La Tribune (Algiers)

Algérie: Clin d'oeil de la Tunisie au touriste algérien : les opérateurs algériens invités de l'Office tunisien du tourisme

Hasna Yacoub

22 Novembre 2003


De Mahdia à Hammamet en passant par Monastir et Sousse, il est facile de constater que la politique du tourisme, source de vie de ce pays, est réussie. Les Tunisiens ont réussi l'opération de charme des touristes étrangers en leur offrant des villes côtières entières pour des vacances de rêve : mer bleue, sable blanc et un décor splendide

Le Boeing 707 survole à basse altitude Tunis, offrant ainsi une gigantesque fresque multicolore aux invités d'une semaine de ce pays, naguère petite bourgade berbère, (oppidum tunicense), devenu ensuite capitale de l'Ifriqiya, l'ancienne Africa. Cette fraîcheur crépusculaire qui effleure le visage fatigué des invités en cette première soirée à l'aéroport s'ajoute à ce sentiment commun que le voyage s'annonce assez agité à l'exemple de l'atterrissage presque raté par le pilote. Encore trois heures de trajet pour arriver à Mehdia, ville côtière, où les invités de l'Office national du tourisme tunisien sont attendus. Certains journalistes qui accompagnent un groupe de tour-opérateurs algériens ne connaissent pas la Tunisie, ils auront l'occasion de traverser près de 200 kilomètres en bus pour admirer sous la lumière de la lune les beaux paysages de ce petit pays.

Tunis, ce grand hôtel

A la vue de ces nombreuses bâtisses, grandioses, toutes avec les mêmes inscriptions : Hôtel ou Palace, la traversée de la ville de Tunis suscite une drôle de question : «Tunis, est-ce un grand hôtel ? » Dans cette capitale, à côté d'un hôtel, c'est, sans risque de se tromper, une banque. Plus loin, en empruntant l'autoroute, c'est toute la verdure de Tunis qui s'affiche. Vers une heure du matin, le bus s'engage dans les rues de Mahdia ou cap Afrique qui fut la capitale de la Tunisie au XIème siècle sous la dynastie des Fatimides, après Carthage et Kairouan. Il s'immobilise devant Mélia El Mouradi Mahdia, un palace, comme sont appelés dans ce pays la majorité des hôtels, de cinq étoiles qui a pied dans l'eau. L'accueil est chaleureux et le service exemplaire. Après une nuit de sommeil, l'aventure pour la découverte de la beauté des plages de la Tunisie et de ses atouts touristiques qui se résument, en fait, à son impressionnante infrastructure hôtelière, commence. De Mahdia vers Hammamet en passant par Monastir et Sousse, il est facile de constater que la politique du tourisme, source de vie de ce pays, est réussie. Les Tunisiens ont réussi l'opération de charme des touristes étrangers. Leur offrant des villes côtières entières pour des vacances de rêve, ce pays enregistre l'entrée de pas moins de 5 millions d'étrangers par an. Mer bleue, sable blanc et un décor splendide : confort moderne, oasis vertes, piscines, équipements sportifs luxueux, animations diversifiée et repas copieux les Tunisiens ont tout pensé. Rien n'est laissé au hasard. La majorité des hôtels sont le pied dans l'eau ou juste à une centaine de mètres de la plage. A l'intérieur, tout est prévu. A commencer les chambres où tout est étudié : du coffre-fort aux papier à lettre et cartes postales. Le livret guide de l'hôtel est transcrit dans toutes les langues et les travailleurs parlent dans leur majorité l'anglais et baragouinent l'allemand.Pour ce qui est des loisirs, des activités de sport sont conçues pour tous les goûts : piscine, court de tennis, minigolf, pétanque, tir à l'arc ou encore un stade omnisports sans oublier bien sûr les jeux vidéo, flippers ou encore table de billard. Les enfants ne sont pas en reste dans les hôtels tunisiens. Sont prévus mini-club, les aires de jeux pour enfants et aussi la discothèque pour les plus jeunes.

La thalassothérapie, l'atout tunisien

L'atout de ce pays est, sans contexte, ces centres de thalassothérapie. Au moins 30 centres existent en Tunisie et un projet de doubler ce chiffre est en voie de réalisation selon le représentant de l'ONTT, M. Hassan Ziad. Dans ces différents centres, qui se trouvent dans leur majorité à l'intérieur des palaces, un large éventail de soins et de cures personnalisées est proposé. Avec du matériel des plus sophistiqués, ces centres proposent les bains hydro-massants ou bouillonnants, le parcours marin, l'application de boues marines ou encore l'enveloppement d'algues. Relaxant, décontractant, tonique ou circulaire, toutes les formes de massage sont proposées, de même que les soins (shiatsu, sophrologie )et les cures (remise en forme, jambes lourdes, minceur diététique, antitabac ). Dans ces zones touristiques, tout est prévu pour un accueil parfait du touriste. Ce dernier, même s'il doit payer le sourire du chasseur de l'hôtel, ne se rendra pas compte de ses dépenses. Le Tunisien a donc bien appris la technique de vendre son produit touristique !

Le tourisme, plus qu'une politique, un mode de vie

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C'est le cas de le dire puisque, dans les hôtels, même en pension complète, l'eau n'est pas comprise dans le prix des repas. Pour en avoir, il faut payer 1,5 dinar tunisien quand ce n'est pas 2 dinars. Deux dinars, ce n'est pas rien puisque 1 euro équivaut à 1,45 dinar. Faites vos comptes ! C'est grâce à une politique qui a porté ses fruits que la Tunisie, avec 1 298 km de côtes, génère des milliards de dinars de recettes en devises de l'industrie touristique. Elle compte aujourd'hui près de 800 hôtels, une capacité d'accueil qui dépasse les 500 000 lits et de nombreuses stations balnéaires mondialement connues telles que Tabarka, Hammamet, Sousse et Djerba. Sept aéroports internationaux et huit ports relient la Tunisie au reste du monde. Des vols quotidiens la relient aux pays européens, africains et à ceux du Moyen-Orient et de l'Europe de l'Est.La Tunisie est une destination prisée par l'Algérien puisque pas moins d'un million ont passé des vacances dans ce pays voisin. Et malgré ce chiffre important de touristes algériens, les professionnels du tourisme estiment que le passage des Algériens dans leurs hôtels ne représentent pas plus que 2% du chiffre d'affaires annuel. Le problème avec les Algériens, expliquent de nombreux gestionnaires d'hôtels, est leur présence durant une période limitée (juillet- août) en Tunisie. C'est la raison qui pousse ces gestionnaires à privilégier les tour-opérateurs étrangers avec lesquels ils travaillent à longueur d'année. «Un problème que nous essayons de résoudre puisque nous tenons à offrir les mêmes privilèges au touriste algérien qui paye le prix de ses vacances», affirme Omar Khelifati, directeur de l'agence de voyages Amplitude. Le vrai problème, selon Omar, est que l'Algérien n'a pas encore la culture de «passer» par une agence touristique. «Moins de 20% des touristes qui se dirigent en Tunisie passent par des agences. C'est un problème de manque de communication. Car le client ne sait pas encore qu'avec l'agence qui négocie à sa place il a toutes les chances d'avoir les meilleurs prix et la meilleure prestation.» En effet, le risque d'un accueil moins chaleureux pour l'Algérien existe et ce sont les opérateurs algériens qui le confirment. «Il m'est déjà arrivé de rappeler à l'ordre les responsables des hôtels avec qui j'ai des contrats après les remarques de mes clients», précisent les opérateurs. Le problème, disent-ils, est que le «complexe» de servir un «Arabe» existe encore même s'il est en voie de disparition. Surtout après l'attentat de Djerba qui a porté un coup dur au tourisme étranger en Tunisie, poussant ce pays à faire une opération de charme à l'égard des touristes des autres pays voisins, dont l'Algérie. Et vu que le tourisme est le pilier économique de la Tunisie, ce pays a tout concentré autour de ce secteur. C'est ainsi que cette année est consacrée à la protection de l'environnement. Une politique qui a pour but de préserver l'équilibre écologique, de sauvegarder les ressources naturelles et humaines et de lutter contre les diverses formes de pollution. Tous ces objectifs s'inscrivent dans le cadre d'une stratégie nationale pour un développement durable et un plan d'action a été mis en vigueur à travers la création ou le renforcement des outils déjà existants dans les domaines financier, institutionnel, juridique et technologique. Tout cela dans le but de préserver le développement du secteur touristique. C'est le cas également pour le secteur du transport qui a été réellement pris en charge. Jouant un rôle primordial dans la concrétisation des objectifs et des choix de développement, dans le soutien aux secteurs productifs et le renforcement de leurs capacités concurrentielles, le secteur des transports a connu une croissance de 6,5%.C'est ainsi que Tunis a réussi son défi avec l'industrie touristique. Un secteur qui lui a permis de générer des centaines de milliers d'emplois mais pas encore assez d'argent pour améliorer la vie de ses enfants. Puisque ces derniers ne fréquentent les zones touristiques que comme employés avec un salaire moyen entre 200 et 300 dinars. De Mahdia à Hammamet, aucune maison, aucun immeuble, pas de village qui apparaissent de l'autoroute. A croire qu'à Tunis, les Tunisiens n'y vivent plus. Où sont-ils ? Où vivent-ils ? Même en ville, il faut quitter les artères principales pour retrouver des quartiers habités. Autrement, dans ce pays-hôtel, tout porterait à croire que ses propriétaires n'y sont pas hébergés.

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