Propos recueillis par Mamadou Mika LOM
27 Novembre 2003
Le projet des volontaires de l'éducation va bientôt fêter ses dix années d'existence.
Comme en 1998, soit trois ans après la création de ce nouveau corps d'enseignants à statut particulier, les acteurs de l'école vont se concerter les 28 et 29 novembre prochains pour tirer le bilan de l'expérience qui a abouti à la formation de 15. 330 enseignants. Et pour l'Etat, le volontariat est désormais, la seule porte d'entrée dans le corps des enseignants de l'élémentaire, selon Yaya Diatta, le directeur du projet. Mais pour lui, ce corps d'enseignants obtient de bons résultats aussi bien aux examens professionnels qu'aux examens de passage des élèves.
Le système éducatif sénégalais vient d'accueillir la dixième génération des volontaires de l'éducation. Quel bilan tirez-vous de cette expérience qui continue de faire l'objet de controverses ?
Je dois dire que les assises à Thiès tenues les 4 et 6 février 1998 avaient permis à tous les acteurs (inspecteurs d'Académie, de départements, syndicats, parents d'élèves ) tout le monde de se concerter et d'aboutir à la conclusion selon laquelle il fallait créer le corps des maîtres contractuels. Et cette concertation était nécessaire pour avoir une vision du devenir de ce corps, car quand on créait le corps en 1995, on ne savait ce que les volontaires allaient devenir.
Et qui étaient concernés par le statut de maîtres contractuels ?
C'est la première génération des volontaires qui en principe devait terminer son volontariat en 1999. Cette première génération était composée de 1200 volontaires. Ainsi, dès le mois d'octobre, ils devaient être intégrés dans le nouveau corps comme prévu dans les conclusions de la concertation de Thiès. Aujourd'hui, même la septième génération a été intégrée dans le corps depuis le mois d'octobre dernier. Il faut également reconnaître que depuis lors, il y a eu beaucoup d'évolution.
Quelle sera alors la particularité des assises des 28 et 29 novembre prochains ?
Les assises des 28 et 29 novembre vont constituer des moments forts de réflexion autour du projet en présence de tous les acteurs de l'école. Il s'agit de faire le bilan d'étape du projet et d'identifier les stratégies d'amélioration du recrutement et de la formation initiale.
En dehors du passage du statut de volontaire à celui de maître contractuel, y a t-il d'autres mesures prises pour réduire le fossé qui les sépare des autres enseignants ?
Beaucoup de choses ont évolué pour ce corps. En effet, au lendemain de l'alternance, la première mesure qui a été prise par les autorités , c'est de faire du volontariat, la voie unique d'accès au corps de l'enseignement élémentaire et un moyen pour réaliser les objectifs du Programme décennal de l'éducation et de la formation (Pdef) . Car, il a été jugé anormal que certains jeunes paient l'impôt de volontariat pendant que l'Etat continuait à recruter directement dans la Fonction Publique. Il fallait à tout prix éviter un recrutement à deux vitesses. Ainsi, les quotas qui devaient servir à recruter directement dans la Fonction Publique sont réservés à la titularisation de maîtres contractuels titulaires de Ceap et du Cap.
La deuxième mesure prise par les autorités aura été la réduction de la durée du volontariat qui passe de 3 ans en 2002 à 2 ans en 2003. La troisième mesure prise en leur faveur, c'est l'augmentation de 10.000F de leur bourse qui passe ainsi de 50.000F à 60.000F.Cfa
La quatrième mesure , c'est l'indemnité de prise en charge de classe spéciale, accordée aux volontaires et maîtres contractuels. C'est -à-dire ceux qui ont le double flux et les multi grades.
La cinquième mesure , c'est l'élargissement des augmentations des salaires décidés par l'Etat, à la suite des négociations avec les syndicats, aux maîtres contractuels.
L'Etat leur accorde désormais la possibilité à ceux qui ont le bac et le Cap de participer aux concours d'entrée à l'ENS. Comme septième mesure prise en leur faveur, à compter d'octobre 2003, l'Etat va titulariser 600 maîtres contractuels. Avant, il n'y avait que 200 d'entre eux qui étaient titularisés par an.
D'aucuns pensent que malgré tous ces efforts faits en direction de ce corps, le système est confronté à de sérieux problèmes de qualité liés à l'absence de formation des volontaires. Que répondez-vous à ceux qui soutiennent une idée ?
Le débat sur la qualité de l'enseignement est à mener avec prudence. Le système d'évaluation par rapport au programme est à revoir. Nous devons interroger les programmes enseignés. Est-ce qu'ils sont en adéquation? Le curriculum qui est mis en oeuvre est l'une des réponses à la problématique de la qualité. C'est dire que les problèmes de qualité qui se posent aujourd'hui ne peuvent pas être imputés aux volontaires. Ce qu'il faut comprendre , c'est que tous les volontaires ont subi une formation minimale de 4 à 6 mois. Et compte tenu de leur niveau académique ( 70 et 80% ont le bac), évidemment le temps d'assimilation chez eux est très court. On mettra plus de temps à former un breveté qu'un bachelier. Les volontaires font de très bons résultats aux examens professionnels. Lorsqu'on interroge les résultats du Cfee dans les Inspections départementales de l'éducation nationale (Iden) , les volontaires font de très bons résultats. En 2002, l'enseignant qui a réalisé les meilleurs résultats du Sénégal est un volontaire. Il enseigne dans le département de Linguère et c'est lui qui a conduit ses élèves du Ci au Cm2. Nous avons également le cas d'un volontaire servant à Tambacounda qui a reçu une distinction à Rome comme figurant parmi les meilleurs enseignants du monde à cause des importants résultats qu'il a obtenus dans son village. Malgré tout, nous pensons qu'il faut améliorer la formation initiale qui depuis 2001 est confiée aux Ecoles de formation des instituteurs (Efi), les établissements de formation dont le nombre est passé de 4 à 8 cette année. L'objectif du ministre de l'éducation est de doter chaque région d'une Efi.
En plus, l'informatique va être introduit e dans les modules de formation. Aussi grâce à l'appui du gouvernement canadien, toutes les Efis vont-elles recevoir des appuis allant de salles informatiques équipées, des bibliothèques équipées, à une infirmerie équipée et des médicaments, un car de 30 places pour les stages et les visites d'études sur le terrain, un équipement suffisant de reprographie. L'appui canadien concerne également le volet formation continuée des volontaires avec le renforcement des capacités de la direction du projet et de la mutuelle ( véhicules, ordinateurs etc).
Vu le nombre de volontaires que vous recrutez chaque année, pourquoi dit-on que le système accuse un déficit de l'ordre de 800 enseignants ? Est-ce parce que ceux qui sont recrutés ne restent dans les classes ou pas ?
Aujourd'hui nous avons un effectif, y compris la 10 éme génération, de 15.330 volontaires qui se sont investis dans le projet. Il faut dire que depuis 2 ans, ce sont 2500 volontaires qui sont recrutés chaque année. Si l'on défalque les 250 volontaires qu'on affecte à l'enseignement arabe, nous nous retrouvons avec un gap de 250 sur le quota des volet francisant . Ce qui, en trois ans, donne facilement un déficit de 800 enseignants. C'est à un tel déficit que font allusion les syndicats.
D'aucuns disent que le volontariat est une recette introduite et financée par la Banque mondiale au Sénégal ? C'est vrai ?
Le projet des volontaires est financé entièrement par le budget de l'Etat . Nous avons cherché une solution nationale à un problème national et à travers des ressources nationales. Je dois vois dire que le projet est pensé, élaboré et financé entièrement par le Sénégal depuis janvier 1996. Certes, les partenaires au développement sont intervenus mais ce sont juste des appuis.
Le gouvernement canadien a aidé le Sénégal pour lancement du projet en 1995
En juillet 1995, l'Unicef a pris en charge toutes les dépenses liées au recrutement de la première génération.
En fin octobre 95, la coopération française a pris en charge le paiement des bourses d'octobre, novembre et décembre et à aider à la mise en place de la mutuelle des volontaires.
En 1996, la Banque Mondiale est intervenue pour financer la première étude qui a fait une évaluation d'étape du projet. Elle a également appuyé la direction du projet en lui octroyant un véhicule.
En 1998, la Banque Mondiale a financé la deuxième étude qui a permis de préparer les assises de Thiès.
A partir d'octobre 2001, le gouvernement canadien est intervenu en prenant en charge les 10.000F.Cfa d'augmentation de la bourse. Depuis janvier 2003, à travers le projet d'appui aux volontaires d'éducation (PAVE) le Canada intervient massivement pour contribuer à améliorer le projet.
A quand alors la fin du volontariat dans l'éducation ?
Notre pays est en train de mettre en oeuvre le Pdef qui est un programme non seulement qui illustre l'engagement que le Sénégal avait pris à Jomtien (Thaïlande) en 1990 mais aussi du Forum mondial de l'éducation tenu à Dakar en 2000. Notre pays s'engage à réaliser la scolarisation pour tous d'ici à 2010. A l'échéance, nous allons évalué tous et voir s'il y a nécessité de maintenir ou de mettre fin à l'expérience.
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