La Tribune (Algiers)

Algérie: A Médina, la réalité est plus belle que le rêve : il faut y être pour y croire

Hasna Yacoub

22 Novembre 2003


«Médina Mediterranea», protégée par de grands remparts, est une ville ouverte à toutes les cultures.

Un contraste, un musée à ciel ouvert, un carrefour des croyances, une ville-légende, un puzzle d'histoire, le rêve du tourisme d'enchantement qu'a réussi à bâtir Abdelwaheb Ben Ayed. Ce géniteur dédie sa Médina «au tourisme moderne, à la culture, à l'animation et aux loisirs». Ainsi en a décidé celui qui, un jour des années 1960, sa valise entre les mains, a erré dans les rues de Paris sans trouver de gîte. Son délit, un nom et un faciès arabe. Cet «Arabe» dont l'argent n'ouvrait pas les portes des chambres d'hôtel, finit par être à la tête d'une des plus grandes chaîne hôtelière en Tunisie. Il poussera le défi plus loin en créant une Médina pour toutes les cultures et toutes les religions. Une Médina aux portes grandes ouvertes pour que le monde entier découvre l'hospitalité de son peuple. Et c'est sur la baie de Hammamet que Abdelwaheb dresse sa Médina. Sur cinq hectares et à quelque 300 mètres du bord de la mer, ce centre touristique, une ville dans la ville, ne peut pas être seulement contemplé. Il faut le vivre pour le sentir respirer. Pour y accéder, 18 accès sont proposés au visiteur. A lui de choisir par quelle porte il veut entrer dans l'histoire.

Car, ces portes sont une reproduction authentique de celles des grandes villes tunisiennes : Bab El Mdina, Bab El Diwan, Es Skifa El Kahla Elles permettent de dépasser les grands remparts de la Médina qui s'offrent alors au visiteur comme une succession de voûtes et de coupoles. C'est la rencontre avec une mosaïque d'architecture du monde arabo-musulman, oriental et Méditerranée. En accédant par Es Skifa El Kahla, et juste quelques mètres plus loin, une petite loge. A l'intérieur, agréablement, le personnel de Médina propose gratuitement des habits traditionnels au visiteur. Ce dernier, pour mieux vivre la rencontre avec son rêve, avec l'histoire, a le choix de se déguiser avec des habits d'antan, narrées par chaque pierre de Médina. Ainsi habillé, la traversée du temps est des plus exaltante.

Tout est produit de l'histoire

Dans la tenue d'un roi, d'un wazir ou celle d'un simple paysan, le visiteur aura la possibilité de lire l'histoire, celle de tous les pays de la Méditerranée, en traversant simplement les rues de Médina. Une Médina qui se veut un symbole de métissage, une réconciliation des différences «nées» avec des frontières géographiques des temps modernes. A la fin de la traversée de Médina, un seul message : «Les peuples partagent un même passé et peuvent construire ensemble l'avenir.» Ainsi, la vue de la reproduction de la Torre Del Oro replonge le visiteur dans les années 712 quand les Arabes avaient conquis Séville. Plus loin, la rue du Bey, la place Sheïrazed et le passage de Shahrayar. Ce dernier s'ouvre sur la grande coupole rouge, un hommage à la mosquée construite en Sicile et reconvertie actuellement en église (Saint-Jean des Ermites). A la place Haroun Errachid est reconstituée la clepsydre (une horloge à eau) qu'offrit Haroun Errachid à Charlemagne. Pour revenir à l'époque romaine, une virée au quartier Le Trastevere s'impose. De même que la halte devant le grand musée des religions. Un musée dont la tour ressemble à la fois au minaret de la mosquée Zitouna et au clocher d'une église. Ce lieu qui se veut «un lieu de tolérance et de dialogue», comme le dit M. Ben Ayed, restitue les trois croyances monothéistes. A l'intérieur seront abrités des objets de collections, des gravures, des manuscrits et des témoignages sur les rituels des trois religions qui ont existé en Tunisie. La vue du souk est une autre tentation qui devient de plus en plus pesante alors que le visiteur s'engouffre dans les venelles de Médina. En plus des boutiques qui proposent des produits artistiques, le souk offre au visiteur le plaisir de contempler les artisans et même de s'initier à l'artisanat s'il le désire. Dans leurs habits traditionnels, des artisans s'adonnent aux métiers d'antan Tisserands, brodeurs, potiers .

L'histoire continue de défiler sous les yeux du voyageur dans le coeur de Médina : les tapis de Tunis, les lampes de Damas, des couvertures de Tripoli, des objets en ivoire venus d'Asie Dans ces allées où abondance et foisonnement sont les maîtres mots de cet axe commercial, la consommation se fait avec grand plaisir. Au souk, pain, beignets, lablabi (sandwich tunisien épicé) tout est préparé sur place. Il suffit de commander. Pour manger au restaurant, il faut juste décider. Toutes les spécialités sont présentes. Une dizaine de restaurants exotiques aux cuisines les plus célèbres au monde dont l'italienne, l'espagnole, la française, la grecque, la libanaise, l'algérienne ou encore la cuisine locale offrent le choix au visiteur.

L'art de bâtir : l'empreinte de la civilisation méditerranéenne

Une dizaine de cafés sont également présents dans Médina, dont une reproduction du café des nattes de Sidi Bou Saïd ; un café littéraire dans un décor inspiré de l'Egypte ancienne. Il s'apprête à offrir des cafés à longueur d'années pour accompagner l'inspiration des écrivains et autres poètes pour lesquels il se veut un lieu de rencontre. Et pour mieux remonter le temps, Médina a prévu une fabrique de papier arabe. Une reproduction de la première fabrique de papier installée à Baghdad sous Haroun Errachid. Une première dans le monde et la fierté de Médina, affirme-t-on. L'histoire est ressuscitée durant un vrai séjour de rêve où rien n'est laissé au hasard. Tout est produit de l'histoire : de l'école coranique en passant par le Hammam, l'Hajjam (salon de coiffure) jusqu'à la koucha (boulangerie) et au savant herboriste faisant office d'officine de médecine. Une halte au hammam s'impose à Médina. Car, le guide est formel : «Vous pouvez prendre votre bain au milieu des danseuses comme à l'époque des mille et une nuits avec des peignes en ivoire, des seaux en cèdre et des foutas.» Les considérant comme témoins uniques d'un art de vivre et de bâtir, les concepteurs de Médina ont tenu à rendre hommage au hammam et aux nombreux métiers qui risquent de disparaître. Au fait, Médina devance la mort annoncée du hammam qui est bien plus qu'un simple lieu d'hygiène.

Il véhicule une symbolique, une tradition et un rituel à nul autre pareil. Aller au hammam, c'est aussi prendre le pouls de la cité, se mettre à l'écoute des dits et des non-dits, précise le guide de Médina qui attire l'attention à l'entrée : «Il ne faut jamais faillir à la règle : entrer du pied gauche au hammam et en sortir du pied droit.» Le hammam est un élément essentiel d'une Médina, explique le guide avant de rappeler que c'est là où tout les grands moments de la vie étaient célébrés : rituel de la mariée, purification de la jeune mère, circoncision Après un bon bain, c'est le moment de se délasser. Qu'espérer de plus, de la musique, du folklore, des festivals C'est déjà au programme. Les places de Médina peuvent accueillir des milliers de personnes (plus de 8 000 personnes pour rahbet El Médina) pour leur permettre de vivre chaque heure de la journée comme de la nuit sur des rythmes différents. L'animation sera non-stop avec des chanteurs, des acrobates, des jongleurs, des cracheurs de feu, des diseuses de bonnes aventures ou encore avec les conteurs d'histoires. En plus de cela, sont prévus des concerts, des festivals et des carnavals Il faut ajouter les festivals annuels de cinéma, de théâtre et de musique.

Ceux-ci bénéficieront d'une grande médiatisation internationale, affirment les organisateurs. C'est le cas pour la fin de l'année 2003 où Médina accueillera le concours de Miss France. Et si jamais la nostalgie du 3ème millénaire resurgit, il suffit de changer de niveau, de descendre quelques marches afin de replonger dans le monde du XXIème siècle avec ses casino, bowling et autres boîtes de nuit. Tout a été prévu dans ce pôle touristique : un théâtre music-hall, une salle de projection cinématographique haut de gamme, un musée sur l'histoire de la Tunisie des deux derniers siècles, une discothèque polyvalente couverte et de plein air Dans ce monde de rêve, le séjour ne peut qu'être agréable puisque le visiteur n'a pas à quitter Médina pour la nuit. Le site offre un complexe résidentiel des plus beaux de la ville de Hammamet. C'est au milieu de la verdure que Médina propose près de 200 logements de haut standing répartis en trois résidences : Diar Sidi Boussaïd, Diar Erriadh et Diar El Boustène.

Des appartements avec vue sur jardin et trois belles piscines couvertes et en plein air. Les noms des résidences de médina se veulent également des gardiens de l'histoire. Diar El Boustène redonne vie au traité d'Ibn Al Rami, un maître ouvrier de l'époque hafside. Le jardin du khalif abasside El Mamoun a été reproduit à Diar Erriadh alors que Diar Sidi Boussaïd empruntent leur architecture au pittoresque village maraboutique de Sidi Boussaïd. Les concepteurs de ces merveilles proposent aux visiteurs la formule du timeshare. Une formule d'hébergement «temps partagé» qui permet à l'acquéreur d'acheter pendant une semaine dans l'année un appartement à Médina. Il pourra ainsi passer ses vacances dans son appartement ou n'importe où ailleurs dans le monde avec cette formule de timeshear et cela en échangeant son appartement avec les adeptes de cette formule partout dans le monde.

Carthagoland, on y va pour y rester

La visite n'est pas finie et l'histoire ne fait que commencer. Elle sera racontée subtilement à travers les aventures et les prouesses des différents héros de Carthagoland, un parc d'attractions érigé sur quatre hectares et demi. Ce grand aire de jeux est un lieu de divertissement des plus merveilleux qui franchit plusieurs siècles au grand plaisir des petits et même des grands. Il faut y être pour y croire ! Le thème du périple à faire à Carthagoland est inspiré de l'histoire de la Tunisie, et plus particulièrement la période carthaginoise d'où est tiré le nom. L'enfant et même l'adulte n'auront à débourser qu'un seul ticket pour s'amuser toute une journée dans les nombreuses attractions offertes et autant de fois qu'il le désire ! Il pourra ainsi s'offrir un safari africain sur les traces de Hannon. Hannon, ce roi légendaire qui, raconte-t-on, a entrepris une expédition le long de la côte africaine jusqu'au Golfe de Guinée. A Carthagoland, le périple est reconstitué avec des scènes animées en effets spéciaux, en émotions et en surprises. Le «Dark Ride» est époustouflant.

Liens Pertinents

C'est la reproduction des courses des «Frères Barberousse», explique-t-on dans ce parc. A bord de petits bateaux, commence l'aventure. Celle des pirates en Méditerranée. Une tempête, le grand galion qui coule, le poulpe géant qui émerge de l'eau !Pour les petits chercheurs d'or, l'aventure de la ville hantée est conseillée : braver le danger et aller droit vers des périls insoupçonnés. Amoureux des grandes sensations, il n'y a pas mieux que la traversée des Alpes où les montagnes sont franchies à une vitesse vertigineuse En circulant dans ce vaste parc, la rencontre avec un petit bonhomme hideux fait cliquer les déclencheurs des appareils photo. Ce nain robuste, coiffé d'un bouquet de plumes d'autruches, n'est autre que le génie Bès, le maître du plaisir et de la joie. Autres dieux et déesses ont leurs statuettes dans le parc. A Carthagoland, des attractions, il n'y a que cela et à longueur de journée Pour un prix dérisoire. Celui de réaliser son rêve. D'être un Scharayar ou une Cheïrazed pendant quelques jours. Mais quelques jours c'est un peu court pour faire connaissance avec Médina et son peuple fascinant d'aujourd'hui qui ressemble à celui d'hier. A croire qu'un grain de sable a bloqué les aiguilles du temps.

Au visiteur, il est conseillé de faire faux bond lors des escales, à une sortie organisée de groupe dans ce lieu d'enchantement pour aller en solitaire découvrir les épices dans le souk, s'initier à l'artisanat, s'arrêter pour boire un thé ou encore fumer une chicha dans un petit café maure typique Pour partir vers la rencontre de l'histoire. Impossible de ne pas tomber sous le charme de Médina. «Celui qui goûte aux saveurs de médina, finit toujours par y revenir [ ]». Car, il n'y a qu'à Médina que la montre à traverser le temps a été créée.

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