Le Quotidien Mutations (Yaoundé)

Cameroun: Nganti Twouo : "J'ai trouvé la danse en cherchant l'Afrique"

Propos recueillis par Thiéry Gervais Gango, à Antananarivo

27 Novembre 2003


Rencontre avec une Camerounaise qui gère une association culturelle et organise un important festival de danse à Dakar.

Au Sénégal, vous êtes promotrice d'un festival de danse (Kaay Feec ou Venez danser) qui, après deux éditions, suscite de vrais espoirs. Comment êtes-vous arrivée dans le monde de la culture ?

De par mon père, je suis Camerounaise. J'ai quitté le Cameroun à l'âge de 15 ans avec ma famille pour les Etats-Unis où mon père, qui était diplomate, était affecté. Aux Etats-Unis, j'avais envie de retrouver l'Afrique. C'est dans un cours de danse africaine que j'ai eu l'impression que ce besoin était satisfait. C'est de cette manière que je suis entrée dans la danse. Au départ, je ne voulais pas être danseuse. La passion m'a rattrapée sur le chemin de mon besoin de l'Afrique. J'ai passé plusieurs années aux Etats-Unis et en France par la suite, à faire de la danse traditionnelle africaine. Puis, il est arrivé un jour où le temps était venu de rentrer sur le continent, parce que nous avons tous des responsabilités qui nous obligent à revenir chez nous.

Pourquoi le retour s'est-il fait en faveur du Sénégal ?

C'était pour des raisons pratiques. Le billet Paris- Dakar est moins cher que le billet Paris-Yaoundé. J'ai de la famille à Paris et, calculs faits, j'avais plus de possibilité de bouger dans un cas plutôt que dans l'autre. Je voulais vivre au bord de la mer Je suis installée à Dakar mais j'ai le sentiment d'être plutôt africaine. Je me serais installée au Bénin, en Afrique du Sud que, je suis sûre, j'aurais toujours le même sentiment. Je me sens africaine avant tout. Je n'ai pas de position défensive parce que je suis Camerounaise. Ça ne m'empêche pas de monter des projets comme si je me battais pour mon propre pays. Pour moi, l'Afrique n'est jamais apparue comme une succession d'Etats. Elle est une, dans sa diversité.

Etes-vous arrivée à Dakar avec un projet culturel dans vos valises ?

Pas du tout. Lorsque je suis arrivée là-bas il y a sept ans, je ne savais pas du tout de quoi j'allais vivre. Je suis Art-theurapeute de formation, c'est-à-dire que travaille la danse avec les personnes handicapées. Je suis partie d'Occident parce que c'était une obligation existentielle. Je ne trouvais pas mon combat là-bas. Il fallait que je rentre absolument. Je ne me suis pas demandée de quoi j'allais vivre. Il y avait ma soeur et je savais que la solidarité africaine existe. Les choses sont venues à moi. J'ai commencé à avoir un travail avec les enfants de la rue. J'ai rencontré des danseurs. Nous avons voulu faire un festival.

Le festival va s'appeler Kaay Feec, une biennale

C'est effectivement un festival qui se déroule tous les deux ans. Il en est à sa deuxième édition. C'est en réfléchissant avec quelques danseurs et chorégraphes de Dakar sur ce que nous pouvions faire pour participer au développement des métiers de la danse que l'idée de créer un moment de diffusion nous est venue à l'esprit. Le festival créé, nous nous sommes dit qu'on ne pouvait pas se contenter de faire un festival tous les deux ans. Il fallait un accompagnement. Du coup, l'association fait aussi de la formation, produit un magazine qui est diffusé à la télévision, fait des interventions dans des écoles, travaille avec des enfants handicapés, construit des infrastructures et organise le festival bien sûr.

Comment se finance-t-il ?

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Nous faisons appel, comme dans tous les festivals, à différents bailleurs de fonds, à des partenaires internationaux et nationaux. La dernière édition a été soutenue en majorité par le Sénégal. Ce qui est une grande victoire. La mairie de Dakar a contribué par exemple à hauteur de 15 millions de francs Cfa. Il y a eu beaucoup de partenariat avec des privés sénégalais, la télévision nationale qui diffusait au quotidien un magazine Il y a eu aussi pas mal de bénévoles dont le travail a été déterminant pour la réussite de la manifestation.

Est-ce qu'il est plus facile de travailler au Sénégal qu'au Cameroun ?

Je pense que ce sont les mêmes combats. Ça fait sept ans que j'ai quitté le Cameroun. Je ne suis pas sûre de maîtriser le fonctionnement des choses au pays aujourd'hui. Il est possible que Dakar propose plus de choses que Yaoundé par exemple. Mais je ne suis pas sûre que les choses sont fondamentalement différentes. Ce sont les mêmes défis qu'il faut surmonter.

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