Aline Groeme
22 Novembre 2003
Port Louis — Le cirque Zapanos donnera un spectacle ce soir sur l'esplanade du Caudan Waterfront à partir de 18 heures. Unique représentation gratuite dans un cadre féerique, l'histoire racontée par les Zampanos sera ponctuée par des numéros de trapèze, de contorsionnistes, de clown et de cracheur de feu entre autres.
«Du moment que tu as le micro, tu as le pouvoir.» Une douzaine d'ados - en majorité des filles - est assise en demi-cercle sur le parquet ciré de la salle polyvalente du centre culturel Charles Baudelaire (CCB). Devant eux, se tient un grand blond au crâne légèrement dégarni et à l'oeil perçant. Michel Gibé, le chef de famille du Cirque Zampanos a un ton mesuré.
D'une voix ferme, il invite deux volontaires à se livrer à une improvisation. A pas feutrés, Annie, sa femme, s'approche, avant de murmurer, «On aimerait bien intégrer du créole dans notre spectacle.» Mais chut, l'atelier animé jeudi au CCB par les membres du Cirque Zampanos reprend son cours.
Avec leur gestuelle, Odile et Gaëlle restituent la scène qui leur a été présentée par Suzy Gibé, la fille de Michel et d'Annie. Cette séquence débordante de candeur enfantine, Suzy la joue depuis quelques années déjà pour les besoins de Respire l'air que je respire, le spectacle alliant arts du cirque et théâtre de rue, avec lequel tourne le cirque Zampanos.
Quand passion devient raison
Rattrapons notre imagination qui menace de prendre son envol, pour regarder Odile et Gaëlle se battre pour la possession du micro, d'abord symbolisé par un paquet de biscuit Marie avant d'être remplacé par un plumier de collégienne.
«Venez voir la poupée décapitée qui jongle avec ses perruques,» est transformée en «Zot pou trouv enn poupet péna lipied ki pé marsé.» L'improvisation, débordante de vitalité, prend fin dans un grand éclat de rire et au milieu d'applaudissements. Michel, qui s'est rassis, donne son avis. «C'est bien.»
Il hésite. On sent qu'il cherche ses mots. Se lève, réintègre le centre du demi-cercle. «Vous jouez beaucoup, mais ça manque de canalisation, de maîtrise et de variations. Avec de grands silences et puis, phitt, une explosion, on crée autre chose. Vous verrez. Allez deux autres.»
Le professionnel a parlé. Lui, a suivi une formation aérienne au Centre National des Arts du Cirque (CNAC). Après quatorze ans à faire de l'élevage de moutons à Oletta en Corse, Michel et Annie Gibé créent l'Ecole de Cirque et d'Expression Artistique d'Oletta, en 1994. «Tout petits, Boris et Suzy, nos enfants étaient fous de cirque. Quand l'école de cirque qu'ils fréquentaient a fermé ses portes, nous avons décidé de prendre le relais.» Et voilà comment la passion des enfants devient la raison de vivre des parents.
Deux ans plus tard, la famille Gibé crée l'association Zampanos. «Au départ c'était que nous et un ami médecin,» explique Annie. But avoué : faire de la rue un lieu de représentations. C'est là que s'épanouissent les numéros qui jonglent allégrement entre arts du cirque et théâtre de rue. Elisant domicile dans un bus aménagé, les Zampanos sillonnent les villages de la Corse avant d'être engagé il y a un mois par le centre de coordination de Madagascar pour une tournée en Afrique de l'Est et Afrique australe. Un périple incluant une date à Maurice.
Et l'occasion pour nous de laisser remonter à la surface cette part d'enfance enfouie en chacun de nous, à l'évocation de l'histoire de Justin et Cornaline, deux enfants, «nés dans les coulisses d'un cirque, qui poussent le rideau de scène et qui jouent à faire leur cirque.»
Le moment aussi de découvrir un «univers fait d'humeurs, de mouvements et d'image» d'une durée d'environ une heure.
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