Le Quotidien Mutations (Yaoundé)

Cameroun: Des hôpitaux contagieux : les malades courent de graves risques d'infections dans certaines structures sanitaires

Cathy Yogo

21 Novembre 2003


Sol poussiéreux, murs quelques fois couverts, de toiles d'araignées et de taches de sang, sans compter les immondices de détritus hospitaliers qui débordent des poubelles...

La propreté n'est pas de mise dans certains pavillons de l'hôpital central de Yaoundé, l'une des formations sanitaires les plus fréquentées pourtant. Même les épaisses couches de peinture sur les murs cachent mal les rides de cet établissement bientôt sexagénaire. Encore moins certaines mauvaises pratiques...

La transmission de maladies infectieuses à l'intérieur d'un hôpital est un risque pour les patients et le personnel. Il est donc important de développer des stratégies de prévention aussi bien pour les maladies fréquentes que pour celles qui sont plus rares. Ainsi, un certain nombre de conditions d'hygiène doivent être remplies pour que la mise en place de telles stratégies aboutissent. Et pourtant, au sortir des salles de soins, on a le coeur serré. Car le personnel médical ne respecte pas très souvent les règles primordiales d'hygiène : désinfection des mains, port de gants et de la calotte, ongles coupés à ras, etc. L'intérieur des salles d'hospitalisation n'est non plus un exemple de propreté. Les lits sont couverts de rouille et la tuyauterie des toilettes ne fonctionne pas bien. Même décor dans les hôpitaux Jamot, dans ceux de Biyem'Assi, d'Efoulan, et dans beaucoup d'autres encore. Du côté des centres de santé la situation est bien pire.

Dans cette structure sise au quartier Nsam et qui enregistre en moyenne une cinquantaine de patients par jour, les risques de contagion sont aussi énormes qu'alarmants. A moins de 4 mètres du portail, sont disposés des matelas crasseux sur lesquels les malades sont serrés, qui avec une perfusion au bras, qui attendant une injection. Dans la salle d'accouchement, presqu'à court de matériel strictement nécessaire, la table est maculée de caillots de sang. Le lavabo coule sans arrêt, formant ainsi un nid pour les microbes. Quant aux toilettes, elles sont crasseuses et dégagent une forte odeur. Une situation déplorable! Les hôpitaux, à l'instar de ce dernier, évoluent dans une insalubrité notoire. Mais du côté du Service d'hygiène hospitalière du ministère de la Santé publique, silence. Heureusement pour les uns et les autres, il y a des espoirs: l'Hôpital général et la Fondation Chantal Biya par exemple. Sous l'oeil vigilant de Mme Atangana et de Jacques Amougou Oyono, respectivement surveillante et coordinateur général à la Fondation, le personnel n'a pas droit à l'erreur. Gants, cache-nez et bottes aux pieds, les agents d'entretien astiquent tous les coins et recoins tous les jours. Côté personnel, on fait également attention. "Toutes nos salles ont des lavabos. En plus des gants, les infirmières doivent laver et désinfecter leurs mains". Le côté esthétique du personnel soignant y est également pris en compte. Même s'il y a des manquements.

" En principe, les infirmières devraient porter des calottes, se couper les ongles très court. On veille au grain, mais de temps en temps, nous sommes débordés par le travail et certaines choses nous échappent ", explique Mme Atangana. Pour prévenir une éventuelle contamination entre les malades, l'hôpital a prévu un pavillon des maladies infectieuses (méningite, tuberculose, rougeole, varicelle). Le problème qui se pose est que tous sont parqués dans les mêmes locaux. Ce qui pourrait entraîner d'autres problèmes, comme ceux crées par les moustiques. Quel que soit le lieu où sont internés les tout-petits, personne n'est à l'abri des moustiques, et partant, du paludisme. Alors que, "tous les lits devraient en principe avoir une moustiquaire imprégnée, afin d'éviter de se faire piquer par des moustiques Mais aucun n'en a. Si bien qu'on fait un travail presque inutile en les distribuant uniquement aux femmes enceintes ", déplore un cadre de la maison. On comprend alors que même dans les structures de renom, rien n'est acquis. Un avis en partie partagé par le directeur de la fondation, le Dr Monny Lobe, qui renchérit : " Une structure ne peut vraiment être propre que si elle a été construite selon les normes requises. Or, si la création de la fondation date de 1994, la plus grande partie des locaux est vielle de plus de 30 ans ", explique t-il. Comme quoi, on peut pendant longtemps encore au Cameroun, mourir autant de maladies que d'hôpitaux.

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