Lyès Ibalitène
24 Novembre 2003
L'abolition du monopole étatique et l'ouverture du commerce extérieur aux entrepreneurs privés a, comme attendu, révolutionné le secteur du bois en Algérie, totalement dépendant de l'importation, et a donné des idées à de nombreux opérateurs économiques devenus importateurs de cette matière.
Aujourd'hui, ils sont, en effet, un bon groupe d'importateurs privés qui se partagent la plus grosse part d'un marché estimé à 1 200 000 m3, laissant tout juste 20% à l'ENAB, ex-détenteur du monopole de l'importation et de la distribution du bois et qui tournait autour des 1 million de m3/an. En fait, si le privé domine largement, c'est qu'en plus des bois rouge et blanc qui constituent les plus grandes quantités importées, parce qu'utilisés pour les constructions et le bâtiment, il a fait main basse sur les bois durs (hêtre, acajou, noyer ) très demandés par des ébénistes et autres artisans en bois, actuellement en vogue en Algérie.Les principales places où se concentrent ces opérateurs sont Blida (DEGIMEX et SOCOMIB) et Tadjnenet à Sétif, considérées à juste titre comme les plaques tournantes de l'importation et de l'écoulement du bois par le privé, et, à un degré moindre, Béjaïa et Alger. «A eux seuls, DEGIMEX, SOCOMIB et 2 autres importateurs installés respectivement à Tadjnenet et Béjaïa accaparent plus de 50% de la part du privé», avoue un opérateur dans le secteur qui, à l'occasion, se remémore les premières années de la libéralisation du commerce et les conditions «opaques» qui caractérisaient les opérations d'importation au début de la libéralisation du commerce extérieur.
«Comme le bois est une source d'inspiration à l'import-import, n'importe qui s'était alors lancé dans le secteur», nous dit notre interlocuteur, non sans préciser que «le secteur du bois ayant été longtemps monopolisé par l'Etat, il était peu aisé de contrôler les opérations par les organismes chargés de le faire, à l'image de la douane. Le bois, ce n'est pas seulement des noms, mais des qualités et sous-qualités qu'il n'est pas aisé de maîtriser sans un préalable de formation et de connaissances. C'est pourquoi, tout le monde pouvait tricher». Tout le monde pouvait donc tricher et un bateau de hêtre pouvait, selon notre opérateur, faire gagner à l'importateur 50 millions de dinars pour un investissement de 100 millions de dinars. «Aujourd'hui, les données ont changé et le tri a fini par s'effectuer au niveau de la corporation à travers un contrôle plus sévère et adapté aux circonstances. Même les douanes se sont redéployées en fonction de l'ouverture du marché et interviennent dans les importations du bois en professionnel, grâce à des experts qu'elles ont formés».
Un redéploiement qui fait que ceux qui sont restés dans le secteur gagnent nettement moins, puisque «pour le même investissement de 100 millions de dinars, un importateur ne gagne plus que 5 millions de dinars», précise notre interlocuteur, faisant remarquer qu'il faut passer par les 17% de la TVA et les droits de douane estimés à 10% lorsque le produit importé est considéré comme une matière première et 25% lorsqu'il est manufacturé.En somme, si l'avènement du privé dans l'importation a eu cet effet de fouetter un marché longtemps accaparé par une vision politique acquise au profit exclusif du secteur étatique, elle aura également eu le double de faire varier l'offre et de satisfaire de nombreux professionnels du secteur longtemps réduits à faire avec la rationalisation, puisque, nous dit un ébéniste, «les trois quarts d'un bateau de l'ENAB étaient destinés à la SNLB, la DNC et Sonatrach qui possédait ses propres ateliers».
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