27 Novembre 2003
opinion
Ainsi, le Burkina Faso a déroulé le tapis rouge pour Laurent Koudou Gbagbo.
On ne s'y attendait pas vraiment après les exactions subies par les Burkinabè en Côte d'Ivoire. Mais ce qui apparaît comme du politiquement incorrect s'est produit, malgré le climat de méfiance qui plombe la coopération entre les deux pays. Trois heures de retrouvailles à Bobo Dioulasso, le 26 novembre. Un "communiqué final" laconique. En fait, du déjà entendu. Du déjà vu aussi. On se souvient de ces communiqués à l'emporte-pièce qui ont sanctionné les récentes visites du président ivoirien à Accra et Libreville. Gbagbo, en diplomate avisé mais animé par le désir ardent de sauvegarder ses intérêts personnels, a, à chacune de ses escales, promis de s'engager fermement sur les sentiers de la paix. Mais cet intérêt supérieur de la Côte d'Ivoire, prôné à cor et à cri, semble être à géométrie variable. Le père de la nation ivoirienne, Félix Houphouët Boigny, en avait fait un credo, si l'on en croit certains analystes politiques : "La paix, ce n'est pas un mot, c'est un comportement".
Mais curieusement, les acteurs actuels de la politique ivoirienne semblent être des têtes de mule. Si, en effet, ils s'étaient tous engagés à appliquer les Accords de Marcoussis, la Côte d'Ivoire serait sortie de sa zone de turbulence. Mais le hic, c'est que certains hommes politiques tiennent absolument à rouler les autres dans la farine. Or, à vouloir, coûte que coûte balayer seul la maison, on finit soi-même par être balayé. Laurent Koudou Gbagbo l'entendra-t-il de cette oreille ? Rien n'est moins sûr. Les revirements spectaculaires du président ivoirien ne sont pas de nature à créer une lueur dans la maison Côte d'Ivoire. On se demande en effet si le "christ de Mama" s'est réellement engagé à mettre en pratique les recommandations de la rencontre de Bobo Dioulasso.
Certes, un ballet diplomatique est en branle dans l'objectif officiel de sauver l'intérêt supérieur de la Côte d'Ivoire. Mais tous ces chefs d'Etat qui s'agitent pour, disent-ils, recoller les morceaux de ce pays en crise, sont-ils réellement de bonne foi ? La question est capitale : pourquoi n'ont-ils pas en effet fait bloc commun pour contraindre les récalcitrants à s'inscrire dans la logique des Accords de Marcoussis ? On a l'impression que ces hommes "d'en haut en haut" qui s'égosillent, n'ont pour seule ambition que de se faire une bonne santé politique. Mais ces coups de publicité savamment orchestrés dégagent des odeurs nauséabondes et peuvent être suicidaires pour les peuples africains. A-t-on seulement pensé au calvaire quotidien que vivent les Ivoiriens et les communautés étrangères en Côte d'Ivoire ?
Si l'on continue de faire la sourde oreille face à l'imbroglio ivoirien, c'est probablement parce que certains faucons en font un fonds de commerce. Tout laisse croire que certains chefs d'Etat africains et occidentaux y trouvent leurs comptes. Même en Côte d'Ivoire, certains "gourous" de la sphère politique et économique n'ont pas intérêt à ce que la guerre finisse. Au risque de perdre le contrôle des flux d'argent générés par la crise. Laurent Koudou Gbagbo se serait même réarmé pour parer à toute éventualité. Dans un tel contexte, il est tout à fait logique que les Forces nouvelles prennent leur disposition pour éviter d'être conduites à l'abattoir.
La tension pourrait donc s'accentuer. Au regard de cet état de fait, la rencontre de Bobo Dioulasso apparaît comme un antidote à la crise ivoirienne. Le point focal est sans doute la question de la sécurité des Burkinabè vivant en Côte d'Ivoire. A cela se greffe évidemment le problème foncier. Mais peut-on réellement traduire ces voeux sur le champ du concret si les différents acteurs de la crise ne mettent pas de l'eau dans leur vin ? Dans le contexte actuel, il est impératif que la paix se dessine dans l'esprit des politiques et des militaires, et se traduise dans leurs actes quotidiens. Sinon, comme un bateau ivre, la Côte d'Ivoire continuera de tanguer sur le rocher de la discorde.
De toute évidence, la rencontre de Bobo s'apparente à "du bruit pour rien". La paix, la vraie, se trouve dans les Accords de Marcoussis. On se demande donc ce qui fait courir tant Laurent Gbagbo dans la sous-région. Alors que le remède est là, rangé quelque part dans les tiroirs de la présidence ivoirienne. En vérité, les anges de la paix et du développement peuvent reposer à nouveau leurs valises en Côte d'Ivoire. A condition que chacun s'engage, autant que possible, à frayer le chemin du consensus. Dans le cas échéant, les silences et les effets d'annonce observés çà et là, ne feront que plomber l'unité nationale et laisser libre cours à une impunité criarde. Il faut sauver la Côte d'Ivoire avant qu'il ne soit trop tard. Il faut le faire avec ou sans Gbagbo. C'est un devoir citoyen qui interpelle l'Afrique et le monde.
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