Fraternité Matin (Abidjan)
Jbakrou@yahoo.fr (jean-Baptiste Akrou)
24 Novembre 2003
éditorial
Abidjan — La Côte d'Ivoire a un piment qui attire tous ceux qui prétendent sa xénophobie,son ivoirité, son exclusion"
Un ancien ministre de la transition militaire confiait jeudi dernier à des amis son appréciation et son analyse de la situation ivoirienne. Il l'a résumée par une très belle métaphore : le paradoxe du piment ! Qu'est-ce à dire ?
Le piment est ce condiment qu'on met dans les sauces pour les aromatiser ; on l'utilise également dans la préparation de certains plats comme les poissons frais ou les viandes légèrement faisandées afin d'améliorer le goût. Le piment pique le palais et est dangereux pour la flore intestinale. Cependant, il est courant de voir certaines personnes,dans les "maquis",manger le piment fort, les larmes presqu'aux yeux. Sans ce piment, le repas serait fade.
La Côte d'Ivoire a un piment qui attire tous ceux qui prétendent la détester pour sa " haine au pouvoir, sa xénophobie, son ivoirité, son exclusion ". Tous ceux qui ont la curiosité de sortir pour aller au cinéma, au maquis et dans les restaurants se rendent à l'évidence : la Côte d'Ivoire n'est pas encore, et ne sera jamais un pays de ségrégation raciale, d'exécutions sommaires mais toujours un havre d'hospitalité et de brassage multiracial.
Libanais, Chinois, Coréens, Africains de divers pays, Américains, Français et Européens d'autres pays de l'Union Européenne cohabitent paisiblement avec les Ivoiriens. Après 14 mois de guerre, en dehors de dérapages condamnés par tous comme la mort de Hean Hélène, il n'y a pas encore de mort donnée intentionnellement à de paisibles citoyens non engagés d'une manière ou d'autre dans la sale guerre.
Malgré une fiévreuse campagne d'intoxication permanente, la Côte d'Ivoire a toujours son piment qui attire les Africains, notamment les Burkinabè, les Maliens, les Nigériens qui continuent de tenir leurs rôles dans les secteurs d'activités qu'ils sont trustés depuis des lustres. A-t-on assisté à des campagnes ou actions d'expropriation de ces milliers de vendeurs de poulets, de moutons, de bœufs, de bois de construction... ?
Y-a-t-il une chasse aux étrangers ayant réussi à créer de fait des monopoles à caractère mafieux, interdits aux nationaux ? Et pourtant non !
Les ressortissants de ces pays déplorent tous les jours les tracasseries, les rackets pour lesquels ils n'ont jamais de mots assez durs, assez forts. Force cependant est de constater qu'ils continuent de venir par milliers tenter l'aventure dans cet enfer que serait devenu la Côte d'Ivoire pour les étrangers victimes de l'arbitraire, de la haine, de l'exclusion, de l'ivoirité... Qu'est-ce qui les attire donc ? A moins que l'enfer d'ici ne soit leur paradis là-bas !
Il y a sûrement un paradoxe à expliquer car nous n'arrivons pas encore à comprendre pourquoi tous les jours les vols Air France à destination ou au départ affichent (presque complets alors que la phraséologie officielle des autorités françaises consiste à présenter la Côte d'Ivoire comme destination dangereuse, à éviter. Le procureur français venu participer à la recherche de la vérité dans l'affaire Jean Hélène, a confié en privé sa surprise de découvrir un pays gai, accueillant. C'est une image évidemment différente de la caricature qu'on lui a présentée de ce pays.
Pour rester sur le chapitre des caricatures, de nombreux Ivoiriens aimeraient bien comprendre la récente décision prise à Accra III d'affecter 80 gendarmes supplémentaires à la surveillance des dix ministres issus des rangs de la rébellion, soit 8 gendarmes par ministre. Peut-on raisonnablement dire que ces ministres ont des problèmes de sécurité ? En dehors de Soro, replié à Bouaké surtout pour contrer l'influence grandissante d'IB, Gueu Michel, Tuo Fozié, Yssouf Soumahoro et Roger Banchi travaillent. Ils ont présidé les séances inaugurales de séminaires, d'atelier ; Gueu Michel par exemple est allé à l'Ouest dans le cadre de journées de paix et de réconciliation. Il s'agit à l'évidence d'un faux-fuyant pour faire du dilatoire ou créer une diversion pour gagner du temps.
Ex-rebelles et militaires loyalistes sur les fronts souhaitent en chœur le prolongement de la situation ni paix, ni guerre. Elle est leur traite car la majorité se livre à des trafics en tous genres : café, cacao, coton, bois... Dans le camp loyaliste, le paiement des primes représente pour certains militaires un double ou triple salaire. Sans oublier ces juteux contrôles auxquels tout le monde s'adonne, pour assurer notre sécurité. La discipline s'étiole car les chefs ont peur de sévir... en période de guerre. Attention, danger ! Des militaires commencent à prendre goût au fait que le conflit perdure. Pour eux, c'est sont bénéf car il n'y a presque aucun risque à être au front puisqu'il n'y pas d'affrontements !
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