H.h.
24 Novembre 2003
Le poète Walid Amri est diplômé de l'Ecole supérieure de commerce. Il fait partie d'une catégorie d'écrivains dont le nombre ne cesse d'augmenter en Tunisie et dont le profil est intéressant car ils appartiennent, de par leur formation et leur profession, au domaine des non-littéraires. On compte parmi ces auteurs des médecins, des ingénieurs, des économistes et même des peintres.
A première vue, ce phénomène semble paradoxal : à l'heure où l'image supplante le livre et où la rentabilité est une valeur absolue, des scientifiques et des technocrates cèdent à la tentation de la fiction et de la poèsie. Se pose alors la question des raisons qui poussent ces auteurs à rejoindre le camp de la littérature. Pas facile d'y répondre, surtout que personne ou presque n'est allé la leur poser à eux et qu'eux-mêmes ils n'ont pas éprouvé le besoin de l'aborder, faisant comme si la chose allait de soi. De ce côté-là, des pistes restent donc à explorer.
Voix d'ailleurs
Mais on peut d'ores et déjà noter qu'il s'agit là d'une attitude très saine qui non seulement valorise le livre mais également diversifie le paysage de la création littéraire. Si la science-fiction existe, pourquoi la fiction des scientifiques n'aurait-elle pas droit de cité ? La littérature a certes besoin de sensibilité mais aussi, mais surtout, de voix venues d'ailleurs.
D'autre part, la réhabilitation de la littérature par les hommes de science est une mise en valeur de tout ce qui est constitutif de l'humain : le rêve, le plaisir, la découverte, le voyage, la production de sens, la réinvention du monde, la création...
Seconde question : la littérature des non-littéraires est-elle une littérature d'amateurs ? Sans doute pas, pour au moins deux raisons. La première c'est qu'il n'existe pas en Tunisie d'écrivains «professionnels» au sens strict du terme, c'est-à-dire qui se consacrent à la littérature et qui en vivent.
Les auteurs exercent une profession bien déterminée. L'écriture est une activité que l'on exerce à ses heures perdues. Sur ce plan-là, littéraires et non-littéraires sont logés à la même enseigne.
La seconde raison tient au fait que les non-littéraires qui écrivent sont de véritables passionnés de littérature. Ils sont à la fois de bons lecteurs et de bons créateurs parce qu'il maîtrisent l'art de l'écriture. De plus, ils ont de la persévérance. Ces qualités leur ont permis d'occuper une place centrale dans le paysage de la création littéraire.
La passion des lettres
Le chirurgien Mahmoud Belaïd et le géologue Ahmed Mammou constituent des figures importantes de l'art de la nouvelle en Tunisie. Docteur Azza Filali a acquis une notoriété certaine grâce à ses romans. L'ingénieur Jamel Ghannouchi à plus d'un titre à son actif. Le peintre Foued Zâouche n'a rien à envier aux romanciers confirmés, chez Mouldi Farrouj, poésie et médecine ont toujours eu des relations de bon voisinage. Walid Amri n'est qu'à ses débuts, mais cet économiste-poète promet beaucoup et la liste est longue.
La littérature est très hospitalière, sa maison est ouverte à tous. Toutefois, à l'instar de l'auberge espagnole, on n'y trouve que ce qu'on y apporte. Les provisions qui se tassent dans les bagages des non-littéraires sont d'une excellente qualité.
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