Guillaume Gouges
25 Novembre 2003
Port Louis — Scène peu ordinaire sur l'autoroute du Nord à Roche-Bois. Une centaine d'éleveurs de porcs de la localité sont descendus dans la rue hier avec leurs bêtes pour exprimer leur mécontentement. Ils exigent, de la part des autorités, un terrain de trois arpents pour continuer l'élevage, ou une compensation.
Cette manifestation, font-ils comprendre, est un avertissement. Ils donnent au gouvernement dix jours pour considérer leurs revendications faute de quoi ils se rendront avec leurs cochons devant l'hôtel du gouvernement.
A 7 heures 30 hier à Roche-Bois, une centaine d'éleveurs, tenant leurs bêtes au bout d'une corde, se préparent à défiler sur l'autoroute en direction du quartier général de La Voix Kréol. Equipés de pancartes, les proches et amis des éleveurs participent à cette marche de protestation. "Mo mari faire ça travail là pou essaye gagne so la vie. Situation pé vine difficile à koz magistrat pé servi papier pou ki nou arrête faire l'élevage porc" explique Marie-Joëlle, âgée d'une trentaine d'années. "Kifer zot pé touye éleveurs porcs", peut-on lire sur les pancartes.
Les porcs, ne tenant pas en place, tirent sur leurs cordes. Une légère brise répand l'odeur caractéristique de porcherie. C'est d'ailleurs cette nuisance qui est à l'origine du problème. Les autorités demandent aux éleveurs de Roche-Bois de déplacer à cause de ces émanations.
Le cortège se met en branle, peu avant huit heures, avec à sa tête Rama Valayden, conseiller légal et Hervé Aimé, ancien secrétaire parlementaire. La police a mis en place un important dispositif de sécurité à cette heure de pointe. Des membres de la Special Supporting Unit (SSU) sont également mandés sur place pour contenir la foule de manifestants. L'assistant commissaire de police, Noël Chinappen, supervise la situation.
Pension mensuelle
Les officiers, à plusieurs reprises, informent les manifestants que cette marche est illégale et qu'aucune demande officielle n'a été faite par l'association des éleveurs de porcs. Au niveau des Casernes centrales, on étudie d'ailleurs les différents délits commis sous le Public Gathering Act.
Mais ces éleveurs sont bien décidés à faire entendre leur voix. "Le gouvernement nous avait donné la promesse de nous venir en aide. Nous voulons maintenant qu'il tienne parole", explique Gérard Tara, président de Roche-Bois Pig Breeders. Paul Bérenger, dit-il, avait promis la mise à disposition d'un terrain. "Il est venu nous dire qu'il n'avait pas pu trouver de terrain", déclare Gérard, qui justifie ainsi la tenue de cette manifestation.
Les éleveurs de porcs se réunissent peu avant neuf heures au quartier général de La Voix Kréol où est organisée une réunion. Ils demandent, si le gouvernement leur refuse ce terrain à Roche-Bois, une compensation ainsi qu'une pension mensuelle de Rs 10 000. "Nou na pas laisse personne zouer are nou bouché manger", lance un des manifestants. Rama Valayden confirme de son côté que les éleveurs manifesteront dans dix jours devant l'hôtel du gouvernement si leurs demandes ne sont pas satisfaites.
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