A. Lemili
27 Novembre 2003
Ces agents de changes en noir «louent» des sommes en devises à des personnes désirant obtenir l'attestation de change exigée pour la délivrance d'un visa
Une bonne dizaine de nouveaux diplômés de l'université Mentouri de Constantine est désormais sériée dans le fichier de certaines ambassades, en particulier française, pour avoir produit de faux documents dans l'espoir d'obtenir un visa d'entrée «études» pour l'année en cours. Parmi ces documents figurent des bulletins de notes falsifiés à l'avantage du postulant, lettres d'appréciation, voire de recommandation de leurs encadreurs, mais le document administratif le plus usité parce que le plus important reste à l'évidence l'attestation de disponibilité de devises.Sur ce sujet sur la place de Constantine, toutes les banques en font une pratique nationale délivrant allègrement ledit document Les agents en place faisant peu cas de scrupules ou de conscience professionnelle, aidés, il est vrai, par un laxisme effarant de leur hiérarchie, une hiérarchie rarement regardante sur ce qui se passe dans les couloirs de ses bâtiments. Assez récemment, quelques-unes parmi les banques accordent cependant un certain intérêt à cette situation, mettant en garde par instruction interne tout agent indélicat recourant souvent à des solutions «extrêmes» en engageant une procédure judiciaire contre les fonctionnaires réfractaires à l'orthodoxie de gestion bancaire.
Toutefois, malgré les bonnes résolutions des uns et des autres, le garde-fou instauré est malgré tout contourné par un procédé de substitution qui consiste tout bonnement à emprunter auprès d'amis, de la famille, le montant de la somme exigée par l'organisme réceptionnaire, procéder à son dépôt dans le compte personnel du demandeur et laisser «mariner» deux ou trois jours, en fait le temps de se faire établir une attestation en «bonne» et «due» forme. Le tour est ainsi joué.Mieux encore, pour ceux qui dans leurs relations immédiates, pour une raison ou une autre, ne peuvent disposer de la somme attendue, ils peuvent recourir à des cambistes informels de la place des Chameaux ou la rue Larbi Ben M'hidi qui se proposent de les «aider» pour peu que les demandeurs acceptent de «louer» la somme sollicitée. La location se résume en une majoration qui varie entre 12 et 15% du montant désiré. Ainsi, 4 000 euros sont «cédés» directement et temporairement contre le versement de la somme de 5 500 DA pour une journée de dépôt, autrement dit le temps d'obtenir la fameuse attestation.
Le demandeur est néanmoins tenu de laisser au cambiste des gages de sa solvabilité, ce qui se résume en la remise à titre de caution du passeport, la lettre d'acceptation de l'université concernée mais également une pièce d'identité officielle (carte d'identité ou permis de conduire).En faisant dans la vraie fausse procédure, toutes les parties conviennent ainsi d'un modus vivendi où chacun trouve son compte. Sauf bien entendu l'Etat dont la législation sur les changes est malmenée, en toute légalité qui plus est.
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