Amel Bouakba
30 Novembre 2003
La pandémie du sida constitue actuellement le problème de santé publique le plus important dans le monde. L'Algérie n'est pas à l'abri de ce fléau dévastateur, même si les chiffres officiels sur le nombre de personnes contaminées par le VIH ne reflètent pas la réalité.
Et pour cause, les attitudes généralement «conservatrices» des populations et la disparition des centres de dépistage anonymes figurent parmi les raisons qui font que les chiffres déclarés officiellement ne sont pas du tout fiables. C'est du moins ce qui ressort de la rencontre d'hier organisée dans le cadre du forum d'El Moudjahid, animée par d'imminents spécialistes du ministère de la Santé hospitalière, à savoir le Dr Kellou, directeur de la prévention, le Pr Bougermouh, virologue IPA, le Dr Bouakaz, conseiller chargé de la santé sud, le Pr Amrane, chef maladies infectieuses Les estimations du ministère de la Santé enregistrées par le laboratoire national de référence font ressortir 605 sidéens, dont 40 nouveaux cas du 1er janvier au 30 juin, et 1 373 séropositifs, dont 77 nouveaux cas diagnostiqués cette année, soit pratiquement le double enregistré l'année dernière. Toutefois, indique-t-on, «ces chiffres sous-estiment la réalité en raison du dépistage passif, souvent chez les donneurs de sang».
Selon le professeur Bouguermouh, il faudrait réactiver les centres de dépistage anonymes, aujourd'hui à l'arrêt et ce, pour mieux suivre l'évolution de cette maladie dans notre pays. La transmission hétérosexuelle locale domine le tableau épidémiologique ces dernières années, contrairement aux premières années où les personnes étaient contaminées surtout à l'étranger par voie sanguine, à savoir la toxicomanie ou la transfusion. 80% des personnes atteintes sont âgées entre 20 et 49 ans, note-t-on. Selon les spécialistes, l'évolution de l'infection VIH-sida nécessite une politique de prévention et des mesures intersectorielles, même si, il est vrai, l'Algérie fait partie des pays à profil épidémiologique bas, surtout si l'on sait que sa population jeune et mobile ainsi que sa situation géographique entre les deux continents les plus touchés, l'Europe et l'Afrique subsaharienne au sud, ne l'épargnent guère du danger.
Il faut savoir, soulignent les experts, qu'une flambée épidémique est à craindre dans les régions du Sud, en raison de leurs limites géographiques avec les régions sahélo- sahéliennes, d'autant qu'elles représentent en même temps une zone de transit et de flux migratoire intense. Du coup, ces zones-là méritent une attention particulière et un plan stratégique local de lutte. Parmi les principaux indicateurs de risque évoqués par les experts, l'échec scolaire, le chômage, la méconnaissance du problème du VIH, la migration Sud-Nord incontrôlée, le tourisme commercial informel, les rapports sexuels multiples, la coexistence de maladies sexuellement transmissibles, la difficulté de l'accès aux préservatifs, la marginalisation et la prostitution ainsi que quelques pratiques médicales dangereuses.Il y a lieu de noter que l'Algérie a adopté depuis 1988 des plans nationaux de lutte contre le sida et élaboré des plans opérationnels sectoriels de lutte contre les IST - VIH - sida pour la période 2003-2006, avec l'implication de 9 secteurs gouvernementaux et 3 ONG thématiques.
Pour rappel, selon l'ONUSIDA, 42 millions de personnes atteintes de sida ont été enregistrées à la fin de l'année 2002, dont 38,6 millions déclarées séropositives. L'Algérie fait partie des 189 pays membres des Nations unies ayant adopté la déclaration de la session extraordinaire sur le VIH - sida en juin 2001. Une rencontre sur la lutte contre le sida est prévue pour demain 1er décembre, à Club des Pins, sous le haut patronage de Abdelaziz Bouteflika, à l'occasion de la journée mondiale contre cette pandémie.
Be the first to Write a Comment!
Copyright © 2003 La Tribune. Droits de reproduction et de diffusion réservés. Distribué par AllAfrica Global Media (allAfrica.com). Pour tout commentaire ou demande d'autorisation de reproduction ou de diffusion, contactez directement le propriétaire des droits en cliquant ici.
AllAfrica collecte et indexe du contenu provenant de plus de 125 organes de presse d'Afrique ainsi que de plus de 200 autres sources d'informations et de nouvelles. Les pourvoyeurs d'informations de AllAfrica gardent l'entière responsabilité éditoriale de leur production. Les articles et documents identifiant AllAfrica comme source sont produits ou commandés par AllAfrica.