La Tribune (Algiers)

Algérie: Industrie du bois : extinction par décret

A. Lemili

24 Novembre 2003


Il n'existe pas, à proprement parler, d'industrie du bois à Constantine dans la mesure où les fameuses ENMGP ont été, à l'origine, implantées dans des communes enclavées dans le but de fouetter l'emploi (Aïn Mlila, El Kala, Aïn Beïda, Collo).

Il se trouve, a contrario, de nombreuses entreprises de transformation, le choix étant dicté par le développement hors normes du BTPH au début des années 70 et à la fin des années 80. Il faut souligner à juste titre la présence durant ces décennies charnières du boom «économique» d'entreprises de construction nationales en l'occurrence les Sonatiba, Este, Ecotec, voire DNC qui, au-delà du fait d'absorber l'essentiel de la main-d'oeuvre manuelle dans la wilaya, concourraient également à la livraison clés en main de logements préfabriqués à une cadence phénoménale et au label confirmé.Ledit label reposait sur une maîtrise professionnelle avérée, une vérité qui allait conduire toutes ces entreprises de réalisation à créer leurs propres unités de menuiserie-ébénisterie dans un souci évident de diminution des coûts de production mais, surtout, selon le directeur de l'une d'elles, aujourd'hui cédée à un groupe de travailleurs, celui (souci) de livrer des logements dignes de leur réputation.

L'intrusion d'une faune interlope de privés

B. N., ancien cadre de la Sonatiba et qui dirige cette unité «bois», devenue entre-temps propriété des travailleurs dans le cadre des cessions d'actifs d'entreprises publiques économiques dissoutes aux salariés en vertu des instructions 2 et 3 du gouvernement Ouyahia (1998), évoque pour nous «la liquidation décidée par décret d'un pan économique, même si le déclin dans le secteur du bois s'est dessiné déjà au début des années 90 si ce n'est à la fin des années 80. Le bois allait se raréfiant pour plusieurs raisons, les offices qui nous alimentaient [ONLB] étaient eux-mêmes en difficulté d'approvisionnement face aux créanciers suédois et finlandais fournisseurs traditionnels de l'Algérie qui s'étaient mis à douter de la solvabilité de leurs vis-à-vis. Le monopole d'importation n'existant plus, en raison de l'ouverture du marché au privé, on a constaté l'émergence d'une faune interlope de négociants informels encouragés par le laxisme sinon une implicite complicité des pouvoirs publics avec l'absence totale de contrôle en amont et en aval des matériaux importés. La conséquence directe a été de mettre en difficulté des sociétés normées de salariés dans l'incapacité de soutenir le dumping sur les prix».

«Quand le bâtiment va, tout va», dites-vous ?

Notre interlocuteur ajoutera : «Il y a un adage qui dit que quand le bâtiment va, tout va. Cela est, par ailleurs, confirmé compte tenu des activités annexes qui gravitent autour du BTPH. Or, paradoxalement, pour une ville appelée à disparaître telle que Constantine, avec ses phénomènes de glissement de terrain, de vieilles villes, d'habitat précaire s'il y a en face de pharaoniques projets de réalisation consistant en des milliers de logements, nous nous retrouvons hors jeu au motif que nos prix sont élevés. Et d'aucuns n'ont jamais, parmi nos interlocuteurs, regardé sur la qualité de nos prestations et particulièrement du bois auquel nous recourons ou tenu compte du fait que nous payons des charges fiscales, parafiscales, sociales, des salaires à une main-d'oeuvre déclarée selon les lois. Là se pose la question de l'égalité de traitement par les pouvoirs publics de deux prestataires, un public soumis aux lois de la république et un privé qui s'en soucie comme du rhume du président des Etats-Unis et se repose également de la fiabilité du matériau choisi par les AADL et nous prenons rendez-vous avec ses responsables dans une décennie quand les premières bizarreries vont apparaître. Comble de l'ironie, quand cet organisme avait besoin de faire de la réclame autour de l'appartement témoin c'est à notre expérience qu'il a recouru pour le modèle type pour ensuite attribuer les marchés, même habillés de la procédure réglementaire, à des aigrefins Il n'y a nulle raison, et nous ménageons nos propos, de faire un dessin sur les intentions des uns et des autres quant à la régularité de ces procédures.»

A quelque chose malheur est bon

«Le malheur des uns fait parfois le bonheur des autres.» C'est une pensée à l'unisson mais tout autant mitigée des travailleurs que nous avons rencontrés sur le site de la Cabam ex-SNLB Aïn Mlila mise à contribution dans une très importante commande de cabines sahariennes, voire de chalets destinés aux sinistrés de Boumerdès. Pour un technicien, qui y est employé depuis plus de 25 ans, «les temps sont durs et l'on nous a appris à réagir comme des hyènes. Notre entreprise était pratiquement sous perfusion depuis bien des années et il aura fallu une tragédie pour éviter, toutes proportions gardées, une autre tragédie.

En fait, pour nous ce n'est pas le fait d'avoir un salaire mais surtout de regagner notre dignité de travailleurs». Nous n'avons été confrontés à travers nos rencontres qu'à la rituelle réponse de la qualité du bois importé, et la question qui se pose est notre pays ne dispose-t-il pas de ses propres réserves ? Quelle est alors l'utilité de l'ONTF, son armada de travailleurs, les coupes qui sont régulièrement pratiquées dans les forêts ? La réponse est aussi laconique qu'éloquente : «Nous n'avons pas en réalité de grands espaces boisés, ajoutez à cela les milliers d'hectares qui sont mangés par les flammes chaque été et vous avez la réponse à votre question. Maintenant, il est vrai que des excroissances de l'office des forêts donnent l'impression d'une activité fébrile mais le bois récolté sert surtout à la confection des cageots, sinon à des poutrelles sommaires destinées à l'autoconstruction [ ] Sans plus.» Voilà ce qui en est de la réalité sur le bois dans une partie de l'est du pays si ce n'est dans sa globalité.

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