Jawhar Chatty
27 Novembre 2003
La Tunisie abritera les 5 et 6 décembre prochain le premier Sommet du processus de coopération entre les pays de la Méditerranée occidentale, dit dialogue 5+5. Ce processus regroupe les cinq pays du Maghreb (Tunisie, Algérie, Maroc, Mauritanie et Lybie) et cinq pays de la rive occidentale du nord de la Méditerranée (Portugal, Espagne, France, Italie et Malte).
Un tel processus, qui se veut un mécanisme et un cadre de dialogue politique et socioéconomique, trouve racine dans une rencontre abritée par Rome le 10 décembre 1990, marquée par l'adoption de la Déclaration de Rome.
Treize ans après sa naissance, la rencontre au Sommet du groupe des 5+5 à Tunis est une première, et qui plus est historique, dont la Tunisie travaille à en faire une étape décisive dans la construction d'une euroméditerranée plus solidaire, plus juste, plus pacifique, pour un codéveloppement et une prospérité partagée.
C'est également une reconnaissance du rôle de premier plan joué par notre pays dans la relance de ce dialogue et plus largement en tant que précurseur et pivot de la construction euroméditerranéenne, en s'impliquant résolument dans le processus de Barcelone et en oeuvrant à l'intégration régionale au Maghreb. Dans ce sens, les initiatives de la Tunisie, trait d'union et point de communication et de coopération entre les pays arabes, et européens sont multiples. Par la voix de son Président, notre pays a en effet appelé à la conclusion d'un pacte euro-maghrébin sur les droits des communautés maghrébines en Europe ainsi qu'à la nécessité d'adopter une approche globale de la question de l'émigration sans se limiter au seul aspect sécuritaire.
L'importance d'une telle question est d'ailleurs inscrite dans l'agenda des membres du groupe 5+5, tout comme celles relatives à la sécurité et à la stabilité dans la région de la Méditerranée, l'intégration économique et le dialogue des civilisations. Autant dire l'acuité des questions qui vont être abordées à Tunis par les dirigeants des dix pays riverains du bassin occidental de la Méditerranée. Autant dire, également, que la rencontre de Tunis entend booster le dialogue 5+5 comme le suggéraient les participants à la réunion ministérielle qui s'est tenue à Lisbonne les 25 et 26 janvier 2001 et lors de laquelle il a été décidé la tenue du premier Sommet 5+5 en Tunisie. Point de départ d'un nouvel élan du processus de Barcelone, le Sommet de Tunis entend en cela donner corps à la Déclaration constitutive de Rome, lui imprégner davantage de profondeur en consécration du caractère global du dialogue 5+5.
D'autant plus que les différentes conférences ministérielles du dialogue 5+5, consécutives à la déclaration de Rome, ont, à chaque fois, mis l'accent sur la dimension globale du processus de coopération, en ce sens qu'il englobe en plus des volets politique et économique, les volets social et culturel, c'est-à-dire les questions de l'émigration, de l'éducation, de la formation et de la communication, ainsi que les questions culturelles et la protection du patrimoine. C'est ainsi que la déclaration d'Alger, adoptée par la 2e conférence ministérielle tenue les 26 et 27 octobre 1991 réaffirme la détermination du groupe 5+5 à oeuvrer dans le sens du renforcement d'une coopération multidimensionnelle intégrée (économique, sociale, scientifique et culturelle) de nature à promouvoir, progressivement, la région de la Méditerranée occidentale en aire de développement et de solidarité.
De même, relayant la déclaration de Barcelone (25-26 janvier 2001), les ministres des Affaires étrangères ont souligné, lors de leur 4e conférence, tenue à Tripoli les 29 et 30 mai 2002, l'importance stratégique du dialogue 5+5 par rapport à la paix, à la stabilité et au développement de la région. De son côté, la 5e conférence ministérielle de ce dialogue, tenue les 9 et 10 avril 2003, à Sainte-Maxime en France, a confirmé l'importance du processus de coopération entre les pays de la Méditerranée occidentale, en tant que cadre privilégié de dialogue politique entre le Maghreb et l'Europe du Sud. Dans le même sens, la conférence ministérielle régionale sur la migration en Méditerranée occidentale, tenue les16 et 17 octobre 2002 à Tunis, a adopté la déclaration de Tunis qui prône notamment une coopération équilibrée et globale entre les pays membres du groupe 5+5, mettant plus particulièrement en exergue la relation et la causalité qui existent entre la question de la migration et celle du codéveloppement. On le voit donc, si le dialogue 5+5 est vertueux, si la Méditerranée occidentale est revendiquée par tous, c'est parce que chacun y voit un foyer de stabilité, expurgé de tensions, dédié au seul développement humain, social, et économique. La région a vocation d'être une zone de paix et de prospérité partagées, le point d'envol d'un partenariat euroméditerranéen où le volontarisme des uns et des autres des deux côtés de la Méditerranée en sera le meilleur garant.
A cet égard, ce n'est pas la moindre des vertus du Sommet 5+5 que de permettre aux dirigeants des dix pays riverains du bassin occidental de la Méditerranée de se rencontrer pour la première fois deux jours durant à Tunis. Un signe, un rendez-vous avec l'histoire pour toute la Méditerranée.
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