Raj Jugernauth
26 Novembre 2003
Port Louis — "J'ai vu diverses formes de pratique de l'islam. L'islam pratiqué à Maurice est une rare combinaison de tradition et d'ouverture".
Les connaissances de Mahmood Cheeroo ne sont pas qu'économiques. Associé depuis très longtemps aux sociétés islamiques de Maurice, il connaît à fond le monde musulman pour avoir voyagé parmi toutes ses communautés, de l'Europe à l'Asie, en passant par l'Afrique et la Chine. De visages, l'islam, deuxième religion au monde, lui en a montré plusieurs.
Si les rituels sont les mêmes, la manière de vivre l'islam au quotidien diffère en effet de pays en pays. De l'Arabie Saoudite, perçue comme son berceau, l'islam a été porté ailleurs par des érudits qui l'adapteront aux conditions de ces pays. C'est à cela que tient la diversité des pratiques. "Ces gens éclairés ont su intégrer l'islam dans les sociétés dans lesquels ils se trouvaient, en Inde, en Afrique noire, en Chine," dit Mahmood Cheeroo.
Ainsi, si en Arabie Saoudite, le tchador est obligatoire, si la femme ne peut participer à la vie active et n'a pas le droit de conduire une voiture, ce n'est pas forcément le cas en Egypte, en Libye, en Turquie ou au Soudan. "Le problème vient du fait qu'il y a différentes interprétations du Coran. Certaines sont plus rigoristes que d'autres", pense Cassam Uteem, ancien président de la République.
Ces différences d'interprétations reposent bien souvent sur les deux courants qui portent l'islam, le chiisme et le sunnisme. L'une de leurs grandes différences est que les sunnites, en majorité dans le monde, pensent que l'islam ne doit pas être exercé en dehors des lieux de culte - les mosquées - et ne doit en aucun cas être mêlé à la politique. Les chiites prônent, entre autres, un islam au pouvoir.
Une deuxième adaptation
Au Maroc, par exemple, l'islam a un rôle exclusivement religieux, complètement séparé du pouvoir, tout comme en Egypte, en Turquie, en Malaisie et en Indonésie. Au Pakistan, ce sont les chiites qui étaient au pouvoir lorsque Benazir Bhutto devient Premier ministre. Elle est elle-même issue d'une famille chiite. L'Iranien Ruhollah Khomeyni était également chiite et ses successeurs le sont encore aujourd'hui.
Si "l'islam mauricien est ouvert", comme le dit Mahmood Cheeroo, c'est sans doute qu'il vient de l'Inde où il a appris à vivre aux côtés d'autres religions. Cet islam, porté à Maurice il y a 150 ans, a connu alors sans mal une deuxième adaptation. "Il pourrait aujourd'hui être un modèle pour des sociétés où l'islam doit coexister avec d'autres religions. C'est extraordinaire quand on voit, par exemple, dans certains pays d'Afrique noire, la difficulté avec laquelle l'islam coexiste avec ne serait-ce qu'une religion. Je suis musulman et je vis sans crainte de perdre quelque chose, même pas un iota de ma croyance."
Les pays où l'intégrisme se propage sont ceux qui, précisément, n'ont pas été exposés à d'autres influences. "C'est le cas de l'Arabie Saoudite, d'où vient le courant extrémiste. Certains milliardaires que je dirais déconnectés de la réalité, financent un retour à l'islam du début et cherchent à l'exporter." Un retour aux sources, c'est ce que prônent les intégristes. Adeptes d'un courant minoritaire essentiellement politique, les intégristes prônent l'application intégrale de la chariah à tous les aspects de la vie quotidienne et politique, la rupture avec l'occident et l'instauration d'un Etat islamique "authentique".
C'est unanimement que nos interlocuteurs déplorent toute tentative d'imposer une croyance à d'autres. " Toute personne est libre de vivre l'islam qu'il veut. S'il veut un retour aux sources, il doit être libre de le faire, mais il n'a pas le droit d'imposer ce choix aux autres," dit Mahmood Cheeroo. Cassam Uteem refuse de même toute interprétation du Coran qui impose des contraintes, car il ne doit pas "avoir de contraintes dans les religions". "L'important c'est que le musulman vit l'islam au quotidien, vis-à-vis de lui-même, de ses parents, de ses voisins quels qu'ils soient", ajoute Saïd Toorbuth, homme de loi et conseiller au sein du Muslim Citizen Council. Mais tous sont convaincus qu'il n'y a pas deux types de musulmans, les modérés et les radicaux. "Il y a des musulmans, un point, c'est tout. Et différentes façons de vivre sa foi".
EN CHIFFRES
En 1996, selon les statistiques de l'Onu, on comptait 5,4 milliards d'hommes à travers le monde. Ils sont 1,4 milliard de musulmans, soit environ 26% de la population mondiale avec un taux de croissance de 6,4 %.
EID, JOUR DE PARTAGE
La fête Eid marque la fin du carême musulman (30 jours de jeûne). C'est un jour de fête, de prières, mais aussi de pensées pour les pauvres et pour les défavorisés. "L'engagement aux cotés des défavorisés, des laissés-pour- compte est un des éléments essentiels de l'islam" explique Cassam Uteem.
Be the first to Write a Comment!
Copyright © 2003 L'Express. Droits de reproduction et de diffusion réservés. Distribué par AllAfrica Global Media (allAfrica.com). Pour tout commentaire ou demande d'autorisation de reproduction ou de diffusion, contactez directement le propriétaire des droits en cliquant ici.
AllAfrica collecte et indexe du contenu provenant de plus de 125 organes de presse d'Afrique ainsi que de plus de 200 autres sources d'informations et de nouvelles. Les pourvoyeurs d'informations de AllAfrica gardent l'entière responsabilité éditoriale de leur production. Les articles et documents identifiant AllAfrica comme source sont produits ou commandés par AllAfrica.