Faouzia Ababsa
27 Novembre 2003
Accompagné des ministres des Affaires étrangères, Anna Palacio, de l'Intérieur, Angel Acebes, et de la Justice, José Maria Michavila ainsi que du secrétaire d'Etat de l'Energie, José Folgado, le Premier ministre espagnol, José Maria Aznar, a foulé hier le sol algérien pour la deuxième fois.
Le choix de sa délégation n'est pas fortuit tant il s'agit pour lui et le président de la République de passer en revue l'ensemble des dossiers importants dans le cadre de ce sommet annuel de haut niveau. Il s'agit en effet d'aborder les relations bilatérales. Notamment la coopération en matière énergétique, la lutte contre le terrorisme, l'immigration clandestine et le trafic des personnes ainsi que le dialogue entre l'Union européenne et le Maghreb. Il s'agit en fait de la première réunion de haut niveau entre Abdelaziz Bouteflika et José Maria Aznar depuis la signature du traité d'amitié entre les deux pays en octobre 2002, à l'occasion de la visite du chef d'Etat algérien à Madrid. Une signature intervenue au lendemain de la signature par le président Bouteflika de l'Accord d'association avec l'Union européenne à Valence alors que l'Espagne assurait la présidence de l'Union européenne. Une rencontre qui avait été annoncée par l'ambassadeur d'Espagne en Algérie immédiatement après cette signature.
Avec comme objectif de consacrer l'année 2003 au renforcement des discussions et la préparation des dossiers ainsi que des rencontres, notamment sur le plan économique. Le renforcement des relations bilatérales reste le point nodal entre les deux pays. L'Algérie et l'Espagne estiment que la coopération entre les deux nations est stratégique. Aussi stratégique justement que l'est la visite de deux jours dans notre pays de José Maria Aznar. L'Espagne estime, en effet, que l'Algérie a un rôle extrêmement important dans la stabilité de la Méditerranée. Aussi, la coopération et les différents projets en discussion ou en phase de concrétisation doivent se développer. Sur le plan économique, des accords ont déjà été conclus entre les deux pays, en ce sens qu'un gazoduc a été édifié pour permettre le transport de cette énergie vers la péninsule ibérique, via le Maroc. Un deuxième est en voie de construction. Mais celui-ci ne transitera pas par le royaume chérifien. Il ira de Mostaganem vers Alicante. L'édification d'une ligne pour l'approvisionnement en électricité est également en cours pour l'acheminer vers l'Espagne. Cela pour la coopération dans le secteur des hydrocarbures. Toutefois, et pour ce qui concerne la coopération en dehors du domaine énergétique, il faut dire que les deux pays accusent un certain retard.
Un retard dû essentiellement à l'absence d'une législation incitative pour les investisseurs espagnols mais aussi à l'absence de l'identification et de la désignation des entreprises à privatiser du côté algérien. Cependant, cela n'a pas empêché que deux sociétés mixtes dans le secteur de la pêche aient été créées. Selon les Espagnols, l'Algérie est le pays du Maghreb qui ne consomme pas beaucoup de poissons en dépit des richesses et des ressources halieutiques dont il dispose. D'ailleurs, les Espagnols sont très intéressés par l'investissement dans la pêche à la crevette dans le but d'en promouvoir l'exportation. D'autres accords ont été signés entre les deux pays. Il s'agit de la conversion de la dette algérienne en investissements (40 millions de dollars) et du protocole financier, de l'ordre de 100 millions d'euros, pour l'aide aux petites et moyennes entreprises. Notons, à ce propos, que lors de sa visite à Madrid, à l'invitation du roi Juan Carlos, le président de la République avait appelé les hommes d'affaires espagnols à venir investir en Algérie.
«L'Algérie sera ouverte aux investissements étrangers en 2003», avait-il notamment affirmé en indiquant que la législation a été changée par le Parlement et que le marché algérien est devenu plus attractif, d'une part. Et d'autre part, il a rassuré les opérateurs économiques espagnols sur la situation sécuritaire qui s'est nettement améliorée du fait que les attentats avaient pratiquement disparu grâce à la lutte antiterroriste et qu'il ne restait plus que quelques individus isolés et aux abois. A ce sujet, il faut savoir que Abdelaziz Bouteflika et José Maria Aznar aborderont la question du terrorisme. L'Espagne, ayant une grande expérience dans la lutte antiterroriste, a déjà apporté sa contribution à l'Algérie durant les années de feu et de sang après avoir été l'une des bases arrières européennes des transfuges terroristes algériens. La coopération entre les deux pays dans ce domaine s'est d'ailleurs révélée fructueuse. En effet, les services de sécurité espagnols ont procédé à de véritables coups de filet dans les fiefs terroristes dans la péninsule ibérique et interpellé plusieurs individus liés directement ou indirectement aux crimes terroristes.
Il est d'ailleurs fort possible que des accords de principe d'extradition puissent voir le jour. Ce qui permettra de juger les terroristes vivant en Espagne par des tribunaux algériens. Le dialogue 5+5 sera aussi au menu des entretiens algéro-espagnols. Cela à la veille du sommet des chefs d'Etat et de gouvernements qui se tiendra à Tunis les 4 et 5 décembre prochain. Regroupant cinq Etats du sud de l'Europe (Portugal, Espagne, France, Italie, Malte) et les cinq Etats de l'Union du Maghreb arabe (Algérie, Maroc, Tunisie, Libye, Mauritanie), ce mini-processus de Barcelone vise à pallier les manquements du sommet de 1995 qui tarde à voir la concrétisation en raison d'une multitude de problèmes tels que le terrorisme, la libre circulation des personnes et des biens. Sur ce point, l'Algérie et l'Espagne ne comptent pas rester les bras croisés. Lutter contre l'immigration clandestine c'est bien mais construire des sites de concentration à l'image de Sangate au moment où l'Europe exige une liberté totale de circulation et pour ses ressortissants et surtout pour ses marchandises ne peut être accepté par les pays maghrébins. Autre point à l'ordre du jour durant la visite du chef du gouvernement espagnol : le Sahara occidental.
Lors de sa dernière escale dans notre pays, l'année dernière, José Maria Aznar avait promis au président de la République qu'il plaiderait au Conseil de sécurité de l'ONU, dont il allait devenir membre en janvier 2003, l'autodétermination du peuple sahraoui à travers l'organisation d'un référendum. Il n'a pas failli. Et pour cause, ce principe est défendu par l'Espagne depuis 1976 et sa position n'a pas changé d'un iota. La situation au Proche-Orient sera également au menu des entretiens entre les deux responsables qui sont tous les deux favorables pour la mise en application de la feuille de route initiée par le quartette. Le président du Conseil des ministres espagnol ne manquera pas d'aborder la question irakienne. Ce d'autant que son pays semble être dans une mauvaise position du fait d'avoir cautionné l'intervention américaine en violation de la légalité internationale. Aznar a d'ailleurs adopté la même position que ses partenaires dans ce conflit en déclarant que l'Espagne ne retirera ses forces militaires de ce pays qu'une fois la mission accomplie. En tout état de cause, il ne semble pas que cette question influe négativement sur les relations entre l'Algérie et l'Espagne. D'abord du fait que les deux Etats sont conscients de la position stratégique de l'un et de l'autre et que beaucoup de choses les unissent, y compris sur le plan historique et civilisationnel.
Notons que le Premier ministre espagnol achèvera sa visite dans notre pays après le petit-déjeuner qui sera offert ce matin en son honneur par le président de la République et la conférence de presse qu'il animera aujourd'hui à la résidence El Mithak.
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