Jeanine Fankam
20 Novembre 2003
Dans son édition du mardi 13 novembre dernier, Mutations rendait compte d'un malaise qui s'est installé au lycée bilingue de Deido, à Douala, au sujet de l'association des parents d'élèves. Le chef de l'établissement, Grâce Ngando Mpondo, est accusée par la présidente de l'Ape, Mme Mireille Bepe Betete, d'avoir fait main basse sur les fonds de l'association. Une querelle analogue a été entendue l'an dernier au lycée de MballaII à Yaoundé entre Mme Paulette Boutouli, le proviseur et M. Mandeng, le président de l'ancien bureau de l'Ape,soupçonné de mauvaise gestion. Ce bureau avait été finalement désavoué par l'assemblée générale de l'association des parents d'élèves. Au lycée d'Anguissa, Jean Tonyé, enseignant et président de l'Ape de son établissement, se rappelle que la passation de service entre son prédécesseur et lui n'a pas été facile. " Ce commandant de l'armée avait même beaucoup oeuvré pour que quelques collègues et moi soyons affectés dans d'autres structures. Compte tenu de la mauvaise gestion de son équipe, l'assemblée générale de l'Ape ne pouvait plus lui faire confiance. Un autre bureau a été voté. Mais l' ancienne équipe restait accrochée aux affaires. Il a fallu l'intervention de la direction des Activités post et périscolaires du ministère de l'Education nationale pour la ramener à la raison ". A l'école publique du plateau Atemengue, c'est en cours de mandat, l'an dernier, que l'assemblée générale de l'Ape a constaté la défaillance de son bureau exécutif et a décidé de le destituer.
Les exemples de disputes pour le contrôle des Ape sont innombrables dans les établissements publics au Cameroun, au point qu'on peut se demander pour qui travaillent ces associations.
Certes, ces nombreux incidents qui éclatent entre chefs d'établissement et présidents d'Ape sont déjà une indication de réponse. La pomme de discorde est et demeure l'accès aux finances. Cela n'est pas moins une autre indication pertinente également. Dans de nombreux cas on ne sait jamais trop comment et où l'argent de l'Ape est gardé. Pourtant les présidents disent à qui veut les entendre qu'il faut deux ou trois signatures pour que l'argent soit décaissé. Comme si cette précaution était une garantie de sécurité absolue. En réalité, dans plusieurs cas, la caisse de l'Ape est le compte bancaire personnel du trésorier de l'Ape. Me Etoga, trésorier de l'Ape de l'école publique du Centre Atemengue, croit pouvoir trouver une bonne justification lorsqu'il explique que cette situation est due au fait que " pour ouvrir un compte en banque, cela demande beaucoup d'argent que l'Ape ne peut pas toujours réunir ". Un argument surprenant lorsqu'on sait que les frais d'Ape varient entre 3.000 et 5.000FCfa par parent dans les établissements. Bien plus, des astuces sont trouvées pour contraindre tout le monde à les payer au moment des inscriptions des élèves.
Cette confusion de la caisse de l'Ape avec le compte bancaire personnel du trésorier fait que régulièrement, un bureau s'en va avec tout ce qui se trouve dans la caisse de l'association, sans inquiétude. Le seul moyen de coercition prévu par la loi est la poursuite judiciaire pour détournement de fonds publics. Mais la procédure est longue et épuisante. C'est pourquoi, on préfère s'en tenir au désaveu du bureau en cas de défaillance. Rien de plus.
Sur le terrain, c'est exceptionnellement que les réalisations de l'Ape forcent l'admiration. Le directeur de l'école publique du plateau Atemengue, affirme que ces réalisations sont nombreuses dans son établissement. Il cite pêle-mêle la réfection des toilettes, l'organisation de la fête des enseignants dans son école, l'achat du savon, des seaux et des balais au début de l'année en cours. " Le revêtement de la cour, pour empêcher la boue en saison des pluies et la poussière en saison sèche, est envisagé, nous a-t-on dit. Il reste maintenant que ce projet se transforme en réalisation ". On comprend d'ailleurs sa réserve car, après l'élection du bureau exécutif, dans l'enthousiasme débordant, les membres promettent monts et merveilles. Au Ces de Ngoa-Ekellé, des tables bancs, le matériel didactique, la réfection de quelques salles de classe sont cités parmi les réalisations majeures de l'Ape. Là aussi, un autre grand projet est annoncé: " le revêtement des murs, pour donner un bel aspect à l'établissement dont le poids de l'âge est visible de prime abord ".
Au lycée d'Anguissa, la nouvelle équipe semble vouloir tout faire pour convaincre par les actes. "Nous laissons nos réalisations à l'appréciation des parents qui nous ont élus. Nous avons élevé le mur d'une salle de classe qui s'est écroulé pendant les vacances. Il fallait absolument réhabiliter cette 5ème 6 avant la rentrée scolaire sinon il y aurait eu une salle de classe en moins cette année. Le plafond de tout le bâtiment des sixièmes a été aussi refait. Ces salles de classes suintaient. Des feuilles de tôle y étaient enlevées. Elles ont été remplacées et la charpente refaite. Des rigoles ont été aussi construites pour canaliser les eaux de pluie qui créaient des inondations dans certaies classes. Deux nouveaux bureaux ont été construits pour le censeur et le surveillant général. Actuellement ils sont en train d'être équipés. De même, les 10 enseignants vacataires de notre lycée ont déjà perçu leur premier mois de salaire. Nous sommes déjà à plus de quatre millions de dépenses. Mais la priorité reste le paiement régulier des salaires de nos collègues vacataires. Cette année, cinq millions de Francs Cfa ont été réservés à cet effet ". Ici, on a au moins la chance que les fonds de l'Association sont logés à la Scb de l'avenue Kennedy. " Notre équipe a ouvert un compte pour l'Ape dans un souci de transparence. Le numéro est connu de tous les parents qui peuvent vérifier son état à tout moment", précise M Tonyé.
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