Alain Just Coly
24 Novembre 2003
Peu de gens savent que Georges Simenon, l'auteur belge le plus célèbre, mais aussi l'un des écrivains les plus prolixes de tous les temps (avec quelque 400 oeuvres publiées) (1), s'est largement intéressé à l'Afrique.
Ce grand voyageur, né en 1903 au début du siècle dernier et disparu en 1989, a foulé le continent africain dès 1932 au cours d'un voyage qui l'a mené au Congo belge (actuel RD Congo et ex-Zaïre), au Gabon, en Guinée Il en a rapporté quelques textes forts, aboutissement d'un regard singulièrement critique, pour l'époque, sur le colonialisme.
Du 1er au 3 décembre prochain, le colloque international sur « Georges Simenon - des reportages sur l'Afrique à la recherche d'un nouvel humanisme » aura amplement le temps d'approfondir tous les aspects de la relation du natif de Liège avec le continent noir. Dans le cadre de sa préparation, les organisateurs donnaient vendredi dernier, à la Faculté des Lettres et Sciences humaines de l'Université Cheikh Anta Diop de Dakar (UCAD), une conférence de presse autour de cette manifestation culturelle qui va être, selon le Pr Modou Ndiaye, chef du département de Lettres modernes, à l'UCAD, « un moment très important dans la vie de la faculté ». Etaient aussi présents à cette conférence, fruit d'un partenariat entre la Délégation Wallonie-Bruxelles, à Dakar, l'UCAD et l'université de Liège, quelques-uns des représentants des sponsors, notamment Marc Clairbois, délégué Wallonie-Bruxelles (ambassade de Belgique), M. Dubois et Mme Danièle Latin de l'Agence universitaire de la Francophonie (AUF); ainsi que divers enseignants du département de lettres de l'UCAD. En dégageant, dans son exposé introductif, l'intérêt de la rencontre pour les étudiants de l'UCAD, M. Modou Ndiaye a magnifié « le grand talent de Simenon ». Ce colloque, a-t-il déclaré, constitue un bon prétexte pour l'enseignement de la littérature de Simenon, auteur populaire mais aussi créateur de romans policiers et de nouvelles. Selon le chef du département de Lettres modernes de l'UCAD, Simenon est porteur de « valeurs universelles », raison pour laquelle il a été choisi pour thème de ce colloque auquel vont participer une trentaine d'experts universitaires (dont une dizaine d'Afrique) de Belgique, de France, des Pays-Bas, du Burkina Faso, du Cameroun, de Côte d'Ivoire, du Gabon, du Niger, du Mali, de la RD Congo et, bien entendu, du Sénégal. Les rapports entre Georges Simenon et l'Afrique ont été amplement expliqués par Mme Danièle Latin de l'AUF et Falilou Ndiaye de l'UCAD. On apprend, par exemple, que le natif de Liège, déjà très en avance sur son temps, avertissait les colons des années 1930 que « l'heure du Nègre » avait sonné à un moment où ils étaient peu conscients de l'évolution de l'Afrique et des Africains. Des pistes qui, évidemment, seront approfondies au cours du colloque, du 1er au 3 décembre prochains.
L'on s'étonne, évidemment, qu'un auteur aussi important dans la littérature mondiale ne soit finalement étudié que dans les universités, alors que ses oeuvres, à la fois universelles et abordables, laissent penser qu'il aurait pu être, par exemple, au programme de nos lycées et collèges. Répondant à cette interrogation, M. Falilou Ndiaye a reconnu que les enseignements au Sénégal ont jusqu'à un passé récent plutôt « privilégié les lettres françaises », du fait évidemment des rapports historiques avec l'ancien colonisateur. Mais, estime-t-il, les choses sont en train de bouger, car, depuis une vingtaine d'années les programmes de la faculté des lettres et sciences humaines visent à « élargir les frontières » en diversifiant les contacts avec des partenaires belges, canadiens et africains. Bref, les programmes ont tendance à devenir plus francophones qu'exclusivement français. Les organisateurs du colloque de Dakar espèrent justement que cette rencontre internationale va renforcer davantage cette option d'ouverture au-delà des seuls auteurs français. Ce colloque sur « Georges Simenon et l'Afrique » entre dans le cadre des manifestations réalisées depuis le début de l'année pour célébrer le centenaire de la naissance de l'auteur belge. A Dakar, un concours impliquant une dizaine de lycées, a notamment été organisé de mai à juillet 2003, contribuant à vulgariser les oeuvres de l'écrivain chez les jeunes Sénégalais. En Belgique, de nombreuses manifestations ont lieu tout au long de l'année 2003.
aljust@aljust.net (1) Cf. notre article « L'homme aux quatre cents livres » dans « Le Soleil » du jeudi 13 février 2003.
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