Mokhtar Ghailani
25 Novembre 2003
Que ceux qui croient que seules les murailles crénelées et autres vestiges témoignent de l'histoire de la Kasbah des Oudayas se détrompent. Le magnifique jardin exotique que renferme ce site, qui aura vu se succéder des civilisations et des dynasties, constitue l'autre composante de sa mémoire. Et non des moindres.
C'est en quelque sorte, l'histoire d'une histoire dans l'Histoire. Dans laquelle, chacun des arbres, arbrisseaux et autres plantes herbacées jouent le rôle de pages. Celles-ci sont au nombre d'une trentaine, si on compte uniquement les espèces ligneuses, à savoir les plantes à bois, et environ une centaine, si on prend en considération la dynamique globale du jardin. Ces plantations, dont certaines espèces sont devenues rares de nos jours, sont loin d'avoir poussé spontanément dans ce site. Elles y ont été introduites à partir de 1915, date à laquelle les autorités du protectorat français avaient entrepris la réalisation de cette merveille botanique. Outre le fait que cette flore peut être considérée comme étant une sorte de "boîtes vertes" de l'histoire des Oudayas, elle a le mérite d'avoir effectué un très long voyage, traversant océans et moult frontières, avant d'être "fixée" sur le sol marocain.
Le mérite de ces plantations était d'autant plus grand que leur acclimatation au contexte marocain n'était pas si évidente. Fort heureusement, le pari fut gagné. Cette flore atteste de la présence des deux Amériques, de l'Asie ainsi que de l'Europe. Et ce sont les espèces originaires de l'Amérique du sud qui forment l'essentiel de la flore qu'abrite le Jardin des Oudayas. Ceci est le cas du Washingtonia robusta, de la famille des palmacés, espèce qui avait été introduite au Maroc en provenance du Mexique. Comme c'est le cas, également, du Jacaranda mimosifolia, qui, elle, aura fait le déplacement vers la terre marocaine depuis le Brésil. Restons dans le continent américain pour souligner que l'Avocat , Persea gratissima de son nom scientifique, a été introduit au Maroc en partance d'Amérique du nord et du Panama. Elle l'est aussi, par le très précieux Erythrina crista-galli devant lequel s'arrêtent, voire se prosternent de fascination les avertis d'entre les visiteurs du Jardin des Oudayas. Parce qu'ils connaissent la valeur botanique de l'arbre qui, désormais, figure sur la liste des plantations menacées de disparition et dont la capitale compte deux spécimens. Le second se trouve, quant à lui, à l'Institut agronomique et vétérinaire Hassan II à Rabat.
Ces plantations d'origine américaine vivent en parfaite harmonie avec d'autres venues d'ailleurs. Tel ce Schefflera octaphylla, qui, entre 1915 à 1918, période entre laquelle ce jardin avait pris forme, avait fait son entrée au Maroc où il était arrivé de l'Himalaya. Le continent asiatique est représenté, également, par le néflier du japon , Eriobotrya japonica, par le Cortaderia Selloana ainsi que par deux espèces de Papyrus, le Papyrus cyperus et celui dit alternifolius. Quoique sous-représenté, comparativement à ce qui vient de précéder, le Continent européen, la Grande-Bretagne, plus précisément, compte aux Oudayas un majestueux et imposant, Platane à feuilles d'Erable, Platanus acerifolia. Un arbre hybride -résultat d'un croisement naturel entre deux espèces de Platane, l'Orientalis et l'Occidentalis- qui, en 1670, avait fait son apparition spontanée en Angleterre.
De par leur nature et provenance, ces espèces végétales donnent au Jardin des Oudayas une diversité exceptionnelle et une richesse inestimable. En se promenant entre les allées de ce saisissant espace vert et fleuri à longueur d'année, le visiteur découvre plusieurs variétés d'arbres, en passant de ceux d'ornement aux fruitiers mais aussi, de plantes, des toxiques comme des médicinales d'entre elles. Sauf, et c'est l'une des manifestations de la sous -exploitation des grandes potentialités qu'offre le jardin qui nous intéresse dans cet espace, ceci n'est pas à la portée du public de visiteurs prédominé par des profanes. C'est là l'un des multiples griefs que formule l' expert et chercheur, Jamal Bammi, à l'encontre des autorités en charge de ce patrimoine botanique peu ordinaire. L'intérêt de la démarche de ce jeune chercheur vient du fait qu'il est expert et en botanique eten monuments historiques. Dans l'entretien qui suit, celui-ci ne se contente pas de faire l'état des lieux, lequel est loin d'être réjouissant, mais formule des propositions pour que la destination du Jardin des Oudayas ne soit plus limitée à de simples villégiatures. Et pour que sa valeur réelle ne demeure plus un secret que seuls se partagent des connaisseurs. Selon lui, tout doit être entrepris pour que les visiteurs ne passent plus à côté des merveilles botaniques dont regorge ce jardin.
La botanique étant une passion pour lui, voire sa seconde famille, n'hésite-t-il pas à revendiquer, le jeune chercheur se penche actuellement sur l'élaboration d'un ouvrage qui sera consacré au Jardin des Oudayas. Prévu pour bientôt, cet ouvrage, contiendra en guise d'annexe un guide qui renseignera les visiteurs sur la richesse floristique universelle qu'abrite ce site. Et lorsque vous demandez au botaniste doublé de doctorant en histoire le comment de sa passion pour la flore en général, et pour ce jardin en particulier, il vous citera un passage du livre de fleurs de la princesse de Monaco, Maurice Maeterlinck. Savons-nous, écrit-elle, ce que serait une humanité qui ne connaîtrait pas les fleurs? Si celles-ci n'existaient pas, si elles avaient toujours été cachées à nos regards? Notre caractère, notre moral, notre aptitude à la beauté, au bonheur seraient-ils bien les mêmes ?
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