Le Soleil (Dakar)

Sénégal: Quand le ndogou approche : ces sénégalais, acrobates des cars rapides !

Laure Boutin (stagiaire)

22 Novembre 2003


Mercredi, 18 heures. Le casse-tête pour quitter le centre-ville de Dakar et rejoindre Gibraltar commence. Trajet qui pourrait se faire à pied, me direz-vous.

Mais, en fin de journée, la perspective d'une longue marche dans les rues agitées de la capitale est loin d'être séduisante. Sur le boulevard de la République, les pare-chocs s'entremêlent et les voitures progressent difficilement. Dans ces conditions, prendre un «Dem Dikk» (bus de transport en commun) serait la pire des solutions. Après avoir attendu plusieurs dizaines de minutes qu'un bus pointe le bout de son nez, on resterait bloqué indéfiniment dans les bouchons et autres ralentissements. Donc, je me rabats sur le garage de Lat Dior. Nombre de personnes y attendent avec impatience le car rapide qui les ramènera chez eux. Les cantinières s'affairent aux ultimes préparatifs et les vendeurs cherchent les derniers clients. L'heure du ndogou approche et les esprits s'agitent. Un car rapide arrive. Et alors là, je n'en crois pas mes yeux. A peine le toit jaune est-il visible qu'une masse de jeunes gens se ruent dans sa direction. Alors qu'il roule encore, certains s'agrippent à la portière avant.

Au risque de passer sous les roues, d'autres s'accrochent aux bords de l'engin avant de se hisser à l'intérieur. Et à ce petit jeu-là, les plus jeunes sont de loin les plus agiles. Les femmes et les vieillards, eux, se pressent à l'arrière pour prendre les dernières places. Le car, rempli en une fraction de seconde, ne s'arrête que très brièvement, le temps que chacun puisse s'installer, et repart aussitôt. Et chaque véhicule subit le même assaut de ces acrobates affamés. Ces pratiques locales n'ont l'air d'étonner personne. Monte qui peut ! Ce manège va continuer jusqu'à 18 heures 40. A partir de ce moment-là, les chauffeurs garent leur engin sur le côté et s'arrêtent un instant, le temps de faire leur ndogou. Résolus, ceux qui n'auront pas eu la force ou l'envie de se battre pour grimper dans un précédent car, peuvent maintenant prendre leur temps pour monter dans les véhicules, à condition de trouver celui qui va dans la direction souhaitée. A 19 heures, les cars quittent un à un le garage et la longue file s'ébranle dans les rues maintenant désertes de Dakar. Les passagers, eux, pensent au ndogou qui les attend.

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