Shyama Soondur
26 Novembre 2003
Port Louis — D'ici 2008, le préscolaire privé et public aura le même programme d'études. Il devra aussi satisfaire aux mêmes normes de qualité pour aider l'enfant à réussir sa vie.
Il peut compter jusqu'à vingt. Il sait aligner les lettres de l'alphabet dans l'ordre. Les parents mauriciens n'en demandent pas plus. Leur enfant peut intégrer l'école. Longtemps, ils ont vécu avec cette notion erronée de l'éducation préscolaire. Le résultat se vérifie par le nombre élevé d'enfants recalés à la fin du cycle primaire. L'Etat prend enfin les choses en mains.
Le deuxième volet de la réforme de l'éducation est consacré au préscolaire. Hier, le ministre Steven Obeegadoo en a présenté le nouveau modèle aux puériculteurs, qui affichent la satisfaction.
Le plan-structure réglemente la formation des enfants de trois à cinq ans. Objectif : créer un environnement propice à leur épanouissement optimal d'ici cinq ans, dès 2004.
La puériculture a désormais son programme d'études, sous forme d'un guide flexible. Il aidera le secteur à planifier son travail selon les besoins et les aptitudes des enfants.
L'enfant de trois à cinq ans est curieux. Il veut faire sa propre expérience, explorer et découvrir son environnement. Il veut socialiser. Mais surtout, il veut jouer, être actif, s'amuser. Il a besoin de sécurité et d'amour et... d'indépendance.
Le guide outille le puériculteur à encadrer le développement physique, social, émotionnel, moral, spirituel, intellectuel et cognitif de l'enfant. La plupart des institutions préscolaires offrent un repas à leurs jeunes protégés. Le guide accorde une attention particulière à une nutrition équilibrée.
Un dossier personnel
Tout ce que l'enfant aura créé et appris durant les années préscolaires sera compilé dans un dossier personnel. Idéalement, celui-ci l'accompagnera à l'école primaire où l'instituteur de l'éducation formelle prendra la relève.
Le guide a été mis au point par l'Institut de pédagogie qui a bénéficié de la collaboration de puériculteurs de carrière et du Fonds des Nations unies pour l'enfance. Roshan Maudho, chargé de cours et haut cadre de l'Institut, en a assuré la coordination.
Des ateliers de travail seront organisés à travers le pays pour initier les puériculteurs à son utilisation. Ils apprendront à préparer leur propre plan de travail qui tiendra compte des spécificités de leurs protégés. Ils pourraient, par exemple, utiliser le créole comme médium d'enseignement si cela peut aider l'enfant à mieux s'épanouir.
Des centres pédagogiques seront créés à l'intention de ceux qui iront s'y inspirer, partager leurs expériences avec leurs pairs et mettre leurs connaissances à jour. Le premier centre s'ouvre ce dimanche à Curepipe.
L'autre axe de la réforme touche aux infrastructures. Les écoles devront se soumettre à des normes d'hygiène, de sécurité et de confort. C'est à cette condition qu'elles auront un permis d'opération.
"Nous ne recherchons pas le grand luxe. Mais l'enfant doit pouvoir disposer d'un espace suffisant, propre et non accidenté", explique Ehsan Abdool Raman, président du PreSchool Trust Fund. Le but n'est pas de provoquer des fermetures, rassure-t-il. Celles qui sont hors normes auront le temps et l'encadrement nécessaires pour atteindre le niveau requis. "Le secteur privé a beaucoup fait pour l'éducation préscolaire. Le plus souvent avec des moyens du bord. Le pays lui est très reconnaissant. Nous voulons préserver ce partenariat", affirme le ministre Obeegadoo.
Amélioration qualitative
L'Etat lui-même n'a aucune intention de s'engager dans le préscolaire au point d'éclipser les prestataires privés, ajoute-t-il. Le ministère de l'Education entend se consacrer plutôt aux régions défavorisées et aux enfants souffrant de handicaps légers. De nouveaux établissements préscolaires ne seront ouverts que si nécessaire.
L'objectif avoué du ministère de l'Education est également de réaliser une amélioration qualitative de la puériculture. Pour cela, l'Etat mise sur la formation des prestataires de service. Les puériculteurs et les administrateurs des centres préscolaires ont l'obligation de se former auprès de l'Institut de pédagogie.
Les conditions de travail seront harmonisées. Le personnel du Preschool Trust Fund sera régi par le Pay Research Bureau dès l'an prochain. C'est l'aboutissement d'une vieille lutte des puéricultrices engagées par cet organisme. D'où leur satisfaction avec le présent programme de réforme.
Un nouveau cadre institutionnel est mis en place. Le PreSchool Trust Fund, organisme qui gérait l'aspect financier de l'éducation préprimaire, n'existera plus. A la place, une PreSchool Authority est créée pour administrer l'éducation préscolaire.
Cette institution délivrera les permis d'opération aux institutions. Elle réglementera le secteur et gérera la subvention de Rs 200 par tête, accordée par l'Etat aux enfants d'âge préscolaire. Elle encadrera les prestataires de services.
Les réactions
- Jack Bizlall, syndicaliste
"Aucune idée novatrice. Je suis un peu déçu. Ce plan ne fait qu'organiser et mettre de l'ordre dans ce qui existe déjà. C'est bien. Mais pas assez. Le préscolaire devrait s'occuper de l'épanouissement de l'enfant à partir de l'âge zéro à cinq ans. Or, le plan se consacre uniquement aux deux années précédant l'intégration de l'enfant au cycle d'éducation formelle. Il met l'accent sur le préprimaire et non sur le préscolaire. Aucune transition n'est prévue pour le passage de l'enfant du préscolaire au primaire. L'enfant sera catapulté du jour au lendemain dans un autre univers, sans accompagnement. Cela risque d'être traumatisant pour lui. Ce plan de réforme de l'éducation préscolaire était annoncé depuis si longtemps que j'avais de grandes attentes. Je prévois que les présentes mesures n'auront qu'un impact minime."
- Brinda Koobloll, présidente de l'association des puéricultrices
"Le plan contient plusieurs points positifs et prometteurs. Nous avons toujours voulu qu'il y ait des dispositions spéciales pour les enfants handicapés. Je suis contente que l'Etat s'en charge. J'accueille également l'harmonisation au niveau de la pédagogie et du programme d'études. J'espère que ce plan sera mis en pratique dès janvier prochain. Nous nous sommes beaucoup battues pour nos conditions d'emploi. C'est gratifiant de constater que nos efforts ont été récompensés. Nous sommes 475 à être employées par le Trust Fund. Le PRB nous prendra en charge à partir de janvier. Cette harmonisation des conditions était importante."
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