L'Express (Port Louis)

Afrique: Le sida continue de ravager l'Afrique et perce en Asie

Paul benkimoun

27 Novembre 2003


Port Louis — L'Onusida a publié son rapport annuel sur la progression de l'épidémie dans le monde. Elle reste "galopante" en Afrique et est sujet d'inquiétude en Asie.

Dans les pays en développement, seulement 300 000 malades ont accès aux thérapies appropriées, dont 50 000 dans l'Afrique subsaharienne où vivent les trois quarts des victimes de la pandémie, qui a fait 3 millions de morts en 2003, selon les conclusions de l'Onusida publiées mardi.

Le Programme commun des Nations unies sur le VIH/sida (Onusida) a rendu public, mardi 25 novembre, son rapport annuel sur la progression de l'épidemie dans le monde. Elle reste "galopante" en Afrique subsaharienne, qui abrite 26,6 millions des quelque 40 millions de personnes contaminées. Le Botswana et le Swaziland enregistrent des taux de prévalence de 40 %. Mais le sida poursuit également ses percées inquiétantes en Asie centrale, dans le subcontinent, en Chine en Indonésie et au Vietnam. Depuis un an, la Fondation de l'ancien président américain, Bill Clinton, s'est engagée dans la lutte contre ce fléau mondial.

De plus en plus d'entreprises investissent également dans des thérapies anti-sida pour préserver leurs employés, qui meurent plus vite qu'elles ne sauraient être formées.

Le nombre de personnes vivant avec le sida et le nombre de morts du sida ont continué d'augmenter en 2003, indique le rapport du Programme commun des Nations unies sur le VIH/sida (Onusida), rendu public mardi 25 novembre.

Les estimations presentées, cette année, sous forme de fourchettes, indiquent que 34 à 46 millions de personnes (moyenne 40 millions) sont porteuses du VIH, dont 5 millions nouvellement contaminées. L'année 2003 affiche le triste bilan de 3 millions de morts. Le chiffre de 42 millions de séropositifs, publié en décembre 2002, a été revu à la baisse. La pandémie continue donc sa progression, avec une relative stabilité en Afrique, une hausse marquée en Russie, dans les Etats baltes ainsi qu'une propagation rapide en Asie centrale et une pénétration dans des zones relativement indemnes auparavant : Chine, Indonésie et Vietnam, qui regroupent 1,5 milliard de personnes. L'Afrique subsaharienne (2 % de la population mondiale) demeure la région la plus touchée, avec 26,6 millions de personnes infectées sur une moyenne de 40 millions dans le monde.

Si "les taux élevés de nouveaux cas d'infection (3,2 millions) persistent, ils sont contrebalancés par une mortalité due au sida atteignant aujourd'hui des niveaux tout aussi élevés (2,3 millions)", précise le rapport, ce qui explique une certaine stabilité du nombre de personnes vivant avec le VIH.

Presque 40 % de la population atteints

Mais l'épidémie reste "galopante" dans la région. Elle touche particulièrement les Africaines qui, contrairement aux femmes des autres régions du monde, "sont nettement plus susceptibles (au moins 1,2 fois plus) d'être infectées que les hommes. Plusieurs enquêtes nationales montrent même que ce risque est 2,5 fois plus élevé pour les femmes chez les 15-24 ans". La prévalence du virus du sida atteint presque 40 % de la population au Botswana et au Swaziland, et plus d'une femme enceinte sur cinq est infectée par le VIH en Afrique australe. Ce dernier taux s'élève même à 25 % dans cinq des neuf provinces que compte l'Afrique du Sud.

Seules consolations : la baisse de la prévalence de l'infection par le VIH se poursuit en Ouganda et les efforts de prévention déployés au Sénégal ont permis de maintenir un faible taux d'infection chez les femmes enceintes (1 %). Europe orientale et Asie centrale.

"L'épidemie de sida en Europe orientale et en Asie centrale ne donne aucun signe de ralentissement", indique par ailleurs le rapport. Quelque 230 000 personnes ont été infectées en 2003, ce qui porte à 1,5 million le nombre de porteurs du virus dans cette région du monde. L'épidémie se propage essentiellement du fait de "l'adoption très répandue chez les jeunes de comportements à risque - consommation de drogues injectables et rapports sexuels non protégés". La Fédération de Russie (avec au moins un million de séropositifs), l'Ukraine et les Etats baltes sont les plus atteints, mais l'épidémie n'épargne plus les républiques d'Asie centrale comme le Kirghizstan ou l'Ouzbekistan.

En Asie et dans le Pacifique , plus d'un million de personnes ont contracté le VIH en 2003, portant ainsi le total de séropositifs à 7,4 millions d'individus. 500 000 personnes y seraient mortes du sida. Dans la majorité des pays de cette région, la prévalence de l'infection n'excède pas 1 %. "Ce chiffre, cependant, peut être trompeur. Plusieurs pays de la région sont si vastes que les globalisations nationales peuvent occulter des épidémies graves dans certaines provinces ou certains Etats", tempère le rapport.

L'Inde comptait ainsi 4 millions de séropositifs à la fin de 2002. Par ailleurs, "la consommation de drogues injectables et le commerce du sexe sont si répandus dans certaines régions que même les pays ayant actuellement de faibles taux d'infection pourraient assister à l'apparition soudaine d'une épidémie", ajoute Onusida. Le rapport souligne, à propos de la Chine, que "des épidémies graves, concentrées, sont en marche depuis plusieurs années dans certaines régions (...)et qu'elles sont appelées à éclater dans plusieurs autres". Il indique aussi que trois pays asiatiques ont déjà dû affronter "des épidémies graves sévissant à l'échelle de la nation : le Cambodge, le Myanmar (Birmanie) et la Thaïlande".

Mais dans ce dernier pays, comme au Cambodge, le taux d'infection a sérieusement chuté, grâce à l'utilisation beaucoup plus fréquente du préservatif dans le commerce du sexe. Cependant, "la transmission du VIH entre conjoints est à l'origine d'un nombre accru de nouveaux cas d'infections", relativise le rapport. L'Amérique latine et les Caraïbes comptent à présent plus de 2 millions de personnes infectées par le VIH.

Deux cent mille individus ont contracté le virus et 100 000 sont morts du sida. Douze pays, tous situés dans le bassin des Caraïbes, connaissent une prévalence au moins égale à 1 %.

Afrique du Nord et Moyen-Orient. En dehors du Sud-Soudan, le nombre de personnes infectées au Moyen-Orient et en Afrique du Nord reste faible, mais l'Onusida lance une mise en garde contre "le déni et la stigmatisation [qui] créent un contexte idéal pour la propagation du VIH".

Enfin, dans les pays à revenus élevés, le rapport note que la baisse de la mortalité associée au sida se poursuit "grâce à la mise à disposition à grande échelle du traitement antirétroviral". Il souligne toutefois que la tendance à la recrudescence des autres infections sexuellement transmissibles se poursuit. Ce bilan mondial de l'épidémie atteste de l'ampleur de la tâche à accomplir. Le 1er décembre, l'Organisation mondiale de la santé et l'Onusida lanceront officiellement leur initiative : "Traiter 3 millions de personnes d'ici à 2005." Actuellement, seulement 300 000 personnes ont accès aux médicaments antisida dans les pays en développement.

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