Le Quotidien Mutations (Yaoundé)

Cameroun: Théâtre - Les tics des Retic : la 12ème édition de ce festival soulève quelques interrogations.

Dorine Ekwè

27 Novembre 2003


Là-bas, sur la scène de la salle de spectacle du Ccf de Yaoundé, Ambroise Mbia, le président des Rencontres théâtrales internationales du Cameroun (Retic), fait ses adieux au public et aux participants de la 12ème édition des Rencontres qui s'achèvent.

Il est environ 19h30. Après la conférence de presse bilan qu'il a donnée dans le hall du Centre un peu plus tôt dans la matinée, et la représentation de la pièce "Le don du propriétaire" de la Cie camerounaise Ngoti, qui a ouvert le festival le 18 novembre dernier, il ne pouvait que, de son avis, remercier le public qui, à chaque fois, a pris part aux différentes représentations qui étaient prévues dans le cadre de ces 12èmes Rencontres théâtrales. Un peu plus tôt que prévu ce lundi-là, le rideau est tombé sur cette autre scène des Retic.

Un décalage dans la programmation initiale qui prévoyait, à partir de 20h, la cérémonie de clôture et de remise des attestions aux stagiaires, et qui illustre, à suffisance, les différents troubles qu'ont subi les programmes tout au long de ce festival. Lors de la cérémonie d'ouverture déjà, plusieurs personnes ont pu rattraper de justesse, au Yaoundé Hilton Hôtel, ces cérémonies. Quelque peu désabusée, Laurence Etia, jeune artiste, raconte : "Dans le programme que l'on m'a fait parvenir, il était indiqué que, la cérémonie d'ouverture aurait lieu au musée national, qui, par la même occasion, était présenté comme le village du festival. Rien n'a été fait. Les choses se disaient de bouche à oreilles et finalement, on ne savait plus exactement ce qui se passait". Ces désagréments, les membres de quelques compagnies présentes n'en n'ont pas été épargnés. Mathias Matembet, de la Cie gabonaise, La Parole, se souvient de ce jour où, "Alors que nous étions programmés pour jouer à Akono, c'est dans la voiture que nous avons été informés de ce que, au lieu de 15 heures comme prévu, nous devions plutôt le faire à 13heures. Cela nous a quelque peu déstabilisés. Mais finalement, nous sommes arrivés, et les choses se sont passées mieux que nous ne le pensions".

Dans le même ordre d'idées, si le président des Retic, au sortir de cette 12ème édition, se réjouit de ce que "tous les rendez-vous annoncés ont été tenus, le stage des régisseurs de son et lumière, ainsi que celui des metteurs en scène et la rencontre des femmes artistes d'Afrique Centrale se sont déroulés", plusieurs personnes se plaignent de ce que, "à quelques heures de l'ouverture du festival, on ne savait pas encore avec certitude où telle ou telle autre manifestation allait être organisée. Ce n'est pas digne d'un festival qui existe depuis 12 ans. Et l'expérience dans tout ça?". Au finish, c'est dans un dernier recours que ces différents ateliers et stages ont été organisés au Ccf de Yaoundé qui, au lieu de n'abriter que les représentations dans la soirée tel que prévu à l'origine, a accueilli toutes les autres manifestations organisées pendant le festival. Des modifications que Ambroise Mbia, explique ainsi: "Dans l'organisation de tous les festivals, il y a toujours des modifications de dernière minute. Je ne vois pas pourquoi ici, on crie chaque fois que cela survient. C'est tout à fait normal dans la vie d'un festival". Un festival qui, "malheureusement", selon le comité d'organisation, n'a pu bénéficier que de la parution d'un seul numéro du journal qui devait être l'écho de la vie du festival, parce que, dit-on, "tout n'a pas été pensé correctement à l'origine".

Si sur le plan organisationnel tout ne s'est pas passé de la meilleure des façons, les échanges organisés pendant les espaces carrefours ont été le moment le plus couru lors de cette 12ème édition des Retic. Ces échanges avaient pour but de permettre aux metteurs en scène de parler du contexte de création de leurs pièces, cela au cours d'un échange avec leurs pairs, les comédiens et le public. Ceci, 24 heures après la présentation de leur spectacle. Et un qui garde encore certainement un souvenir bien vivace de ces moments, c'est François Njoumoni metteur en scène de la pièce "Papa bon Dieu" du théâtre national. Lui qui, dans la matinée de dimanche le 23 novembre dernier, a subi le courroux des autres metteurs en scène et comédiens offusqués de ce qu'il se "permettait de défendre une pièce qui n'a aucun attrait". Bien que confus, ajustant de temps à autre sa casquette pour se donner une contenance, François Njoumoni, a essayé, tant bien que mal de défendre cette pièce dont le ministère de la Culture semble si fier: "Nous nous sommes donnés le maximum de temps pour faire le meilleur du travail, dira-t-il, et je pense que les résultats ne sont pas aussi mauvais qu'on veut le faire croire."

Echanges

Un avis que ne partage pas du tout Allougbine Dine. Pour le directeur du festival du théâtre du Bénin en effet, "Comme la plupart des personnes l'ont remarqué, cette pièce n'est pas digne d'un théâtre national, cela pose un discrédit sur le théâtre camerounais. A la rigueur on peut penser que ce sont des lycéens amateurs qui l'ont conçue et présentée: rien n'est fait avec sérieux, le jeu des acteurs est minable et c'est triste de défendre un tel travail devant les jeunes qui ont foi au théâtre". Certains, ont tout simplement demandé à François Njoumoni la date de sa dernière participation à une représentation théâtrale avant les Retic 2003. Une rigueur dans la critique que plusieurs personnes ont saluée quand on sait que, les années précédentes, les espaces carrefours n'étaient pas aussi bien menés. C'est la somme de ces différentes interventions qui amènent les uns et les autres à perfectionner leur jeu.

Liens Pertinents

Pour certains observateurs de la scène culturelle camerounaise, "Bien que la 12ème édition des Retic n'aie pas totalement été catastrophique, elle a, une fois de plus, mis à jour les différentes failles qui, au fil des éditions, ne cessent de s'agrandir. A un moment ou à un autre, il faudra bien qu'on se pose de sérieuses questions sur la pérennité de ce festival". A titre d'exemple, et bien que le président du comité d'organisation affirme qu'"aux Retic, on n'a pas besoin d'établir un équilibre régional en invitant des pays venus de tous les coins d'Afrique", on se rend compte que, plus le temps passe, plus les troupes et invités sélectionnés sont ciblés dans la zone Afrique-Centrale. Ainsi, alors qu'à la 4ème édition, sur vingt-six compagnies invitées, on ne retrouvait que quatre représentants de la zone Afrique Centrale, et qu'à la dernière édition, sur les dix compagnies présentes, il y en avait sept venues d'Afrique Centrale. "Nous faisons la promotion de la qualité des spectacles, et non de la quantité", s'explique Ambroise Mbia qui avoue cependant vouloir donner plus de chances au théâtre de la Sous-région à travers son festival.

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