrassante pour les uns et les autres. Chacune des "tendances de la maison" tient ses réunions. Ainsi, alors que Gervais Mbarga programme une réunion (à laquelle il a invité M Tjomb) pour le 22 novembre prochain au siège de l'association Films à Yaoundé, Clément Tjomb annonce quant à lui le " premier Conseil d'administration extraordinaire " pour le 28 du même mois au siège de la société à Nlongkak) , tandis que tous les documents sont désormais faits en double. Clément Tjomb présente un acte notarié daté du 17 octobre 2003, dressé par Pierre François-Xavier Menye Ondo, une initiative qui irrite les responsables du ministère de la Culture, pour qui, "les textes fondamentaux sont ceux élaborés par la Socidrap originelle, et on avait plus besoin de les légaliser". Des textes queGervais Mbarga, présente sous la forme d'un acte notarié daté du 15 janvier 2003 réalisé par Madeleine Assoo Ngono Zé.
Si le premier contient également le procès-verbal de la rencontre des 16 et 18 juin 2003, le bureau du conseil dadministration et la liste des autres administrateurs en plus des textes fondamentaux, le second ne présente que les textes fondamentaux. Ce qui pousse Gervais Mbarga à penser qu : "il existe désormais deux sociétés dans la mesure où, chacun présente un acte officiel ". La gestion de la perception des Droits de reproduction public et Droits audiovisuels et photographiques auprès des populations par les membres de la Cmc, oppose également les deux parties. Si le Pca juge important d'accepter, avec les autres sociétés, de percevoir, de novembre à décembre ces taxes, il ne pense pas moins que " l'on devrait se donner le temps d'inventorier toutes nos oeuvres ". Son 1er vice-président est, quant à lui, plus enclin à une politique d'ouverture. Quoi qu'il en soit, cette situation pourrait conduire à un retrait d'agrément à cette société de gestion collective des droits d'auteurs.
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