A.m.e.
22 Novembre 2003
L'oeuvre de Ali Bellagha est un trésor de créativité puisée aux traditions artisanes et à l'humour. Fils et petit-fils d'artisan, il s'est interrogé au sortir des Beaux-Arts sur le matériau de création approprié. Plutôt que de prendre la toile ou le papier, il s'est intéressé au bois, se voulant peintre mais sur des bois sculptés, découpés. Cela a créé un genre, une manière, une facture.
C'est du Bellagha mais nourri aux traditions aussi bien celles des tatouages que des enluminures, des anciens contrats avec leur calligraphie élégante, des peintures sous verre, des ciselures sur métaux ou bois.
Dans son espace-galerie «les Métiers», il propose toutes sortes d'objets proches des tableaux comme des miroirs entourés de bois sculptés, des fragments assemblés d'anciens manuscrits, et des recréations d'après la nature. Ainsi on parle de rose des sables et il a recomposé une rose avec une tige en métal terminée en «rose des sables» pour faire dire au langage exactement ce qu'il dit. Il peut réinventer un monde à partir d'objets délaissés comme à partir d'un sabot de mariée, inventer la place de la bougie, de la plume et de l'encrier pour faire écho à «Pierrot prête-moi ta plume». Et toute sa vie il a collectionné, retravaillé, exposé des objets avec un plaisir d'enfant et de poète, faisant coïncider des mots, des expressions toutes faites et des choses.
Protée et la complicité
On peut trouver ses créations et recréations - récréations à l'espace «les Métiers» de l'avenue Jugurtha, à la galerie Kalysté et à la galerie Gorgi.
Chaque année il choisit de grands thèmes comme la rage de lire, le centenaire du cinéma ou la lecture de tous les peintres célèbres du pays dans « A la manière de».
Et protéiforme, il épouse toutes les manières, triant d'une main sûre tout ce qui fait la patte d'un artiste, il synthétise son plaisir et sa compréhension de cinéphile dévorant en un tableau à la mémoire de Chaplin, d'Eisenstein, de Renoir, de Carné et l'on retrouve de façon complice les délices «des lumières de la ville», «d'Octobre», des «Enfants du paradis»
Il a fait encore mieux en rendant l'atmosphère des livres lus, produisant des tableaux comme des poèmes dédiés aux auteurs.
L'humour est au rendez-vous quand il intègre l'objet fétiche d'une époque comme ce début de XXIe siècle autour du portable.
Il sait trouver ce qui fait mouche, fait rire ou émeut, ou fait rêver Ainsi «La femme tatouée» c'est un nu élégant de dos sculpté dans le bois ou plutôt gravé dont tout le corps est parcouru d'oiseaux et de feuillages.
Le bouquet de jasmin est pérennisé dans du métal et de l'ambre.
Il a acquis par l'observation des gestes traditionnels dans tous les types d'artisanat, par les études esthétiques et littéraires, par la pratique multiforme une maîtrise prononcée, une maestria de la forme et de la couleur. C'est un artiste qui métamorphose la tradition et le réel et qui change sans cesse la donne.
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