Amel Bouakba
27 Novembre 2003
Le conseil du gouvernement a décidé de radier tout enseignant qui n'aurait pas rejoint son poste samedi prochain
La situation dans le secteur de l'éducation tend vers le pourrissement. Les enseignants grévistes se retrouvent aujourd'hui entre le marteau et l'enclume. Les dernières menaces du gouvernement qui a décidé de radier et de traduire devant la justice «les professeurs de l'enseignement du secondaire qui n'auront pas repris les cours d'ici à samedi prochain», les déclarant en abandon de poste, n'ont fait qu'envenimer la situation déjà dramatique depuis février dernier. Hier, lors d'une conférence de presse organisée au siège du CNES, à l'issue d'une réunion du bureau national ayant regroupé 22 délégués de wilaya, Meziane Meriane, coordinateur national du Conseil national autonome des professeurs de l'enseignement secondaire et technique (CNAPEST) n'y est pas allé avec le dos de la cuillère en dénonçant énergiquement les mesures répressives prises à la veille de la fête de l'Aïd. «Bouteflika a gracié des prisonniers et veut nous mettre à leur place», a lâché d'emblée Meriane. Le premier responsable du CNAPEST n'a pas mâché ses mots. «Arrêtez la pression Ouyahia, vous ne nous faites pas peur», a-t-il déclaré en ajoutant dans la même lancée : «Sous la pression, les enseignants ne reprendront pas le chemin du retour. Nous n'avons pas peur d'être traduits devant la justice et nous serons nos propres avocats.»
Le conférencier n'a toutefois pas avancé de décision officielle quant à la suspension ou pas de la grève. «La décision sera connue demain, après consultation de la base», a-t-il souligné. «Le bureau national entérinera la décision prise après la consultation de l'ensemble des enseignants à l'échelle nationale», a indiqué Meziane Meriane. Le bureau national du CNAPEST avait, rappelle-t-on, décidé lundi dernier lors d'une réunion à Béjaïa de reconduire la grève à partir de samedi prochain mais les dernières menaces du chef du gouvernement ont introduit une nouvelle donne qui doit être prise en considération. En ce qui concerne la mesure décidée par le gouvernement relative au recrutement de diplômés universitaires en remplacement aux enseignants en abandon de poste qui seront radiés, Meriane dira qu'«il est pratiquement impossible de remplacer 60 000 PEST qui ont une longue expérience par de nouveaux licenciés».
Meriane a, à ce propos, appelé «ces suppléants à ne pas tomber dans le piège qu'essaie de tendre le gouvernement». Selon Meriane, «le gouvernement veut user de répression et de force pour casser le mouvement de protestation qu'il qualifie d'entrave au droit constitutionnel à l'enseignement». Aux yeux du CNAPEST, «cela sonne faux puisqu'il [gouvernement, NDLR] a été depuis le début du conflit en parfaite violation avec les lois nationales et internationales en interdisant au CNAPEST un droit syndical». Le premier responsable de cette organisation autonome a tiré à boulets rouges sur Benbouzid, «seul responsable de la dégradation de la situation», selon lui. «N'est-ce pas le ministre de l'Education qui a campé sur sa position en [refusant] de nous recevoir en tant que syndicat. C'est aussi Louh qui a enfreint les lois nationales et internationales en refusant d'agréer notre dossier de syndicat en nous privant de ce droit.» Le conférencier s'est ensuite interrogé sur la position «arbitraire» du chef du gouvernement. «Que veut Ouyahia à travers ces mesures répressives ?
Contraindre l'enseignant à un retour tête baissée ? Un enseignant humilié de la sorte, sous condition, ne sera qu'une présence strictement physique et croyez-moi, il ne sera pas du tout rentable et ne fera aucun effort supplémentaire, aucun cours de rattrapage. C'est une erreur monumentale de la part du gouvernement de recourir à ces mesures coercitives, de penser que sous la matraque, l'enseignant va abdiquer», poursuit l'orateur. D'après Meriane, «seules de véritables négociations et de la considération à l'égard de l'enseignant permettront de les convaincre pour qu'ils donnent le meilleur d'eux-mêmes. Nous sommes capables de reprendre les cours en janvier et de préparer les élèves pour le bac en juin, grâce à l'élaboration d'un calendrier de rattrapage conçu de telle manière à ce qu'il porte ses fruits», a-t-il expliqué. En revanche, «si les enseignants sont matraqués, emprisonnés, les autres paliers vont se rallier au mouvement et entrer en grève», a-t-il menacé. Le CNAPEST s'est, à ce propos, félicité de la solidarité du syndicat des enseignants du supérieur, le CNES, et des autres paliers, primaire et moyen.Le responsable du CNAPEST a, d'autre part, indiqué que «même si la base devait opter pour la reprise, le combat syndical n'en serait nullement affecté et l'action revendicative se poursuivra».
A une question de savoir quels sont les rapports du CNAPEST avec le Conseil national d'Alger (CLA), Meriane dira : «Nous avons deux approches fondamentalement opposées. Il nous est impossible de mener des actions unifiées même si nous avons le même combat.» De son côté, le CLA a annoncé une conférence de presse demain pour se prononcer officiellement sur le maintien ou non du débrayage et ce, après consultation de la base. Dans un communiqué, le CLA estime que «le gouvernement n'a nullement le droit d'user de droits spéciaux et la prohibition du droit de grève est du domaine du législatif et non d'un gouvernement exécutif. Cette disposition, dit le CLA, n'autorise ni le chef du gouvernement ni son ministre de déclarer sauvage une grève ni de décréter ses délégués de meneurs». Selon cette organisation autonome, «par son attitude, le gouvernement criminalise le droit de grève que les Algériens ont consacré comme une liberté fondamentale, portant ainsi atteinte aux lois sociales de notre pays».
Par ailleurs, apprend-on, la Fédération nationale des associations des parents d'élèves (FNAPE) s'est déclarée hier optimiste quant à une reprise, samedi prochain, des cours par les enseignants en grève, estimant que «les mesures annoncées par le gouvernement sont à même de les amener à mettre fin à leur mouvement de grève», a rapporté l'APS. Le président de la fédération, Bachir Hadj Dellalou, a indiqué que la semaine prochaine verra «le règlement de cette situation qui est arrivée à une impasse». Il a précisé que «la fédération a des données qui portent à l'optimisme car elles laissent entrevoir une reprise des cours samedi prochain» et ce, «suite aux rencontres entre les représentants de la fédération et les représentants des enseignants grévistes au niveau des wilayas pour parvenir à un rapprochement des vues». M. Dellalou a rappelé que «la fédération, en sa qualité de partenaire social, a appelé le gouvernement à prendre les mesures légales qui s'imposent contre les enseignants grévistes pour protéger les intérêts des élèves».
Be the first to Write a Comment!
Copyright © 2003 La Tribune. Droits de reproduction et de diffusion réservés. Distribué par AllAfrica Global Media (allAfrica.com). Pour tout commentaire ou demande d'autorisation de reproduction ou de diffusion, contactez directement le propriétaire des droits en cliquant ici.
AllAfrica collecte et indexe du contenu provenant de plus de 125 organes de presse d'Afrique ainsi que de plus de 200 autres sources d'informations et de nouvelles. Les pourvoyeurs d'informations de AllAfrica gardent l'entière responsabilité éditoriale de leur production. Les articles et documents identifiant AllAfrica comme source sont produits ou commandés par AllAfrica.