Sami Akrimi
27 Novembre 2003
Des stades vides, des clubs à la recherche d'un improbable rythme, des trésoriers qui s'arrachent les cheveux : notre championnat est au bord de la crise de nerfs.
Frais de préparation, de recrutements, salaires de joueurs de plus en plus exigeants, d'entraîneurs hors de prix en l'absence d'une compétition régulière, donc attrayante, nos clubs plongent dans la crise et ne savent franchement pas comment s'en sortir. C'est qu'entre la Ligue des champions, la coupe des coupes, de la CAF, celle arabe et les matches amicaux de l'équipe nationale, le championnat a de plus en plus de mal à trouver sa place et se contente de journées tronquées et espacées qui lui ôtent tout charme et toute possibilité d'acquérir son rythme de croisière. Au point de lasser les supporters qui ont fini par déserter les stades livrant trésoriers et présidents de clubs à eux-mêmes. C'est que face au véritable casse-tête que constitue le calendrier, nous avons la nette impression que la FTF a «démissionné», cédant ce dossier délicat aux clubs et au sélectionneur national qui le gèrent à leur guise. Pourtant, quand on regarde un peu autour de nous, l'on se rend compte que les contraintes du calendrier n'excluent pas une certaine régularité de la compétition nationale et l'on signale, à titre d'exemple, que le soir même du match amical Tunisie-Maroc se disputait le grand sommet du football marocain Raja-WAC!
L'intérêt de notre football avant tout !
Gardienne de notre football, la FTF donne la nette impression ces dernières années d'être dépassée par les événements ou alors soumise au diktat de nos clubs, du moins les plus en vue d'entre eux. A la recherche de prestige et de ressources financières (c'est légitime), ces derniers veulent désormais jouer sur tous les fronts : Ligue africaine et arabe des champions, coupe des coupes et coupe de la CAF. Il n'y en a pratiquement plus que pour ces compétitions qui ont fini par reléguer celle nationale aux oubliettes. Et quand on retrouve bon nombre de joueurs de ces clubs dans les sélections «A» et olympique, on mesure l'ampleur des dégâts. Dégâts qui ne concernent pas uniquement la compétition mais qui font du tort aux grands clubs qui se retrouvent au bout de moins de trois mois avec un effectif essoufflé, saturé et - déjà - las d'avoir livré trop de batailles.
Avec de surcroît des résultats très incertains puisque l'Espérance vient de se faire éliminer de la Ligue des champions, tout comme le Club Africain de la coupe des coupes, alors que l'Etoile est en difficulté à la vieille d'affronter la finale retour de la coupe de la CAF. En coupe arabe, le moins qu'on puisse dire est que nos clubs ne sont pas conquérants.
Nos clubs viviers de l'équipe nationale?
Pourtant, la compétition nationale doit bien servir à quelque chose! Or, on a l'impression aujourd'hui qu'elle est un peu inutile puisqu'elle ne sert même pas la cause de l'équipe nationale et, si elle devait le faire, il y a franchement de quoi s'inquiéter vu son niveau. L'ossature de l'équipe à Lemerre est formée aujourd'hui de joueurs n'ayant jamais évolué au pays : Boumnijel, Yahia, Ben Achour, Nafti, Chedly, Braham en plus d'autres qui ont émigré tels Hatem Trabelsi, Bouazizi, Jaziri et Ghodhbane. Et quand on lui suggère tel ou tel local, le sélectionneur nous invite justement à regarder de plus près le niveau de la compétition nationale. Vous nous direz bien sûr qu'il s'agit là du lot de la plupart des nations africaines et il nous sera très aisé de répondre que les «professionnels» africains sont des vedettes dans leurs clubs en Europe et que ce n'est pas le cas des nôtres qui ont parfois du mal à arracher une place de titulaire.
On en revient alors à la ligne de départ : pour avoir une bonne équipe nationale, le passage obligé est une compétition locale qui se respecte, or, ce n'est pas avec un calendrier cahotique, des choix incertains et une fédération qui a bien du mal à imposer sa politique, fut-ce au prix de décisions douloureuses, qu'on pourra s'en sortir. Cette même fédération qui se retrouvera la saison prochaine face au même dilemme, celui d'imposer un calendrier équilibré et qui tienne compte de l'intérêt général au détriment de celui particulier. La saison prochaine qui devra reposer les mêmes participations continentales et arabes en même temps que le coup d'envoi des éliminatoires de la Coupe du monde 2006. Avec toujours pour toile de fond l'inextricable problème du financement de nos clubs. Car, ne nous voilons pas la face, si l'Espérance et l'Etoile se sont embarquées cette saison dans l'aventure arabe, ce n'est pas tellement par envie mais pour ramasser le pactole mis en jeu. Et si ces deux clubs avaient vraiment le choix, ils se seraient volontiers passés d'une compétition de plus.
Bref, entre le calendrier démentiel des uns et le repos forcé des autres, c'est tout notre football qui paye le lourd tribut de choix pas forcément inévitables. La réalité est là pour nous le rappeler et la fédération a tout intérêt à remettre les pendules à l'heure et reprendre les choses en main.
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