Fraternité Matin (Abidjan)
J. Baptiste Akrou
27 Novembre 2003
Abidjan — Les échanges ont démontré la ferme volonté et la détermination du Président Laurent Gbagbo de conduire son pays vers la sortie de crise."
Il y a bien longtemps que le Président gabonais, M. Omar Bongo Ondimba, n'a pas eu de propos aussi courtois à l'endroit de son homologue ivoirien. C'est que depuis plusieurs semaines, le Président Gbagbo a décidé de jouer à fond le rôle de faiseur de paix. Alors qu'on le présentait comme celui qui bloquait Marcoussis, il s'en est fait maintenant le plus ardent défenseur.
Après la nomination du Premier ministre de consensus, la mise en place, certes laborieuse, du gouvernement de réconciliation nationale regroupant partis politiques et ex-rebelles; après la loi d'amnistie, il a décidé de mettre le turbo. Il vient au cours du dernier conseil des ministres d'appuyer sur l'accélérateur. Voici ce qu'en dit le communiqué officiel du conseil des ministres: "Il a insisté sur la nécessité de faire adopter, dans les meilleurs délais, les textes résultant des accords de Linas Marcoussis, qu'il s'agisse de projets de décrets ou de projets de lois".
L'adoption de ces textes devant intervenir fin novembre, au plus tard (c'est-à-dire dimanche prochain en principe), il est prévu des séances spéciales du conseil des ministres. Elles seront réservées à l'analyse et à l'adoption desdits textes. Au total ce sont 15 projets de lois et 20 projets de décrets qui vont être soumis dès ce jeudi déjà à la sagacité des membres du gouvernement.
Ce changement d'attitude envers Linas Marcoussis met la pression sur Soro Guillaume, secrétaire général du MPCI et le Premier ministre Seydou Diarra. Aujourd'hui, l'ONU, le comité de suivi, l'Union européenne, les Etats-Unis, la France, la CEDEAO, le Président gabonais qui a été le dernier à s'exprimer sur la question recommandent fortement sinon fermement aux Forces nouvelles de rejoindre le gouvernement de réconciliation nationale. Injonction leur est presque faite de reprendre leurs places pour participer à l'analyse et à l'adoption des lois portant sur la nationalité, l'identité, les conditions des étrangers; Le régime électoral, le code électoral, le régime foncier, les médias, les droits et liberté de la personne humaine, le regroupement, le désarmement, la démobilisation. Le redressement économique et la nécessité de la cohésion sociale. Face à l'insistance de toute la communauté internationale, les Forces nouvelles peuvent-elles continuer de rester sur le trottoir, sans apparaître comme ceux qui font un blocage systématique? Le Premier ministre qui après Ouaga et Accra a annoncé à deux reprises pouvoir avoir son gouvernement au grand complet la semaine suivante (sans succès) peut-il valablement engager les débats sans la présence des Forces nouvelles? Si tel était le cas, ne vont-elles pas se rétracter, arguant qu'elles ne se reconnaissent pas dans ces textes?
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