27 Novembre 2003
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Ivoiriennes, Ivoiriens Mes chers compatriotes Depuis le début de la guerre, je suis resté à votre écoute, singulièrement, depuis quelques semaines que, de toutes les régions du pays, vous venez m'apporter le réconfort de vos visites fraternelles. Je vous ai écoutés. Je vous ai compris. Vous m'avez tous demandé de préserver les institutions de la République et notre dignité collective, mais de garder en même temps, toutes les chances à la paix.
Telle est la valeur symbolique des différents objets que vous m'avez offerts. Je tiens, ce soir, à saluer cette mobilisation de la Côte d'Ivoire profonde et votre grandeur d'âme.
Mes chers compatriotes, La guerre n'est pas encore terminée. Notre pays est toujours divisé et les rebelles sont toujours en armes. Mais, depuis le 04 juillet 2003, les armes se sont tues lors d'une cérémonie solennelle et émouvante. Je me réjouis qu'elles continuent de se taire. Elles se tairont pour toujours et la Côte d'Ivoire retrouvera bientôt son intégrité. Tel est votre voeu, tel est notre voeu à tous. C'est le sens de mon combat depuis le déclenchement de ce conflit fratricide aussi inutile que dévastateur.
Ce soir, je voudrais inviter chacun et chacune d'entre nous à entrer en lui-même et à méditer sur l'état dans lequel se trouve notre pays. Nous n'avons pas le droit, devant l'histoire, de laisser perdurer cette situation d'incertitude de ni guerre ni paix. Nous devons aller à la paix. Sans délai, sans calcul, dans la confiance les uns dans les autres.
C'est un message de rassemblement et d'espoir que je vous adresse ce soir. J'en appelle à la mobilisation de la Nation entière à faire les derniers efforts nécessaires pour que le pays retrouve les chemins de son unité et de la prospérité.
Nous avons tous découvert, avec stupeur, dans la nuit du 18 au 19 septembre 2002, que la Côte d'Ivoire n'était pas à l'abri de la guerre. Plus je réfléchis à cette guerre, plus je suis convaincu qu'elle a pour cause essentielle le refus de la démocratie.
La démocratie signifie que celui qui gagne les élections gouverne le pays et met en oeuvre son programme dans le respect des opinions et des attentes de l'opposition. La démocratie signifie également le respect des institutions démocratiques et des personnes qui les incarnent. Je voudrais redire ce soir mon attachement à la démocratie.
En optant pour la voie démocratique en Côte d'Ivoire, nous n'avons pas cédé à un effet de mode quand, étant encore dans l'opposition, nous prônions, en 1983, la transition pacifique pour sortir du parti unique. Ce pays, la Côte d'Ivoire, a un destin démocratique et quiconque tente de l'écarter de la voie démocratique cause la ruine de l'Etat et le malheur de la société, une société multi-ethnique, composée de populations ayant des cultures diverses et variées.
C'est la nature et l'histoire qui en ont décidé ainsi. Aucun de nos groupes ethniques n'est assez important au plan démographique pour imposer sa suprématie par la loi du plus grand nombre. Cet état de fait nous condamne à la solidarité et à la coopération dans la mise en oeuvre de tout projet de dimension nationale.
C'est faute d'avoir saisi les enjeux démocratiques de notre histoire que l'on a tenté de faire basculer le destin de la Nation dans le chaos. Mais le peuple de Côte d'Ivoire dans son ensemble : son armée, ses femmes, sa jeunesse, ses responsables politiques, le président de la République, nous avons démontré, aux yeux du monde entier, que ce pays meurtri et éprouvé reste un pays solide. Je n'oublie pas le rôle que la jeunesse a joué dans la mutation que nous vivons depuis 1990. Les femmes et les jeunes ont été les fractions de la société les plus durement touchées par la crise dont les manifestations ont commencé à se faire sentir depuis 1980.
En même temps, je suis conscient que plus la Côte d'Ivoire s' enfonçait dans la crise, plus les crédits devant servir à encadrer les jeunes et les femmes s'amenuisaient. Par exemple, au moment où la croissance démographique restait constante et à un taux de 3,8 % par an, les crédits pour l'école et pour la santé stagnaient à 0,5 % par an.
C'est pourquoi régler la crise actuelle, c'est aussi prendre des mesures vigoureuses pour que les femmes et les jeunes ne se sentent pas abandonnés, qu'ils ne restent pas au bord de la route.
Dans cette perspective, avant la fin de cette année 2003, et conformément aux promesses que j'avais faites à la jeunesse pendant la campagne électorale de l'an 2000, j'annoncerai des mesures vigoureuses pour la création d'emplois. Ce qui donnera une perspective à nos jeunes et les détournera des armes.
Mes chers compatriotes, Dans ces épreuves difficiles que nous affrontons, nous n'avons jamais été seuls. La communauté internationale s'est engagée dès le début de la crise à nos côtés. La CEDEAO, la France, l'ONU, l'Union européenne, l'Union africaine, les institutions financières internationales ne nous ont pas abandonnés à notre sort. Ils ont condamné la rébellion et offert aussitôt leur médiation pour la voie de la négociation que nous avons décidé d'emprunter.
Mais il n'y a jamais un chemin facile pour aller à la paix. Nous sommes allés à Accra, puis à Lomé, à Dakar puis à Bamako. Les partis politiques se sont retrouvés, à l'invitation de la France, à Linas-Marcoussis où ils ont signé des accords qui ont reçu la caution de l'ONU à la conférence de l'avenue Kléber ,à Paris.
Malgré les critiques que l'on peut formuler sur ces accords de Linas-Marcoussis, ils ont, au moins, le mérite de réaffirmer quatre principes fondamentaux qui sont leur raison d'être : la nécessité de préserver l'intégrité territoriale du pays, le respect des institutions de la République, la restauration de l'autorité de l'Etat, l'accession au pouvoir et son exercice par la voie démocratique.
Les principaux points autour desquels s'articulent ces accords sont connus : la nomination d'un Premier ministre de consensus, la formation d'un gouvernement de réconciliation nationale, le désarmement, la réunification du pays, le vote d'une loi d'amnistie, le code foncier, le code de la nationalité, l'éligibilité, les Droits de l'homme, le redressement économique et la nécessité de préserver la cohésion sociale.
Dès la fin de la Conférence de Kléber, le 25 janvier 2003, j'ai nommé un Premier ministre de consensus auquel, conformément à l'article 53 de notre Constitution, j'ai délégué les pouvoirs dont il a besoin pour que le gouvernement de la République fonctionne et travaille au retour de la paix.
J'ai formé un gouvernement de réconciliation nationale équilibré qui est composé des ministres issus des partis politiques signataires des accords de Marcoussis, des mouvements rebelles et de la société civile. Ce gouvernement est au complet depuis la nomination, en septembre 2003, des ministres de la défense, de la sécurité intérieure et de la famille.
Malgré la gravité des actes qu'ils ont commis, la Nation a accordé son pardon. Le 6 août 2003, notre parlement a voté, en leur faveur, une loi d'amnistie généreuse, mais qui ne cède pas à l'impunité. J'ai aussitôt promulgué cette loi et le ministre intérimaire de la défense a pris un arrêté réintégrant les militaires déserteurs dans l'armée. Je demande aux rebelles de saisir la main que leur tend la Nation.
Aujourd'hui même, jeudi 27 novembre 2003, nous venons d'entamer, en conseil des ministres, les discussions sur les lois suggérées par les accords de Marcoussis. Il s'agit d'un ensemble de textes dont les enjeux couvrent toutes les questions ouvertes par la crise ivoirienne : - la libre circulation des personnes, le droit de résidence et d'établissement dans les pays de la CEDEAO ; - le code de la nationalité ivoirienne ; - L'article 35 de la Constitution ; - l'identification de la population de la Côte d'Ivoire ; - la Carte Nationale d'Identité ivoirienne ; - le domaine foncier rural ; - l'enrichissement illicite ; - etc. Mes chers compatriotes, La priorité aujourd'hui, c'est le désarmement. Le désarmement signifie la libération des zones occupées, le redéploiement de l'administration, la reprise de la vie économique, sociale, politique et culturelle sur toute l'étendue du territoire. Le désarmement met fin à la logique de belligérance et ouvre la porte de la paix.
C'est pourquoi j'engage toute la Nation à se mobiliser pour que nous franchissions cette étape dans la sérénité. "Les enfants, dit-on, savent grimper mais ils ne savent pas comment redescendre". C'est le message plein de sagesse que m'ont donné les populations de Daloa qui sont venues l'autre jour me rendre visite au Palais de la Présidence de la République. C'est à toute la Nation ivoirienne que ce message s'adresse. Nous devons aider nos frères, nos enfants qui ont pris les armes contre la mère patrie à mettre fin à la détresse humaine dans les zones assiégées, à libérer la Côte d'Ivoire de ce cauchemar.
Je l'ai déjà dit. Aujourd'hui, la rébellion est dans l'impasse, ainsi que la communauté internationale, face à la crise ivoirienne. Mais cette impasse est aussi celle de la Côte d'Ivoire tout entière. Notre pays continue d'attendre la paix.
Nos forces de défense et de sécurité ont défendu vaillamment la patrie. Notre devoir est de construire la paix. C'est le lieu de rendre hommage à nos soldats qui ont payé un lourd tribut à la guerre.
La cérémonie des funérailles officielles organisée le 15 novembre dernier à l'école de gendarmerie a montré l'ampleur des sacrifices pour défendre la patrie.
Honneur à nos forces de défense et de sécurité. Honneur à nos martyrs. En leur mémoire et pour la gloire de nos forces de défense et de sécurité, nous allons créer une avenue des armées et un boulevard des 18 et 19 septembre 2002.
Nous avons été bousculés les 18 et 19 septembre 2002. Nous ne devons plus l'être. Maintenant, il nous faut commencer à réfléchir sur la réforme en profondeur de nos outils de défense et de sécurité. C'est pourquoi j'ai demandé au ministre de la défense de retravailler le projet de loi de programmation militaire pour donner à nos forces de défense et de sécurité un visage, des capacités opérationnelles et des moyens nouveaux et accrus.
Mais, comme je l'ai dit dans la lettre que j'ai adressée aux armées, à l'occasion du premier anniversaire du déclenchement de la guerre, une guerre se gagne toujours avec les alliés. Nous avons donc besoin de tous nos amis pour faire les derniers pas qui nous séparent encore de la paix.
Je voudrais donc renouveler ici mes remerciements à tous les Etats et à toutes les organisations internationales pour tout ce qu'ils ont fait et continuent de faire pour nous aider à résoudre la crise. Je les engage à nous accompagner dans ces derniers moments, dans les moments à venir qui sont déterminants pour la paix.
A la France particulièrement, je voudrais rappeler ce que je disais au Général Bentégeat, chef d'état-major des armées françaises, lors de sa visite à Abidjan : "Le temps des récriminations est passé. Il nous faut à présent ouvrir les pages d'une nouvelle solidarité, c'est-à-dire d'une nouvelle coopération".
En votre nom à tous, je tiens ce soir à remercier solennellement la France pour tous les efforts qu'elle a faits jusqu'ici et qu'elle continue de faire.
La France a payé jusqu'au prix du sang pour la paix dans notre pays. Deux soldats français sont tombés pour la Côte d'Ivoire. Nous devons respect à leur mémoire et reconnaissance aux autorités françaises. Qu'elles reçoivent ici, au nom du peuple ivoirien, l'hommage de la nation entière. Elles sont dans nos coeurs le symbole d'une alliance renouvelée entre nos deux pays dont le destin est lié par tant d'années d'histoire commune.
Leur sacrifice ne sera pas vain. Leur sacrifice ne doit pas être vain. Je compte sur la France pour nous aider à franchir les étapes du cantonnement, du désarmement et de la réunification du pays.
Je voudrais, maintenant, m'adresser aux pays africains, spécifiquement aux pays membres de la CEDEAO. Je voudrais leur dire merci parce que, dès le déclenchement de la crise, la CEDEAO s'est mobilisée à nos côtés, depuis le mandat du Président Abdoulaye Wade à la tête de notre organisation commune jusqu'à celui du Président Kufuor. Nos voisins, nos frères de la sous-région n'ont ménagé aucun effort pour ramener la paix dans notre pays.
Ce soir, je leur demande de nous accompagner dans nos derniers efforts pour la paix en Côte d'Ivoire et pour l'équilibre de toute l'Afrique de l'Ouest. J'attends surtout des pays de la CEDEAO que nous réaffirmions tous le principe qu'aucun de nos Etats ne doit servir de base pour déstabiliser un autre Etat. Je suis convaincu que si ce principe était respecté la moitié des conflits en Afrique noire serait supprimé.
A cet égard, la Côte d'Ivoire suit, avec intérêt, l'évolution de la situation au Liberia, ce pays frère ravagé par quatorze ans de guerre civile. L'engagement ferme de la communauté internationale dans la résolution du conflit libérien nous réjouit d'autant plus que le retour de la stabilité au Liberia ouvre de grandes perspectives à la coopération sous régionale.
En recevant le président libérien, il y a trois jours, j'ai dit la disponibilité de la Côte d'Ivoire à oeuvrer non seulement au retour de la paix dans son pays, mais aussi à engager les entreprises ivoiriennes dans la reconstruction des infrastructures économiques.
Mes chers compatriotes, Je voudrais vous rappeler que dans toutes les négociations que je mène, à l'intérieur comme à l'extérieur, ma conduite est dictée par une seule chose : obtenir la paix sans compromettre l'avenir de la Côte d'Ivoire. Mais, en même temps que nous avons besoin de la paix pour nous-mêmes, à l'intérieur de nos frontières, nous devons, également, savoir que la paix en Côte d'Ivoire garantit la prospérité dans toute la sous-région dont dépend celle de notre pays.
Aujourd'hui plus que jamais, nous avons besoin de nous rassembler. La guerre n'est pas encore terminée. Il nous reste un pas, un dernier pas. C'est à notre volonté d'aller résolument de l'avant que le monde jugera de notre capacité à demeurer une nation unie, forte et prospère. Je compte sur vous. Je vous fais confiance. Allons à la paix sans angoisse ni impatience.
Je suis persuadé ce soir, mes chers compatriotes, que nous nous sommes compris. La paix est pour demain.
Que Dieu bénisse la Côte d'Ivoire !
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