Néjib GaÇa
25 Novembre 2003
Deux soirées, deux satisfactions. Mais et il y a un mais, Marcel prend des distances et il faut opérer une recherche de la nouvelle configuration de l'art de Khalifa.
Marcel Khalifa, ce nom résonne dans la tête et hante les couloirs du sentir, du réagir et des fortes émotions qui animent les consciences de nombreuses générations. Militantisme artistique et engagement pour la cause nationaliste arabe, tels sont les mots d'ordre de cette chanson engagée qui a enflammé les foules et nourri les élans les plus généreux. Hantise du sens plein, du sens comme faire, du chant comme métamorphose du réel des consciences et du réel tout court, telle est la charge émotionnelle incarnée chair, chair artistique et esthétique, chair vive lacérée, blessée, tourmentée et décidée à se dire, à dire son mal d'être, d'être à soi, au monde, à l'unique réalité d'un état de fait dont la norme, la règle et la loi est à deux mesures et à deux vitesses.
Marcel Khalifa comme de nombreux artistes qui sont passés par le festival ont drainé la foule parce qu'ils sont l'objet d'un véritable culte qui a donné lieu à une réelle nostalgie. Marcel est aussi une mémoire et donc une nostalgie vivace.
A-t-il été à l'image de l'attente de ses fans ?
Son spectacle a changé de forme et se présente en deux volets : une première partie où le luth et la contrebasse s'accompagnent et où le luth, avec des velléités de suprématie, se voit surpasser par la contrebasse si bien «chevauchée» par Peter Herbert.
Le second volet intègre le chant à cette musique instrumentale qui constitue une nouvelle orientation de Marcel Khalifa vers un «engagement» de type nouveau, moins enflammé. A ce propos, Marcel Khalifa nous confie : «Tout jeune, on est plein d'ambition. L'ambition de changer le monde. Avec le temps, on se rend compte qu'il vaut mieux se changer soi-même. C'est le tour à la sagesse. L'objectif est de transmettre aux autres cette lumière. Il ne faut plus espérer voir un ange. Les temps arabes vont à reculons. Notre soleil n'est plus vu du même oeil, du même regard. Il est désormais noir et plus brûlant. Il n'a plus que des inconvénients. Nous ne pouvons plus apprécier sa lumière, sa vérité et son pouvoir de nous illuminer, de nous inspirer, de nous rendre à nous-mêmes et à la vie pour la revoir à la hausse du sentiment».
La musique instrumentale est-elle une manière de changer de cap et de vider l'engagement originel de son sens, du sens pour l'orienter vers un engagement autre. Engagement vers l'amour, la lumière de la vérité et celle de l'esthétique.
Que le public afflue vers un spectacle de Marcel Khalifa est une marque d'amour. Mais n'éprouve-t-il pas une quelconque déception quelque part ?
L'avenir nous le dira et bien que nous appréciions encore la prestation, Marcel Khalifa doit revisiter sa nouvelle vision et son approche musicale technique.
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