Lyes Malki
27 Novembre 2003
Les activités de coopération internationale et d'échange dans le secteur de la formation et de l'enseignement professionnels sont parvenues avec les partenaires français à une phase de maturation qualitativement élevée, affirme la délégation algérienne
Avec plus de 500 000 visiteurs en cinq jours, le Salon de l'éducation organisé du 19 au 23 du mois en cours à Paris au «Paris-Expo» aura enregistré, pour la première fois depuis son lancement il y a cinq années de cela, la participation de l'Algérie, invitée dans le cadre de la tenue de l'Année de l'Algérie en France. Bien que modeste, la participation algérienne à cette rencontre a permis à la délégation de cadres algériens spécialisés dans le domaine de l'éducation et de la formation de tirer profit de ce rendez-vous annuel qui constitue aux yeux des professionnels de l'éducation «l'offre la plus diverse et complète de tous les équipements, systèmes, produits et services pour l'éducation et la formation». La dimension internationale de ce Salon s'est développée cette année par la participation d'importantes délégations chinoises et africaines. Celle de l'Algérie a été appuyée et encouragée, nous dit-on, par le service culturel de l'Ambassade de France en Algérie qui a saisi l'occasion de l'Année de l'Algérie en France pour inviter plusieurs organismes algériens du monde de l'éducation et de la formation à prendre part à ce Salon.
Pour un renforcement de la coopération algéro-française
Le stand algérien a regroupé des représentants de diverses institutions et organismes, dont le ministère de la Formation professionnelle, le ministère de l'Enseignement supérieur, le ministère de la Jeunesse et des Sports, le Centre national de l'enseignement à distance et l'Université de la formation continue. En décidant de participer à ce Salon, l'Algérie visait un objectif principal, celui d'initier un cadre d'échange et de coopération entre le secteur de la formation et de l'enseignement professionnels et les partenaires du réseau du système éducatif français. Cet objectif conduirait, nous a précisé M. Brahimi du ministère de la Formation et de l'enseignement professionnels, à «identifier de nouvelles pistes d'appui aux institutions de formation et d'enseignement professionnels en Algérie pour la prise en charge de programmes de modernisation et d'ouverture sur les systèmes de formation performants». Ce programme de modernisation repose sur une question clef qui sous-tend tous les chantiers de la réforme en cours dans le système de formation en Algérie. Il s'agit, selon M. Brahimi, de «réunir les conditions pour accroître les capacités du système de formation et d'enseignement professionnels pour qu'il réponde aux besoins des entreprises par une meilleure adaptation de l'offre de formation à la demande économique».
Il s'agit aussi, ajoute-il de répondre à la question de savoir «comment améliorer la qualité, l'efficience et l'efficacité de la formation dans le sens, d'une part, de son adaptation aux exigences des entreprises et, d'autre part, dans le sens de sa contribution au système d'insertion sociale et professionnelle». Il est clair aujourd'hui, explique notre interlocuteur, que les activités de coopération internationale et d'échange dans le secteur de la formation et de l'enseignement professionnels sont parvenues avec les partenaires français à «une phase de maturation qualitativement élevée». Il reste tout de même qu'un renforcement de cette coopération de la part des Français apporterait un plus si les efforts de coopération arrivent à se concentrer notamment, nous dit-on, sur la mise à niveau des formateurs au double plan pédagogique et technique, l'appui au dispositif de l'ingénierie pédagogique avec une actualisation des programmes de formation, eu égard aux besoins des entreprises en économique, le développement de la formation pour les nouveaux métiers principalement ceux liés aux nouvelles technologies de l'information et de la communication (NTIC), et sur la formation des gestionnaires des établissements de formation aux techniques modernes du management et du marketing de la formation.
Les spécialistes algériens invitent enfin leurs partenaires français à contribuer à la rénovation et la modernisation du parc d'équipement technico-pédagogique pour les mettre en adéquation avec les programmes de formation rénovés. A cet effet, des journées sur le thème des modèles de coopération internationale avec l'Algérie ont été organisés pour illustrer les techniques éducatives françaises et la possibilité d'une coopération algéro-française dans le domaine de l'éducation. Une coopération ayant déjà connu une amorce donnée par le gouvernement français qui s'est engagé par exemple, selon M. Brahimi, à financer un projet d'ingénierie et de pilotage destiné à la formation professionnelle d'une valeur de 3,5 millions d'euros. Il y a lieu de noter que la délégation algérienne a saisi l'occasion de sa participation à ce Salon pour entreprendre un maximum de contacts avec les acteurs intervenant dans le domaine de l'éducation et de la formation professionnelle. C'est ainsi que des rencontres ont été tenues avec l'Assemblée permanente des chambres des métiers, certaines inspections générales et certains lycées d'enseignement professionnel pour s'inspirer, éventuellement, du modèle français et renforcer le nouvel acquis algérien, celui du bac professionnel.
L'école française au centre des débats
La diversité des thèmes abordés par le Salon de l'éducation de Paris a permis de traiter non seulement l'enseignement technique et professionnel mais aussi tous les aspects du système éducatif français. Un système qui a fait des progrès spectaculaires depuis une vingtaine d'années mais qui est appelé à connaître des changements en vue d'un perfectionnement encore plus adapté à la réalité de l'heure. C'est pourquoi le ministère français de l'Education nationale a décidé de lancer un grand débat sur l'école dans les établissements scolaires du 17 novembre au 17 janvier sur la base de 22 sujets proposés par la commission Thélot chargée d'animer ce débat au niveau national. Ces sujets devraient répondre aux questions de savoir, entre autres, «quelles sont les valeurs de l'école républicaine et comment faire en sorte que la société les reconnaisse, quelles doivent être les missions de l'école pour les décennies à venir, comment motiver et faire travailler efficacement les élèves et comment prendre en charge les élèves en grande difficulté».
A ce sujet, en participant au Salon de l'éducation de Paris, le premier syndicat d'enseignement des collèges (SNES) et le SNEP premier syndicat de l'éducation physique, n'ont pas manqué de contribuer à enrichir les débats sur l'école. Ils affirment à ce propos que l'objectif de l'éducation en France devrait parvenir à «faire vivre et étudier de plus en plus longtemps ensemble des jeunes de plus en plus divers qui ne se fréquenteront probablement plus ensuite». Cet objectif, disent-ils, est essentiel pour «former des citoyens responsables et soucieux de la vie commune». Aujourd'hui, estiment ces syndicats, «le système est au bout de ce qu'il peut faire avec les moyens, les méthodes et les programmes actuels. C'est pourquoi les progrès sont insignifiants depuis huit ans et il faut donc des changements qui permettent surtout de faire réussir ceux qui sortent démunis de l'école». Mais au-delà de ce constat fait par les syndicats, ces derniers n'hésitent pas à se positionner comme étant une force de proposition. Des propositions qui ont dépassé l'aspect revendicatif et socioprofessionnel des enseignants pour présenter leur avis sur ce que devrait être l'école française dans les dix prochaines années. Ils souhaitent, entre autres, pour améliorer le système éducatif, «porter la scolarité obligatoire à 18 ans, d'agir prioritairement pour réduire les sorties sans diplôme, de favoriser les poursuites d'études de façon équilibrée dans toutes les filières des lycées généraux, technologiques et des lycées professionnels et après le baccalauréat». Notons enfin que sur le plan médiatique, le Salon a été quelque peu étouffé cette année par une actualité extérieure concernant notamment le lancement du débat national sur l'école par le président Jacques Chirac jeudi dernier et la poursuite du mouvement étudiant contre les réformes envisagées par M. Luc Ferry, ministre de l'Education nationale.
Il n'en demeure pas moins cependant que ces deux événements ont constitué la toile de fond des multiples débats et forums organisés par le Salon. La Ligue de l'enseignement, principal organisateur de la manifestation, a comptabilisé 1 500 participants aux douze débats qu'elle avait organisés dans le cadre d'un «Forum pour l'école que nous voulons». La Ligue, qui regroupe une multitude d'associations et mouvements laïques para-scolaires et d'éducation populaire, va organiser d'ici à juin, annonce-t-on, quelque 500 débats et forums décentralisés autour des enjeux des réformes de l'école. Selon Eric Favey, secrétaire national de la Ligue de l'enseignement, «ces contributions seront ensuite présentées à la commission Thélot, chargée d'animer le débat national sur l'école, pour qu'elle les prenne en compte».
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